Je n’aime pas parler politique en ces pages, mais force est de constater qu’aujourd’hui, la nostalgie de la Seconde Guerre mondiale nous guette. Les actualités nous le rappellent tous les jours. La politique n’a jamais été si nostalgique. Et le cinéma ne fait pas exception. Coup sur coup, j’enchaîne 5 films situés à cette époque : TRUTH & TREASON, LE ASSAGGIATRICI, NUREMBERG, NAN JING ZHAO XIANG GUAN, et maintenant LES RAYONS ET LES OMBRES ! Je vous promets que je ne l’ai pas fait exprès. Probablement un sujet porteur. L’année dernière, je me souviens de LA CHAMBRE DE MARIANA, LE JOUR J, FUHRER UND VERFUHRER, NR. 24, LA VIE DEVANT MOI et il doit y en avoir d’autres. Ce revival laisse à croire que, la guerre, cela ne devait pas être si mal que ça, finalement. Pensez donc ! Une époque sans Marlène Schiappa ni Timothée Chalamet… Certains en ont même profité pour faire la plus longue partie de cache-cache de l’Histoire ! OK, je veux bien croire qu’il y avait du fun en ce temps-là, et je me dis que je devrais faire comme tout le monde quand le sens du vent devient le sens de l’Histoire mais que voulez-vous, c’est plus fort que moi, je n’arrive pas à goûter cette nostalgie. En plus, ce n’est pas très compliqué de collaborer. Il suffit d’allumer un poste de télévision et vous avez la marche à suivre. Pendant la Seconde, ils n’avaient pas la télévision, mais Xavier Giannoli était sur place et il a filmé ce qu’il s’est passé. Et c’était plutôt une bonne idée car au beau milieu de tous les films qui parlent de cette guerre, c’est un sujet qui manquait, la collaboration. Peut-être parce qu’il est nostalgique de cette époque, le Xavier. Ou peut-être qu’il trouvait intéressant de faire un parallèle avec ce qu’il se passe aujourd’hui. Voilà déjà quelques jours, un de mes amis me disait qu’il avait beaucoup aimé ONE BATTLE AFTER ANOTHER parce que le film est orchestré comme un écho puissamment métaphorique à l’Amérique de Trump. Je lui rétorquais que je n’étais pas d’accord avec son analyse. Certes, il est possible de faire une analogie entre la société américaine actuelle et le film de Paul Thomas Anderson (et c’est d’ailleurs le cas pour beaucoup d’autres films), mais je ne crois pas du tout qu’il ait été réalisé avec cette intention. C’est comme prétendre que Xavier Giannoli aurait mis en scène LES RAYONS ET LES OMBRES pour traiter de la collaboration et faire un parallèle avec la politique française tout aussi collaborationniste avec l’Etat d’Israël et le génocide palestinien en cours. Rien de tout cela ne convient tout à fait. Et rien de toute cette introduction n’est parfaitement juste et entièrement logique. La vérité est plus complexe, les frontières sont floues avant toute chose, et c’est le (très bon) choix de ce titre de film qui nous donne la réponse. Nous l’allons montrer à l’instant.
Superbe intro. Pas la mienne, celle de Giannoli ! Vous en avez assez de démarrer par une ribambelle de logos interminables ? Xavier Giannoli a simplifié les choses. Logos épurés et accélérés pour un maximum de 20 secondes ! Bon point. Et en plus ça fait très classe. Le film démarre juste après. Pas de noms. Le titre viendra quelques minutes plus tard. Sec comme un coup de trique. On sent qu’il n’a pas de temps à perdre, le coco. Et c’est vrai qu’il a des choses à dire : 3 heures 15 ! Oui, je sais ce que vous vous dites, mais ce débat sur la durée des films est totalement injuste. Si on n’aime pas, on n’est pas obligé de rester. Que le film dure 1 h 30 ou 4 h 20. Et si on reste, il n’y a plus de débat, c’est parce qu’on est pris. Même le confort est un argument tout relatif. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir en France des salles où le confort est de mise. C’est quand même rare d’être très mal installé au cinéma (c’est l’inverse au théâtre). Et puis franchement, entendre ce genre d’ineptie de la part de personnes qui regardent des séries mollassonnes où chaque scène rabâche la précédente et les intrigues s’étirent interminablement, et qui ne vous tiennent en haleine que par leur climax de fin, je trouve que c’est totalement irrecevable. Je ne donne le droit de se plaindre de la durée qu’aux problèmes de prostate !
3 heures et 15 minutes c’est long mais tout à fait justifié. Le film est suffisamment bien pensé pour ne pas laisser de place à l’ennui. Et pourtant le sujet ne m’attirait pas plus que ça.
La grande force du film c’est son montage. Alors attention, pas forcément un montage qui donne dans le signifiant, mais un montage qui a surtout l’avantage d’impulser le rythme, de rendre le film tout le temps alerte, intrigant, et de le faire avancer, avancer, avancer. Il se passe donc beaucoup de choses, et c’est justement assez exemplaire comment la complémentarité entre le montage, le scénario et le jeu des comédiens rend le tout parfaitement limpide. Mais néanmoins didactique. Et c’est bien ici qu’affleurent ses limites. Autant il est énergisant autant nous aurions aimé qu’il ne soit pas qu’illustratif. Il y avait pourtant la place puisque cela se produit à de rares occasions, je pense notamment au superbe plan sur les casiers mortuaires. Tout à coup, nous ne sommes plus dans de l’explicatif. Pour être un brin schématique, disons que Giannoli fait dans l’américain à trop vouloir souligner et justifier, alors qu’il l’emporte toujours les quelques fois où son influence européenne reprend le dessus par le gratuit ou le sensible. Ce que nous avons pour habitude d’appeler ici l’amour du geste.
Pour tout dire, ça manque clairement de prises de risques. Et pourtant les grands moyens sont de sortie. D’entrée, c’est carré des quatre côtés. Les cadres sont au millimètre. C’est travaillé, chiadé même. Tout est très composé et c’est très agréable à l’œil. Et c’est tant mieux, le classicisme ne nous dérange pas puisqu’être classique c’est être moderne. L’étalonnage aussi est aux petits oignons. Couleurs désaturées qui ne sont pas du tout ma came, mais cela fait ambiance et nostalgie. C’est d’ailleurs bien pour cela que ce n’est pas ma came. Pourquoi faut-il que la guerre ou la nostalgie soient forcément grisouille ou sépia ? Bref, tout cela est servi dans un bel écrin. Il y a de l’argent et ça se voit. Il est évident que le film comporte pas mal de VFX mais c’est très bien fait, pratiquement indécelable. Les costumes, eux, sont redoutables. Ils n’échappent pas au côté « défilé de mode » malheureusement inhérent aux films d’époque. Et c’est vraiment dommage car, pour le coup, ils semblent directement sortis de leur naphtaline. Cela se remarque un peu moins chez les rôles principaux, mais pour les secondaires c’est flagrant. Cela donne clairement l’impression que tous ces personnages ne portent jamais leurs propres habits. Un comble ! Idem pour certains décors ou certaines voitures. La patine, les amis, la patine, nom de nom !!! Ce sont des détails simples mais qui font pourtant toute la différence !
En revanche, certains champs-contrechamps me paraissent marquer très nettement le manque d’imagination nécessaire pour mettre en scène certaines discussions. C’est du babillement. Comme si le dialogue se suffisait à lui-même. Alors que c’est le montage et l’échelle des plans qui doivent donner du relief au texte. En fait, le film se rate sur l’emporte-pièce, sur la folie et sur les fulgurances. Comme nous le disions, tout est bien calibré. On met le paquet sur la photo, les costumes, la lumière, le montage etc. et pourtant tout reste un peu trop sage. Giannoli est sérieux. Comme si un film au sujet aussi sérieux ne pouvait être autre chose qu’un film sérieux ! Et ce n’est que comme cela que vous serez pris au sérieux. Parce qu’un vrai film de cinéma c’est forcément LE DERNIER METRO ou DES HOMMES ET DES DIEUX. On les valide en leur donnant le César du meilleur film. Gaspar Noé qui a fait plus de cinéma dans sa vie que les dix derniers lauréats réunis n’a jamais été nominé ! Bien fait pour lui, il n’avait qu’à être sérieux au lieu de faire évanouir les gens !
Toujours est-il que LES RAYONS ET LES OMBRES devrait logiquement gagner le César 2027 du meilleur film. La faute à une erreur d’appréciation sur les possibilités qu’offre le cinéma aux réalisateurs. Voilà typiquement une histoire qui pourrait être portée par du lyrisme, de la poésie, de la fougue, du mystère, du cœur battant, de l’aérien, de l’effervescence, de la hardiesse, du mordant, de l’ardeur etc. Encore faudrait-il faire un pas de côté, emballer la mise en scène, la décaler. Nous aimons la prise ratée que Giannoli a finalement gardée lorsqu’August Diehl fait tomber par inadvertance un tableau. Mais il l’a gardée car elle est anecdotique. Nous aurions aimé que le film dérape un peu plus, sorte de ses rails et se défasse de sa muséalisation. Au lieu de cela, toutes ses promesses restent toutes petites et finalement très conventionnelles ! Pas étonnant d’y retrouver Jean Dujardin à la une (nous allons y revenir).
Dès sa structure narrative, LES RAYONS ET LES OMBRES opte pour une forme qui est déjà du montage. Le dénouement nous est très vite raconté (pas bien grave et terriblement accessoire), et les allers et retours sont incessants entre le temps du récit et les flashbacks. Cette progression se fait par une sorte de « tuilage » qui engendre l’une après l’autre des scènes qui ajoutent au récit, nous en apprennent toujours plus sur les personnages et complexifient l’étanchéité des rapports qu’ils entretiennent (là aussi il est nécessaire d’y revenir car c’est le point le plus intéressant et le plus réussi du film). Cela confère des bulles de respiration au récit mais n’empêche pas sa linéarité. Ce qui n’est pas un reproche d’ailleurs car c’est justement elle qui nous permet de bien comprendre les enjeux. Ce sont les effets du temps et des liens qui se tissent qui poussent les personnages. Déstructurer le récit aurait été contre-productif. Car Giannoli sait qu’il ne trouvera pas de réponse définitive. Il cherche à s’approcher au plus près de ce qui a poussé les personnages à agir de la sorte. D’abord, il a garde de ne pas les juger. Puis, il essaie de brosser leur portrait à hauteur des faits pour essayer d’esquisser une étude psychologique qui pourrait aider à comprendre à quel moment tout bascule. Et pourquoi. Là où le film est très intelligent, c’est qu’il ne réfléchit pas comme son réalisateur (ou peut-être que Giannoli a mis en place un processus qu’il entend démonter mine de rien). Parce qu’il n’y a pas de point de bascule ! Rien n’est aussi tranché. Il n’y a pas de choix daté. Il n’y a pas de retournement de veste. Il n’y a pas de véritable ordure et il n’y a pas de véritable héros. Et peut-être même qu’il n’y a tout simplement pas les bons contre les méchants. Il y a des parts de chaque. Et des parts fluctuantes. Des parts plus ou moins marquées, plus ou moins actives. Changeantes. Et qui n’expriment même pas correctement ce que nous sommes. Nos actes sont ce que nous sommes, certes. Mais parfois on s’exprime mal. Et de la même manière, on agit mal (pas dans le sens où on l’entend habituellement, donc). Et à la fin, il ne reste plus que des rayons et des ombres.
Le dernier film de Xavier Giannoli est un parent de LA REGLE DU JEU de Jean Renoir où « tout le monde a ses raisons ». C’est aussi un corollaire du CORBEAU d’Heni-Georges Clouzot et son fameux discours sur l’ombre et la lumière. C’est une nouvelle pierre à l’édifice de notre réflexion commune. Par le processus que nous venons de décrire, Giannoli met en scène un glissement. On ne passe pas du jour au lendemain du mauvais côté. Encore faudrait-il qu’il y ait une ligne fixe. La réalité est que les frontières sont floues. Toutes. Partout. Tout le temps. Et le véritable coup de maître de Giannoli c’est de pouvoir inscrire son film dans notre temporalité. Parce que le coup de la collaboration et de la nostalgie, ça va un temps, mais les véritables artistes parlent de choses plus profondes. Alors que tout débat, toute idée à tendance aujourd’hui à se polariser, Giannoli prend l’exemple de la collaboration pour remettre les pendules à l’heure et démontrer la complexité en toute chose. Il n’y a pas de monstre. La complexité humaine est infinie. Plus nous la simplifions, plus nous nous éloignons de la compréhension que nous pouvons avoir de nos semblables. Et c’est pourquoi 3 heures 15 étaient absolument nécessaires pour comprendre qu’il en aurait fallu le double. Nous ne reviendrons pas sur ce faux débat.
Faux débat aussi l’enfer des nepo babies ! En tout cas pour ce film. Avez-vous noté qui trustait la distribution de LA VENUE DE L’AVENIR, l’année dernière ? Il n’y avait que ça ! Alors oui, il est exact que Nastya Golubeva Carax est la fille de son père et de sa mère et qu’elle n’est pas arrivée là par hasard, néanmoins ce qui nous intéresse c’est de savoir si elle s’accorde au personnage ou non.
Lors de la présentation du film, Xavier Giannoli était présent et il était très fier de son trio d’acteurs. Mais lorsqu’il en est venu à présenter son actrice, l’émotion l’a considérablement étreint. Il s’est donné le beau rôle du découvreur de talent, celui qui est à l’origine de la révélation d’une actrice. Plusieurs directrices de casting m’ont déjà parlé de ce désir (et parfois besoin) de ce qui peut tourner à une véritable obsession chez certains, et nous pouvons très légitimement nous demander si cela ne guide pas leur choix à certaines occasions. Il existe chez certains réalisateurs une pulsion de validation de leur poste de directeur d’acteurs ou d’actrices, à travers ceux qu’il révèle. Ce n’est pas une légende, et c’est plus souvent le cas dans le sens réalisateur / actrice. Abdellatif Kechiche en est le plus éminent représentant avec les noms de Sara Forestier, Sabrina Ouazani, Adèle Exarchopoulos, Hafsia Herzi ou encore Ophélie Bau à son palmarès. Quand Giannoli cite son actrice, il nous la présente comme une future grande avec qui le cinéma français va devoir compter. Les trémolos lui coincent la gorge et les mots s’interrompent. Visiblement ému, le Xavier. Bluff d’humilité ou véritable épiphanie ?
A vrai dire, peu importe. La vérité se cache dans les faits. Il faut juger sur pièces et rapporter toute démonstration externe à une espèce de folklore insulaire. Certains appellent cela du marketing.
Le film et rien que le film. L’actrice et rien que l’actrice. L’actrice dans le film. Eh bien, les amis, il faut avouer que la jeune Nastya en impose pas mal. C’est bien. C’est même très bien. Sans être bluffant, il ne faut pas exagérer non plus. Le jeu est bien en place. C’est posé. Clair, net, précis. Elle n’a quasiment rien fait au cinéma et pourtant cela ne transparaît pas. Généralement, il y a toujours un peu de verdeur dans les scènes émotionnelles un peu compliquées (ça se voit parce que les réalisateurs trichent avec le montage pour faire passer la pilule). Ici, pas du tout. Elle fait preuve d’une belle maturité et aussi d’une belle intensité lorsque c’est nécessaire. Ce qui est aussi très intéressant, c’est la composition qu’elle fait de son personnage aux deux âges de sa vie. Dans le premier temps, elle impose une fragilité, une exaltation et une légèreté qui dessinent un personnage qui subit presque ce qui lui arrive (au contraire de celui de Jean Dujardin qui fait des choix très calculés). Et dans un second temps, son visage est plus fermé, ses yeux trahissent une femme qui a perdu ses illusions (eh oui, Xavier, on ne fait que ressasser les mêmes thématiques qui nous hantent !), et son allant physique témoigne encore plus d’un drame intérieur dont elle ne peut se relever. Il est évident que cette actrice est un très bon choix.
Je n’en dirais pas autant en ce qui concerne Jean Dujardin. Dans la comédie, il est très bon, c’est indéniable. Il est plein de malice, il crée des personnages, il amène des subtilités, bref c’est son truc. Donnez-lui un rôle dramatique et ses ailes se transforment en boulets de prisonnier. Il s’enferme dans des représentations mentales et échoue toujours à donner de l’étoffe à ses personnages, quand il ne sombre pas dans le pathos (CONTRE-ENQUETE). Au-delà de ça, ce qui m’interroge encore plus c’est qu’il ait expressément demandé à Giannoli de le pousser aussi loin que possible dans ce rôle. (Moue déconfite ou smiley avec la bouche de travers. L’émoji Scream marche aussi.)
En fait, Jean Dujardin est quelqu’un qui n’a pas de chance. Il n’a pas de chance parce qu’il joue bien. Et il joue tellement bien qu’il croit que ça suffit. Ce qu’il faut bien voir derrière tout cela, c’est que c’est un acteur qui est enfermé dans un style de jeu. Et c’est ce qui l’empêche de devenir un acteur d’une autre trempe. D’ailleurs, ils sont nombreux à ne jamais passer la seconde comme on dit, malgré tout leur potentiel (Pio Marmaï en tête, que j’adore voir et qui, pourtant, est constamment décevant). Jean, si tu nous lis, j’ai une bonne nouvelle pour toi. J’en ai même deux. La première c’est qu’on peut en sortir. C’est ce qu’on appelle très prosaïquement « se réinventer ». Mais c’est un travail qui ne peut pas se faire seul. Juliette Binoche n’a pas franchi le cap toute seule. Je suis prêt à parier, cher Jean, que tu travailles tes rôles tout seul. En tout cas, si tu as un coach, change immédiatement. Et la deuxième bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas si compliqué que ça. Il n’y a besoin que de deux choses. N’hésite pas à m’écrire si tu veux que je te le détaille, ici ce serait un peu fastidieux. Allez, bon vent, mon Jeannot. Cœur sur toi.
Ceci étant dit, le film fonctionnant sur un trio, il est impossible de ne pas mentionner August Diehl, qui est le véritable rayon de soleil de ce long métrage. Vous savez, il y a des sportifs qui, quand vous les regardez, vous donnent envie de vous mettre à leur sport parce que vous vous dites : « OK. Je peux le faire ». Ce sont des escrocs fabuleux, des prestidigitateurs de génie ! Ils arrivent à rendre simple quelque chose qui ne l’est pas du tout. August Diehl est de cette trempe. Il est précis sans forcer, toujours porté par une force intérieure qui en dit long sur ses motivations, bien plus que les mots qu’il prononce. C’est du travail d’orfèvre. Face à Jean Dujardin, il symbolise toute ce qui sépare ce qui est juste de ce qui est vrai. Probablement l’un des acteurs les plus excitants de ces dernières années, j’entends depuis sa prestation biblique dans A HIDDEN LIFE de Terrence Malick.
Une dernière petite remarque en forme de mention spéciale pour Mathilde Bisson, qui est une actrice formidable et qui mériterait qu’on la voie dans des premiers rôles (voyez AU PLUS PRES DU SOLEIL, son seul premier rôle, vous comprendrez de quoi il retourne). Elle n’apparaît ici que très fugacement. Elle a une belle scène avec Jean Dujardin où elle a quand même le temps d’y insérer un petit détail qui montre qu’elle est force de proposition et qu’elle peut extraire un personnage de son cliché par un simple geste. Bravo, Mathilde.
LES RAYONS ET LES OMBRES est la démonstration d’un plan parfaitement organisé. Tant et si bien que nous pourrions dire qu’il est trop bien produit pour être bien mis en scène. Nous avons l’impression d’être sur une gigantesque rampe d’accès qui va nous propulser à un moment donné, nous emporter dans une envolée lyrique ou une épopée intime à la JULES ET JIM, mais ce n’est pas exactement ce qui se passe. Le film s’avère bien plus cadenassé qu’il n’y paraît. Il n’acquiert de liberté que dans sa réflexion portée sur les courants contradictoires humains et sur notre manière de les juger. C’est déjà ça de pris.
LES RAYONS ET LES OMBRES serait-il donc plus un film de producteur que de réalisateur ? Encore une fois, les frontières sont floues. Ce n’est jamais totalement l’un ni totalement l’autre, même si nous aurions bien aimé que ce soit totalement les deux. Et là, il faut quand même saluer le travail d’Olivier Delbosc qui a osé se lancer dans l’aventure de ce film avec sa société Curiosa Films. Un long métrage sur la Seconde Guerre mondiale qui retrace une page de notre Histoire qui n’a jamais intéressé personne (cinématographiquement parlant), à travers le parcours d’une actrice que tout le monde a oublié depuis longtemps, qui se termine mal et qui durera 3 heures 15… A priori le projet a tout pour rebuter les producteurs. Mais c’est aussi un bel exemple que, malgré le discours uniformisé des producteurs français, il existe quand même un espace qui n’est pas une ligne, où les difficultés s’estompent et les critères se floutent, où chaque défaut peut se transformer en avantage et où chacun fait le même métier mais sous l’égide de rayons ou d’ombres, tout dépend d’où on se place.





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