6 juillet 2024
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19:00
"10.000 hommes font du cinéma chez nous. Or, 90 % de notre production constitue une pourriture intégrale, qu'il faut commencer par écarter systématiquement de toute discussion. Restent dix films. Huit sont réalisés par des metteurs en scène connus, éprouvés. Deux sont faits par des outsiders. Nous avons donc en France, 20 hommes qui font du cinéma : 10 réalisateurs, 10 scénaristes. 20 hommes sur 10.000. Pour les autres, le cinéma est purement une question de bifteck. Ils travaillent au studio comme ils vendraient des chaussettes derrière un comptoir et font des films comme l'usine Lustucru débite des pâtes. Ils méprisent totalement leur travail ; ils n'y croient pas. Ils méprisent aussi profondément le public, leur public. Ils font ce qu'on leur dit de faire, n'importe quoi, pourvu qu'on les paye. Alors, comment voulez-vous qu'on puisse traiter des sujets que vous me suggérez ? Tant qu'il s'agit de faire entrer un éléphant blanc par la fenêtre, de mettre une cour d'assises dans le scénario, ou de faire capoter deux douzaines d'autobus, ça va. Mais parler du marché noir, du retour des prisonniers ? Vous ne trouverez personne pour oser présenter un sujet pareil aux producteurs."
Charles Spaak, L'écran français/Paris-cinéma numéro 121, 21 octobre 1947.





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