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11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 21:00

 

AS YOUNG AS YOU FEEL

L’année 1950 aura été très importante dans la carrière de Marilyn Monroe puisqu’elle tourne plusieurs films, même si ce sont des petits rôles. Surtout, c’est en 1950 que vont sortir THE ASPHALT JUNGLE et ALL ABOUT EVE pour lesquels ses apparitions seront très remarquées. L’homme qui se cache derrière tout cela c’est Johnny Hyde, l’homme qui œuvre dans l’ombre pour Marilyn. Il est fou amoureux d’elle. Il lui proposera de l’épouser mais elle refusera car, même si elle l’adorait, ses sentiments n’étaient pas du même ordre. Seulement voilà, Johnny Hyde décède fin 1950 d’une crise cardiaque. Juste avant cela, il a réussi à convaincre les dirigeants de la Twentieth Century-Fox de mettre Marilyn sous contrat. C’est à ce moment-là que les passages de Marilyn au sein des deux films précédemment cités ont pesé de tout leur poids. Voilà donc Marilyn avec un contrat de sept ans, 500 dollars par semaine, et un cœur brisé.

Le tournage d’AS YOUNG AS YOU FEEL débute en décembre 1950 et se termine en janvier 1951. Marilyn n’a pas trop la tête à ça car la mort de Johnny la fait rentrer dans une profonde dépression. Harmon Jones, le réalisateur, est profondément embêté puisqu’il dira qu’à chaque fois qu’il a besoin d’elle, elle pleure et il faut refaire son maquillage. C’est aussi sur ce tournage qu’elle fera la connaissance d’Elia Kazan, qui était venu spécialement pour la rencontrer, et avec qui elle aura une aventure.

AS YOUNG AS YOU FEEL est une petite crétinerie comme il y en avait beaucoup à cette époque, et nous avons plus l’impression d’être au théâtre de boulevard qu’au cinéma.

Le film se concentre surtout sur Monty Woolley. Monty est un sacré coco. La première scène le montre faisant partie d’un orchestre en pleine représentation. Au moment du solo de harpe, Monty dégaine son piccolo et exécute le solo de sa conception, au grand dam du chef d’orchestre. Voilà une scène qui ne sert en rien l’action mais qui pose le personnage. Le lendemain, Monty reprend son travail aux presses d’une imprimerie. Mais c’est son dernier jour. Il a 65 ans, l’heure de la retraite a sonné. Là où chacun se réjouirait du temps qu’il a désormais à sa disposition, Monty n’à que faire de tout cela. Il trouve injuste et discriminant que son âge dicte sa mise au rancart. Il se dit alors qu’il va contacter le président du groupe pour lui expliquer sa situation et le convaincre de le reprendre. Mais cela s’avère plus compliqué qu’il n’y paraît. L’imprimerie dont il faisait partie n’est qu’une société parmi tant d’autres d’un conglomérat plus vaste où se mêlent fusions et filières, le tout étant régenté par Consolidated Motors. Qu’à cela ne tienne, il ne lui reste plus qu’à trouver le nom du président. Facile, à l’époque on pouvait trouver ça dans des livres. Et comme personne ne connaît ce nom et encore moins à quoi il ressemble, son plan consiste à se déguiser et se faire passer pour lui lors d’une visite de l’imprimerie. Alors attention, quand j’écris « déguisé », ce n’est pas du niveau « Eddie Murphy fait tous les rôles du film ». Monty, lui, quand il se déguise, il maquille juste sa barbe en noir, et ça passe ! Quiproquos, vaudeville, sous-intrigues sans intérêt, tout finira bien, la norme maritale sera préservée et le code du travail bafoué puisque Monty sera réintégré !

Voilà bien un film pénible à suivre. Outre ce scénario affligeant, sa mise en scène est d’un académisme qui alourdit tout. C’est de l’informatif à tout va. Les comédiens sont en mode sketch. Cela reste quand même assez tenu au niveau de la sincérité, ce qui est déjà ça. Mais sinon, ce n’est juste que la transposition d’une pièce boulevardière à l’écran.

Marilyn, elle, campe la secrétaire du patron de l’imprimerie. Encore une secrétaire ! Eh bien, une fois de plus, le mérite que nous pouvons lui accorder, c’est qu’elle en fait un personnage complètement différent. Pas évident puisqu’elle n’a que de brèves apparitions, donc peu de temps pour imposer sa composition. Eh bien, par de petits détails et des rajouts personnels (le tirage de langue), elle arrive à faire d’un rôle un peu cliché, une secrétaire qui n’est pas qu’une figurante ou un simple lien entre les autres personnages. Son choix est d’en faire quelqu’un qui a du caractère, comme en témoigne le fait qu’elle n’hésite pas à remettre son patron à sa place. Mais ce n’est pas tout. Nous pouvons remarquer qu’elle a aussi opté pour certains éléments qui vont la définir dès le premier coup d’œil : elle est très apprêtée dans ses tenues. Et ses bijoux montrent de la même manière quelqu’un qui fait attention à son look. Sa dernière scène dévoile encore plus ce versant. Elle ne cesse de se refaire une beauté, de soigner son apparence. Je soupçonne même qu’elle ait réussi à convaincre le réalisateur de faire commencer plus tôt la scène où la police spéciale entre dans le bureau. Elle retouche sa silhouette en se regardant successivement dans deux miroirs, puis les policiers entrent. Ce début de scène ne fait bien évidemment pas partie de l’histoire et pourrait tout aussi bien être coupé au montage. Je préfère penser que le réalisateur a été convaincu par les arguments que Marilyn avance à l’écran.

Ce qui est sûr c’est que ce que vit Marilyn en coulisses ne transparaît pas à l’écran. Elle continue à essayer de montrer qu’elle travaille ses rôles avec le plus grand professionnalisme. A ce titre, il convient de souligner le rôle important que joue sa coach Natacha Lytess depuis longtemps. Grâce à leur travail commun, les progrès de Marilyn sont évidents. Elle s’affirme plus, ne paraît plus aussi mal à l’aise qu’à ses débuts, ses choix sont toujours pertinents et son jeu s’améliore grandement. Elle aurait tout à fait sa place dans des rôles de plus grande envergure. Sa détermination et sa soif de jeu se lisent dans ses compositions. Sa plus grande ambition n’était pas d’être une star, mais une bonne actrice. Elle s’en donne les moyens et même quand elle commencera à être connue, elle ne lâchera jamais l’affaire puisqu’elle ira prendre des cours à l’Actors Studio. Pour aujourd’hui, elle compte beaucoup sur ce nouveau contrat avec la Fox pour la faire arriver sur le devant de la scène. Mais pour cela il faudra des films d’un autre niveau que cette ânerie salement bricolée.

MARILYN MONROE DANS AS YOUNG AS YOU FEEL

 

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