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5 février 2026 4 05 /02 /février /2026 21:30

Salut les vieux ! Permettez-moi cette familiarité qui sonnera comme une prise de conscience pour certains, mais force est de constater que, oui, vous êtes vieux. Et vous êtes vieux parce que je le suis aussi. Ce blog a bientôt 21 ans. Et si vous êtes encore là à lire cette trente-et-unième critique, c’est que nous avons vieilli ensemble. Attention, je ne parle pas d’âge, ici. Je parle du fait que vous êtes encore en train de lire des critiques écrites. Et moi, je suis encore en train de les écrire, donc. Rien que cela suffit à faire de nous des vieux. Comment reconnaît-on un jeune d’un vieux ? C’est très simple :

  • 1. Ce blog est dans vos favoris, vous cliquez régulièrement dessus et vous êtes encore en train de lire cette phrase ? Bravo, vous êtes vieux.
  •  
  • 2. Vous avez atterri malencontreusement sur ce blog au hasard de vos pérégrinations sur un moteur de recherche, et vous avez arrêté de lire cet article dès la troisième phrase arguant que c’était déjà trop long pour vous ? Désolé mais vous êtes jeune.

La trend, aujourd’hui, ce sont les vlogs. Les djeunz qui se lancent dans la critique de cinéma ne jurent plus que par la vidéo. C’est l’évolution logique d’internet. --- Attention, note bien le début de la phrase suivante, tu trouveras un bel exemple d’expression utilisée par un vieux con, et tu pourras t’en servir pour briller en soirée --- A mon époque, nous faisions les choses dans les règles. Nous écrivions sur des blogs, on nous appelait donc des blogueurs. Ceux qui font des vlogs sont-ils des vlogueurs ? Oui, mais ce sont les vieux qui les appellent comme cela. Entre professionnels de la profession, ils s’appellent « influenceurs ». Mais dans les faits, ce sont simplement des publicitaires. En fait, le terme « influenceur » existait déjà du temps des blogs. A la rédac’ de LA LUMIERE VIENT DU FOND, nous avons peut-être influencé des personnes pour regarder ou ne pas regarder un film… Peu importe. Je dis bien : « Peu importe ». Être influenceur, ce n’est rien. Tout le monde influence. Les politiques, les artistes, vos amis, votre famille, chacun joue son rôle d’influenceur. Nous subissons des influences constamment, quotidiennement. L’influence est un principe tout ce qu’il y a de plus banal. En faire un concept n’est qu’une stratégie marketing. Un vlogueur critique n’influence pas plus qu’un banquier, par exemple. Et s’ils n’étaient pas payés, ils ne vlogueraient tout simplement plus. C’est bien pour cela qu’à LA LUMIERE VIENT DU FOND nous ne nous considérons pas comme des influenceurs ni même comme des publicitaires. Nous n’avons jamais touché le moindre centime. Nous avons même refusé le programme de monétisation mis en place par la plateforme. Au mieux nous avons bénéficié de places gratuites pour aller voir certains films sans aucune obligation de publication. Nous sommes même le contraire de tout cela puisque nous payons pour bloguer, et les cadeaux que nous offrions pour les Nocturnes étaient achetés et acheminés avec nos fonds propres ! Je vais même vous dévoiler un secret de fabrication : nous sommes tellement contre toute forme de publicité que lors de nos premiers articles, nous dissimulions grâce à Photoshop (tiens, de la pub déguisée !) les logos qui figuraient sur les affiches de films !

 

Malgré le temps qui passe, chacun se raccroche à ce qu’il peut, et ce n’est pas l’âge qui fait le jeune ou le vieux. Et donc, aujourd’hui, la publicité c’est bien vu. Y a-t-il encore des personnes qui se lèvent pour s’opposer à la télévision qui coupe les films par de la publicité ?

 

Ce qui est sûr, c’est que j’ai décidé de devenir vieux le jour où je me suis refusé à prendre le tournant des vlogs. Du coup, je me suis complètement désintéressé des influenceurs à la mode. Quand j’ai commencé à écrire ici je lisais beaucoup les blogs des autres, et pas uniquement ceux consacrés au cinéma. Je furetais souvent de blog en blog et de forum en forum. Et puis, la plupart ont cessé et les blogs se sont raréfiés. La communauté s’est resserrée et j’ai laissé de côté tout un pan de la culture des chaînes vidéo. Exceptions faites du « Tribunal des bureaux » et de « Aline dessine », je ne suis jamais tombé sur quelque chose de véritablement satisfaisant. Je l’avoue, je ne connais rien à la communauté des vlogueurs critiques de cinéma. Et puis, j’ai entendu parler deux fois coup sur coup d’un dénommé Regelegorila (je suis tellement peu au fait que la première fois j’ai entendu : Régis le gorille)…

 

Ceux qui me connaissent bien savent que je n’ai jamais d’avis définitif. Je n’aime pas Ridley Scott, cela ne va pas m’empêcher de regarder son dernier film. C’est simple, je crois que rien ne m’intéresse chez lui depuis ALIEN. Ça, à la limite, ce n’est pas bien grave. Ce qui l’est plus, c’est le nombre régulier de films consternants qu’il a réalisés (palme à l’infâme THELMA & LOUISE). Quoi qu’il en soi, je laisse toujours sa chance au produit. C’est ainsi qu’en regardant THE LAST DUEL, je me suis dit que ce n’était pas si mal que ça. S’il y a bien une chose que l’exercice de la critique m’a appris, c’est à me comporter comme si je passais à côté de quelque chose. Surtout s’il est question d’un auteur révéré par la critique et sur lequel je n’accroche pas. Ne pas aimer Rohmer, Tarkovsky et Bresson, ne va pas m’empêcher de revoir régulièrement leurs films. C’est ainsi que j’ai fini par apprécier STALKER. Voilà un des privilèges de la vieillesse. Quand j’étais jeune, c’était une position que je ne pouvais pas tenir. Que je ne pouvais même pas entendre, qui plus est. Et des années plus tard, je m’aperçois qu’il n’y avait rien de plus vrai !

 

Ni une ni vingt-sept, je me dis qu’il est temps de donner sa chance au produit Regelegorila. Sur le nombre de blogueurs cinéma en activité à la grande époque, il n’y en avait qu’une poignée d’intéressants, aussi il est fort probable que ce soit la même chose aujourd’hui. Mais pour le savoir il faut juger sur pièces. Je trouve une vidéo où ledit vlogueur officie avec d’autres comparses influenceurs. C’est clairement le plus désagréable. Attitude nonchalante, cynisme décomplexé, non verbal suffisant et arrogance affichée contrastent avec ses collègues beaucoup plus posés et mesurés. La vidéo n’est pas très intéressante, chacun y va de son avis plus ou moins pertinent. Rien d’infâmant, juste quelques personnes qui essaient de faire comme les pros. Et puis, la discussion dévie sur Alain Chabat. Regelegorila : « C’est la seule chose bien dans L’AMOUR OUF. » Comme j’ai très beaucoup énormément aimé L’AMOUR OUF, je cherche sa critique vloguée du film pour connaître ses arguments. Bingo ! Je lance. J’écoute ses arguments qui débouchent sur la sentence : « Ouais, c’est un bon film, c’est bien. » Bon, là, évidemment, ce n’est plus possible. Je ne sais plus dans quel sens me faire influencer. J’effectue une recherche sur internet pour savoir combien de personnes ont été influencées : « AMOUR OUF bon film mais Chabat seule bonne chose ». Je vous jure que le premier résultat sur lequel je tombe c’est une vidéo intitulée : « L’importance de peser ses mots avant de parler ». Les influenceurs seraient-ils les seuls à ne pas se faire influencer ?

 

Je ne sais pas si toutes ses vidéos sont du même acabit, mais pour celle que j’ai vue, je dirais que c’est exactement la même chose qui empoisonnait les blogs écrits. Chacun y va de son avis en faisant passer cela pour de la critique. Nous n’échappons évidemment pas au sempiternel résumé ! Souligné en rouge : inutile !!! D’une part, quand on aime le cinéma, il faut encourager les spectateurs à aller voir des films sans rien connaître à l’avance de l’histoire. D’autre part, pour ceux qui veulent vraiment le savoir, on a inventé un outil assez génial qui s’appelle l’Internet et qui nous donne accès à toutes ces informations. Si vous voulez faire de la critique, retenez que ce qui va vraiment faire la différence, c’est votre point de vue personnel et subjectif !!! Et pour cela, il va falloir argumenter, c’est-à-dire faire un travail réflexif et discursif sur les intentions de l’auteur (c’est pour cela que les distributeurs font des dossiers de presse pour les professionnels, cela leur évite de penser leurs émotions).

 

Ce qu’il ressort de cette vidéo, c’est que Regelegorila a l’air de s’appuyer sur une bonne culture cinématographique. Encore que, ce n’est pas un critère rédhibitoire, à mon sens. Parce qu’il faut bien débuter et que l’on peut faire de bonnes critiques sans avoir vu tous les classiques, et surtout parce cela peut s’acquérir avec le temps. Sinon, notre chroniqueur paraît plutôt à l’aise et le packaging passe bien. Ce n’est pas du tout ma came, mais c’est propre et lisible du premier coup d’œil. En revanche, le montage est le parent pauvre du processus. C’est quoi cette peur du silence ? C’est justement ce qui va donner du relief à votre logorrhée ! N’importe quel apprenti comédien le sait. N’importe quel apprenti monteur l’a appris. Seulement choisir ses silences ça se travaille, et on préfère aller au plus vite, à la solution de facilité, alors on les coupe tous. Résultat ? Nous sommes face à une longue allocution quasiment ininterrompue qui emprisonne le spectateur. Il a besoin de ces aérations pour pouvoir digérer les informations débitées, les intégrer, sentir s’il lui manque du matériel contradictoire pour se faire son avis, mettre en marche son libre-arbitre etc. Et même si toutes ces étapes vont assez vite dans son cerveau, avoir un monologue sans véritable pause, c’est empêcher le spectateur de réfléchir et c’est tout ce que je déteste. Le spectateur actif avant tout est l’un des leitmotivs que nous ne cessons de répéter ici depuis plus de 20 ans ! Par essence, la critique est justement ce qui lui permet de se forger son avis. Faire cela c’est tout bêtement contre-productif. Et là vous me voyez venir, les vieux, sous-entendu ceux qui ont l’habitude de me lire. Car ceux qui ont besoin d’utiliser cette béquille sont forcément ceux qui doivent combler un déficit quelque part. Et chez Regelegorila cela se situe au niveau du contenu. Le gros de la démonstration tourne au commentaire de texte, avec cependant un ressenti tout à fait légitime et valable, mais servi par de nombreuses assertions et pratiquement pas d’arguments tangibles. Et nous ne demandons pas là d’aller jusqu’à tenir une position iconoclaste, mais simplement de pouvoir avancer des états de fait sans uniquement recourir au verdict du ressenti. Regelegorila noie cela sous des tonnes de mots et une faconde sans fin pour faire illusion, mais au bout du compte cela se résume à un famélique « J’aime » ou « J’aime pas ».

 

Comme je vous l’ai dit précédemment, je ne connais rien de la communauté de ces vlogueurs, mais celui-ci me donne l’impression d’être l’arbre qui cache la forêt. La démocratisation des outils de production et la simplicité de l’accès en ligne a sûrement permis l’émergence d’une foultitude de créateurs de contenu qui font plus ou moins la même chose. Chacun essaie de trouver le concept ultime, sinon il ne reste plus qu’à se démarquer en cherchant à faire le buzz par des attitudes provocatrices ou des petites phrases assassines. J’imagine que c’est comme cela que ça se passe, et qu’au milieu de cette plage noire de monde certains arrivent à tirer leur épingle du jeu par leur originalité ou leur talent. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à les nommer en commentaire, j’irai faire un tour chez eux et pourquoi pas vous en reparlerai-je un de ces jours. Quand nous aurons tous encore plus vieilli. Eh oui, car le temps passe et la dernière critique date déjà d’un peu plus de 4 ans ! Si nous venons de voir qu’entre les blogueurs du stylo et les vlogueurs de la caméra, rien n’a structurellement changé, nous allons voir maintenant que le cinéma français lui aussi prend de la bouteille et ne change pas non plus. Tant et si bien que beaucoup de choses écrites dans cette ancienne critique vont nous resservir pour parler d’A PIED D’ŒUVRE, le nouveau film de la vieille Valérie Donzelli. Oui, je dis « vieille » de manière tout aussi affectueuse car nous avons fait un petit bout de chemin main dans la main. (T’as la ref ? Coude-coude. T’as la ref ?) Elle a commencé sa carrière d’actrice à la fin des années 90, LA LUMIERE VIENT DU FOND c’est le 15 mai 2005, son premier court métrage en tant que réalisatrice c’est 2008, nous avons critiqué MARGUERITE & JULIEN en 2015, et d’une manière générale nous pouvons nous accorder pour dire que Valérie Donzelli c’est caca. Voilà exactement ce que je dirais si j’étais un vlogueur influent dans le mood. Mais comme je suis un gros ringard issu du monde d’avant, à l’esprit alerte, aux manières gracieuses et aux attentions prévenantes, je dirais de manière plus conventionnelle que ses multiples tentatives cinématographiques, bien que louables et empreintes d’un désir flagrant et sincère de trouver leur public, ne se sont toutefois pas montrés dignes de recevoir mes louanges les plus vénérables. Et mon respect, bien qu’enclin à célébrer tant de goût et de virtuosité, reste depuis ces temps qui me paraissent immémoriaux, aux portes de ce talent que je suis seul à ne pas révérer. Quelle affliction dans l’inaccomplissement ! Quelle asthénie face à l’incapacité d’être terrassé par tant d’évidence ! Quelle douloureuse inappétence de l’épiphanie ! Voilà comment certains critiques font les frais des velléités de certain(e)s cinéastes. Or, je ne suis rancunier que pour les êtres qui me sont chers, et comme j’ai la grande qualité exposée plus haut de remettre cent fois mon cœur à l’ouvrage et mon pain sur la planche, j’accepte le défi et me voici à pied d’œuvre. (T’as la ref ? Coude-coude. T’as la ref ?)

 

               A PIED D’ŒUVRE est une adaptation du livre homonyme de Franck Courtès. Jusque-là c’est facile, ma vieille copine Valérie. Tu n’avais plus qu’à reprendre notre dernière critique (ADIEU MONSIEUR HAFFMAN) où nous donnions tous les éléments pour réussir son adaptation. Sauf que, inutile de nous mentir, nous sortons juste de ton film et nous savons que tu as fait l’impasse. C’est pourtant simple, le cinéma. Tous les plus grands sont déjà passés par tous les problèmes que vous pourrez rencontrer, et pour chaque occurrence ils ont abondamment renseigné leurs expériences. Il n’y a plus qu’à s’en servir. Mais il y a toujours des mauvais élèves qui ne font pas leurs devoirs, qui n’écoutent rien ou qui se croient plus malins. Par exemple, Alfred Hitchcock a largement glosé sur le rôle du méchant dans un film, aboutissant ainsi à l’adage qui dit que plus le méchant sera réussi, meilleur le film sera. Eh bien il y en a encore qui comprenne cela de travers et qui croient qu’au plus le méchant sera, au plus le film sera réussi. C’est un contresens terrible. Il faut au contraire que le méchant se dévoile le moins possible, il faut complexifier sa psychologie, le rendre séduisant, fascinant, dangereux voire imprévisible. Prenez l’exemple de STRANGERS ON A TRAIN, Farley Granger et Robert Walker sont presque interchangeables. Je dirais même que, parfois, il ne faut pas hésiter à ce que ce personnage suscite l’empathie.

 

Pour les adaptations, c’est pareil. C’est acquis depuis septembre 1937 et la convention de Syracuse : quand il s’agit d’adaptation, il ne peut y avoir de salut que dans la trahison !

 

Mais que voulez-vous ?... C’est ainsi, c’est un combat que nous continuerons à mener même si nous savons qu’il est perdu d’avance. Nous sommes intimement persuadés que si l’on disait aux concurrents de « Qui veut gagner des millions ? » que toutes les bonnes réponses sont en réponse A, certains diraient quand même : « Hmmm… Pas sûr. Je vais quand même tenter la réponse B. »

 

Allez, avoue ma vieille Valérie, tu n’as pas tenu compte de ceux qui sont passés avant toi, c’est bien cela ? Il n’y a pas de honte, tu sais. Il n’y a que du démérite.

 

En tout cas, sur ce coup-là tu as choisi de travailler avec Gilles Marchand. Bien vu. Personnellement j’aime plutôt bien son travail parce qu’il envisage le scénario comme un canevas. Il ne le cadenasse jamais, de telle sorte que le réalisateur dispose d’une belle marge de manœuvre pour orienter le récit, privilégier les points de vue, façonner les atmosphères etc. Disons qu’il fournit un maximum d’éléments sans empiéter directement sur la mise en scène. Dans la catégorie des scénaristes, il y a les déterministes et les factuels. Gilles Marchand fait partie des seconds. Les producteurs, eux qui ne jurent que par l’histoire, préfèrent les déterministes. Parce qu’ils savent marketer des histoires, pas des mises en scène. D’où la difficulté de travailler avec des factuels : il faut assurer niveau réalisation. Et c’est là où le bât blesse.

 

               Dans le cinéma français, quand il est question de mise en scène, la conclusion qui s’impose le plus souvent hésite entre une fainéantise caractérisée (et encouragée par les institutions certifiantes) et un manque de talent dévastateur (et là encore nos institutions sont une fois de plus à pointer du doigt car nous en sommes encore à croire que le talent ne se développe pas !) Mais ce que nous pouvons porter au crédit de Valérie Donzelli, c’est qu’elle n’a rien d’une feignasse. J’aime bien la rapprocher de Marina Foïs qui bosse, qui bosse, qui bosse pour aller chercher un César, mais elle n’y arrive pas ! Est-ce que c’est injuste ? Oui. Certains ont besoin d’être besogneux là où d’autres s’imposent avec une facilité déconcertante. Gary Cooper affirmait ne pas travailler ses rôles et sa seule présence sur l’écran suffisait à électriser les publics. Jean Yanne a obtenu un prix d’interprétation à Cannes en lisant son texte scotché sur le volant d’une voiture. Picasso n’avait besoin que de quelques minutes pour faire des dessins sublimes. Laissez-moi glisser ici ce qu’écrivait Lilli Palmer dans ses mémoires :

 

 
          Il y a deux types d'acteurs qui crèvent l'écran. Les premiers sont des acteurs fantastiques, superbement rôdés, comme Laurence Olivier, Spencer Tracy ou Humphrey Bogart. Le second type c'est l'antiacteur par excellence, le personnage, comme Gary Cooper, Gary Grant ou Clark Gable. Les acteurs entraînés travaillent les scènes jusque dans le moindre détail, phrase à phrase, mot à mot, exactement comme ils le feraient pour jouer dans un théâtre. L'acteur qui est un personnage en soi ne travaille pas le moins du monde. Il connaît ses répliques et cela suffit : pour tout le reste il compte sur son magnétisme personnel et sur son don de l'improvisation. Ces acteurs-là ne s'énervent jamais alors que les acteurs rôdés, entraînés, sont tendus comme des cordes de violon prêtes à craquer. Cooper avait l’étrange faculté de pouvoir jouer une longue scène devant la caméra tout en farfouillant dans sa poche à la recherche d'une cigarette, puis il continuait à parler tout en se débattant avec les allumettes, s’arrêtait un moment comme s’il se concentrait, reprenait le fil du dialogue, posait l'allumette, se frottait le nez et continuait à parler comme si il n'y avait pas de caméra.

          Charles Laughton, qui avait l'habitude de travailler ses rôles jusque dans le moindre détail et savait très exactement en prononçant quel mot il fallait froncer les sourcils, eut un jour à tourner un film avec Gary Cooper. Il paraît que, voyant avec quelle innocence et quelle décontraction Gary se comportait devant la caméra, Laughton fondit en larmes, le serra dans ses bras en lui déclarant qu'il était un génie.

          Cooper ne croyait pas un seul mot de ce genre de louanges et refusait de m'écouter lorsque je vantais l'extraordinaire qualité de ses interprétations, notamment celle du Sergent York (qui lui valut un « Oscar »). « Je n'y suis pour rien, me répondit-il. J'ai simplement appris mon rôle et évité de trébucher dans les meubles et les décors. »
LILLI PALMER - Un bon petit soldat
 

 


Tout est dit. Le travail ne fait rien à l’affaire. Point final à la ligne, comme disait le poète décédé 9 jours avant la naissance de ce blog.

 

               Le fait est que Valérie Donzelli essaie, et ça personne ne peut lui enlever. Même si, au bout du compte, cela n’a rien de glorieux. Si nous disons que le travail ne fait rien à l’affaire, c’est bien parce que, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, le travail n’est pas une valeur. Ce mythe de la valeur travail n’est qu’une vaste escroquerie. Une valeur implique un sens moral. Le courage est une valeur. La gentillesse est une valeur. La solidarité, le dépassement de soi, l’authenticité, la bienveillance, la loyauté etc. Le socle commun à toutes ces valeurs c’est qu’elles n’ont pas de prix. Le travail, lui, en a un. Quand on y pense, personne ne cite le travail dans ses valeurs personnelles. Le travail est avant tout une activité soumise au talent et à la dextérité de celui ou celle qui l’exécute. Car encore faut-il qu’un travail soit bien exécuté pour que l’on s’extasie dessus. Que Valérie Donzelli, essaie, c’est bien. Qu’elle transforme l’essai, c’est mieux.

 

Nous devons donc nous pencher plus précisément sur ce qu’elle nous propose dans A PIED D’ŒUVRE. Au commencement, il y a le respect de l’ouvrage parce que, tu comprends, c’est une histoire vraie et il ne faut pas travestir le réel et blablabla et blablabla, et c’est reparti avec la fameuse rengaine du réel. Soyons clair : en France, on crée du réel par le refus de l’artificialité. Quelle bêtise ! Puisque le cinéma est avant tout artificiel, si vous enlevez les cadres, si vous enlevez la lumière, si vous enlevez le montage, si vous enlevez les dialoguistes, si vous enlevez le rocambolesque et les coups de théâtre, si vous enlevez le découpage… you do the math ! Même l’échelle des plans est catastrophique. C’est le règne du gros plan, avec des comédiens parfois carrément au centre de l’écran, tout ça pour être au plus proche de l’émotion des personnages. Les stéréotypes ont la vie dure, y compris dans le milieu artistique (il n’y a pas plus de personnes tolérantes et ouvertes ici qu’ailleurs).

 

               Alors, jouer la carte Gilles Marchand pour donner du corps au réel, ce n’était pas une mauvaise idée du tout, mais si Valérie Donzelli ne souhaite pas travailler sur les leviers de réalisation qui sont à sa disposition, que lui reste-t-il ?

 

LE FORMAT DE L’IMAGE ! Ma vieille Valérie a choisi de tourner avec ce bon vieux 70 millimètres des familles. Toujours pour renforcer cette acuité du réel, pour que les détails de la misère nous parviennent plus précisément, pour que… Stop ! N’en jetez plus. Vous savez quoi ? Ça ne se voit pas du tout ! Et pourtant j’ai vu le film dans de très bonnes conditions. C’est indéniable, le 70 millimètres ça vous change une projection. Voir THE HATEFUL EIGHT en 70 millimètres, ça a du sens. J’ai aussi vu 2001 : A SPACE ODYSSEY en 70 millimètres et je connaissais déjà très bien le film, je vous assure que je l’ai redécouvert. Evidemment que ces films sont pensés en fonction de leur sujet ou de leur ambiance. Pour A PIED D‘ŒUVRE, le 70 millimètres est un choix inconséquent. Je défie quiconque de pouvoir faire la différence.

 

IL RESTE AUSSI LES INSERTS EN SUBJECTIF, ET CA C’EST DU MONTAGE, QUAND MEME ! Valérie Donzelli a recours à des plans subjectifs (c’est le point de vue de Bastien Bouillon qui est épousé) à divers endroits du film, et pas spécialement à des moments-clés. Des instants choisis sont ainsi mis en exergue, de manière très brève. Ils sont aisément repérables car l’image devient tout à coup granuleuse et un peu plus heurtée. Et ça fonctionne plutôt bien, même si le procédé a des limites, je pense notamment au moment intime passé avec Claude Perron qui n’est plus du subjectif, c’est simplement un autre axe mais l’aspect granuleux est toujours là ! « Quelle indignité ! » dirait Nicolas le prisonnier. Donc, oui, le collage fonctionne mais n’apporte absolument rien. Nous avons l’impression que l’effet est censé garantir davantage d’immersion face à ce que vit le personnage. Mais c’est trop fugace pour obtenir ce résultat. Du coup, cela devient un effet plaqué. Comme à peu près tous les essais que tente Valérie Donzelli. Nous parlions précédemment du 70 millimètres, mais c’était déjà le cas de ses moments figés dans MARGUERITE & JULIEN. Tout cela, c’est du décorum. De l’originalité pour de l’originalité. Mais elle bosse, Valérie. Ça, elle bosse. Pas étonnant que ce récit l’ait interpellée. Elle s’y est forcément reconnue. Mais pas dans l’injonction au travail, ni dans la critique de l’uberisation de nos sociétés comme l’ont écrit beaucoup de critiques (ils se sont encore laissés abusés par le dossier de presse, arrêtez de lire ça et pensez par vous-mêmes !), mais plutôt considérant le travail comme un vecteur menant à quelque chose de plus structurant, nous allons y revenir.

 

ET LES COMEDIENS ? IL RESTE LES COMEDIENS, NON ? Là, je dis oui, et heureusement que Bastien Bouillon est là, d’ailleurs. C’est un acteur que j’aime beaucoup parce qu’il travaille ses rôles comme un artisan. Il compose avec discrétion et sens du détail. Jamais rien d’ostentatoire, jamais dans la performance. Il fait passer en premier le nom du personnage et non pas le sien, et ça c’est une grande qualité. C’est la qualité de ce qu’on nomme un « artiste ». Chez Valérie Donzelli, nous le sentons totalement à son aise. Peut-être parce que c’est elle la première qui lui a donné sa chance au cinéma. Et je trouve que la complicité qui en naquit est perceptible. Tout comme est perceptible la liberté qu’elle lui laisse car elle sait qu’il ne débordera jamais. En tout cas, dans A PIED D’ŒUVRE, il procède par petites touches pour composer ce personnage qui s’enfonce dans la misère au fur et à mesure. On ne répètera jamais assez la difficulté de cet exercice quand un tournage ne s’effectue pas de manière chronologique, ce qui est quasiment une constante. Toujours est-il qu’il évite de faire glisser son personnage vers le mélo, et privilégie la préservation de sa dignité en faisant face à l’adversité, en assumant des choix et en agissant en tant que personne responsable. J’ai toujours trouvé ces personnages formidables, même s’ils sont ingrats, et ici Bastien Bouillon arrive à donner beaucoup de consistance à cet homme qui n’a pas besoin de grand-chose. Notamment sa composition vocale en dit long sur le personnage, avec ce ton souvent égal ou qui ne s’élève pas quand il le devrait. J’aime aussi beaucoup le personnage campé par Claude Perron. C’est vrai qu’elle n’est pas présente très longtemps, mais sa présence amène une belle détente. C’est une bulle de douceur parfaitement bienvenue à ce moment du film. Un bel effet de contraste (ça, nous pouvons le mettre au crédit de la mise en scène). Avoir dirigé cette actrice de la sorte est un pari payant fort réjouissant. Claude Perron a toujours joui d’un très fort capital sympathie me concernant. Peut-être parce que j’ai un faible pour les acteurs et les actrices atypiques. Mais pour être tout à fait honnête, je l’ai toujours trouvée en force et un peu militaire dans l’esprit. C’est la première fois que je la vois tout en souplesse, et camper ainsi un personnage moelleux qui colle parfaitement à la parenthèse souhaitée par la réalisatrice. Virginie Ledoyen m’a moins convaincu dans un rôle trop convenu : une éditrice qui correspond en tous points à l’image de l’éditrice que nous avons tous en tête. Elle essaie autant qu’elle peut de se débattre avec cela, mais le résultat manque d’étoffe. Comme beaucoup de petits rôles secondaires. Nous pouvons y inclure Valérie Donzelli qui s’est réservé le rôle de l’ex-femme et, sans véritable appui scénaristique, ne finit par jouer que… l’idée d’une ex-femme. Philippe Katerine, lui, est d’une évidence crasse, mais cela fonctionne à 100 %. Et Ahlam Slama est parfaite dans un rôle qui n’a l’air de rien.

 

               L’ensemble est inégal, quelque peu bancal, et pas forcément très clair sur son fil directeur. Pour une fois, je dirais que le titre est assez explicite sur le véritable sujet du film. Nous pouvons lire un peu partout que Valérie Donzelli s’attaque à un sujet important de notre société contemporaine, à savoir la misère (ne jetons pas la pierre, après tout le film est vendu sur ce pitch), mais cela n’est pas tout à fait juste. Certes, c’est une composante majeure du film et c’est à travers elle que s’effectue la démonstration, mais le film se conçoit autour de quelque chose de beaucoup plus prégnant.

 

Au tout début, nous apprenons que le personnage interprété par Bastien Bouillon ne vit pas dans la misère. Il ne fait pas encore de petits boulots. En fait, il est écrivain. Ou, pour le vulgum pecus, un artiste, un intermittent du spectacle, un fainéant, en tout cas quelqu’un qui ne fait pas partie de la France qui se lève tôt. Son dernier bouquin n’est pas à la hauteur, son éditrice fait les gros yeux, pas contente la Virginie, et puisque c’est comme ça pas d’autre avance, elle a déjà assez donné comme ça, et gare à toi si la prochaine fois tu ne ponds pas un chef-d’œuvre ! Voilà Bastien Bouillon prévenu. Lui qui comptait justement sur cette avance. Il sent bien qu’il a tout intérêt à trouver de la thune fissa, sans quoi il pourrait bien le boire… le bouillon. (T’as la ref ? Coude-coude. T’as la ref du jeu de mots de merde ?) Et c’est ainsi qu’il rentre dans le programme numérique des Jobeurs sous-payés. Il fait consciemment ce choix pour pouvoir disposer d’assez de temps pour écrire. Il n’est pas dans une logique de trouver un travail qui lui ramène le plus d’argent ou de sécurité possible. C’est d’ailleurs ce que lui objecte un autre personnage du film, qui tient lieu de figure du monde d’avant. Ce faisant, donc, Valérie Donzelli interroge notre rapport contemporain au travail, et plus particulièrement la façon dont ce rapport a muté. Fini le temps où nous pensions que travailler était le gage de s’octroyer de beaux jours, de monter dans l’échelle sociale ou de se diriger vers un avenir plus radieux. Si les travailleurs du monde d’avant attendaient leur retraite pour se réaliser, aujourd’hui c’est bel et bien fini. Désormais, il est hors de question de consacrer sa vie à son travail. C’est particulièrement vrai avec les nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail. En entretien de recrutement, ils n’hésitent pas à poser des questions que les générations d’avant prenaient soin d’éviter, toutes contentes déjà d’avoir un travail. Et je ne parle pas forcément de questions d’argent. Pour ces nouveaux travailleurs, le respect de l’équilibre vie pro / vie perso est fondamental. Et ils n’hésitent pas à privilégier les entreprises qui leurs offrent des avantages comme les tickets-repas, des espaces détente, des gardes d’enfants etc. Anecdote : un recruteur de chez Volkswagen m’a confié qu’il venait de recruter un jeune de 22 ans. Il avait toutes les compétences et paraissait très investi. Et puis, un beau matin, le jeune ne vient pas travailler. Aucun message, aucun appel, silence radio. Il prend les devants et l’appelle sur son téléphone mobile. Il lui fait remarquer qu’il est étonné de ne pas le voir ce matin-là et lui demande s’il est malade ou s’il y a autre chose. Le jeune homme lui répond alors : « Non, ce n’est pas ça. C’est juste que… je ne le sentais pas, ce matin ». Oui, je sais, vous qui êtes vieux, cela doit vous faire bondir. Mais voilà avec quoi doivent composer les entreprises d’aujourd’hui si elles veulent garder leurs talents.

 

A PIED D’ŒUVRE est très révélateur de ce changement de rapport au travail. Il faut bien comprendre par là qu’il est devenu un bien de consommation comme un autre pour les uns, et qu’il se fantasme de la sorte pour les autres. C’est ce que symbolise l’application qu’utilise Bastien Bouillon où il choisit les travaux sur lesquels il surenchérit, comme il choisirait ses courses ou les femmes qui lui plaisent sur les applications ad hoc. Et de nos jours, on hésite beaucoup moins à changer de métier pour pouvoir s’épanouir. Face à cette réalité, il faut tout de même nuancer le propos en séparant ceux qui le peuvent de ceux qui ne le peuvent pas, qui sont généralement des back-offices, c’est-à-dire tous ces métiers que la période de la Covid-19 nous a révélés comme essentiels, bien qu’ils ne soient pas reconnus à leur juste valeur et pas assez bien rémunérés. Et c’est ce monde des petites mains qu’intègre Bastien Bouillon, avec certes la nécessité de gagner de l’argent pour subvenir à ses besoins, mais sans avoir véritablement conscience ce qu’il y cherche vraiment. Et je suppose même que Franck Courtès, l’auteur du livre original, ne le savait pas lui non plus à ce moment-là.

 

Qu’est-ce que la place d’un travailleur ? Comment se définit-il ? Est-ce qu’un emploi est un travail ? Dois-je accepter que le travail soit plus important que le travailleur ? Où trouver ma part de liberté si ma place sociétale n’existe que par ma capacité à produire ? Mon travail est-il la résultante d’une réalité anthropologique ou la conséquence d’une idéologie capitaliste ? A PIED D’ŒUVRE est le parcours d’un homme qui reprend sa vie en main en essayant de se connaître un peu mieux sans sacrifier sa raison de travailler. En s’appuyant sur des faits concrets, cette introspection permet à Bastien de se structurer intérieurement, de se positionner dans sa vie sociale, et d’une manière plus large de s’intuitionner avec le monde qui l’entoure. Sur cet aspect du film, Valérie Donzelli laisse les clés de la boutique à Bastien Bouillon, et grâce au talent de ce dernier cela fonctionne à plein régime. L’erreur aurait été d’en faire quelque chose de bien plus didactique, avec un plan en trois parties : thèse, antithèse, synthèse, ce qui se termine inévitablement par une quatrième et dernière partie : foutaises.

 

               En revanche, lorsque Valérie Donzelli aborde la thématique de la pauvreté, elle a clairement les ailes qui touchent la piste. Le film est clairement décevant sur ce point parce qu’il est exactement là où on l’attend. Ce n’est ni plus ni moins qu’un film bourgeois qui n’hésite pas à afficher son mépris de classe. Ici, la misère est douce, convenable et suffisamment apitoyable. La première chose qui choque c’est la facilité avec laquelle Bastien Bouillon s’en accommode. Rien n’est dérangeant de ce point de vue, alors que ce devrait être malaisant, révoltant, cela devrait nous pousser à nous indigner, nous devrions être choqués de voir cela en France en 2026, nous devrions hurler de rage et de colère intérieurement, cela devrait nous tordre et nous estomaquer. Non, rien de tout cela. Il en ressort plutôt ce message amplement bourgeois et très moralisateur qui a l’air de vous susurrer au creux de l’oreille : « Tu vois, la misère ce n’est pas si grave que ça. Avec un peu de bonne volonté, on s’en sort très bien. »

 

Je ne suis pas du genre à dire qu’il faut avoir vécu certaines choses pour pouvoir bien en parler. Je ne suis pas de cette team. Cela peut aider mais ce n’est pas indispensable. Mais le devoir d’un cinéaste c’est de rentrer dans le cœur des choses, d’aller au plus près de la réalité aussi dégueulasse soit-elle. Caresser son auditoire dans le sens des poils empêche de prendre des risques. Pourquoi pas verser dans le politique ? Je ne dis pas qu’il fallait absolument le faire, mais c’était une option à envisager. Après tout, la pauvreté est un sujet éminemment politique. Alors, certes, il existe un risque de censure. Il y a eu un bel exemple de censure récemment pour un court métrage qui concourrait au Nikon Film Festival. Censuré car le sujet était trop politique, et donc interdit de compétition. Vous pourrez vous faire votre propre avis sur nos instances en le visionnant :
 

 

En ce qui concerne A PIED D’ŒUVRE, cela n’aurait pas été une censure après coup par la commission de classification des films du C.N.C., mais plutôt une censure à la source (avant attribution d’une subvention, s’entend). Toujours est-il que, traité de la sorte, voilà un sujet qui ne dérangera personne et devant lequel tout le monde s’extasiera de bonne conscience. Petite digression : vous avez remarqué combien DOSSIER 137 a éludé toute référence politique, alors qu’on ne peut pas faire plus ouvertement politique que le sujet de ce film ? Tiens, Gilles Marchand était déjà aux manettes du scénario. Je dis ça, je dis rien… (Sifflet de basse altitude).

 

S’il fallait tirer une conclusion de tout cela, ce serait une conclusion qui ne nous apprendrait rien de nouveau. Non, non, rien n’a changé. Les leçons de la Nouvelle Vague n’ont tenu qu’un temps. Ensuite, elles ont été mal interprétées. Et maintenant nous sommes revenus avant son avènement, quand ce cinéma tellement bourgeois qu’elle critiquait était la norme. Un cinéma qui se donne le beau rôle tant ses préoccupations sont déculpabilisantes, mais cet entre-soi empêche d’explorer conformément la richesse de ce qui est réellement vécu pour en exposer toute la complexité. On survole un peu les sujets, on dénonce du bout des lèvres, on ménage toutes les susceptibilités et on se cache derrière le sceau fallacieux de l’histoire vraie. C'est tranquillement inoffensif. Dans A PIED D’ŒUVRE, il est difficile d’aller contre ce que montre Valérie Donzelli, en revanche ce qui pose problème c’est ce qu’elle ne montre pas. Et la preuve que nous avons officiellement acté l’enterrement de la Nouvelle Vague c’est que nous en avons fait un biopic pas plus tard que l’année dernière. Rien de neuf, tout est vieux.

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