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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 12:09

------  PATHE OPERA PREMIER  ------
----------------  SALLE 1  ----------------

Dimanche 29 mai 2022, 19h00
HEOJIL KYOLSHIM de Park Chan-wook

 

Anciennement Gaumont Opéra Premier, ce plexe a changé de nom fin 2019. Comme d’habitude, c’est comme si c’est le mot "changement" n’était rien d’autre qu’un terme de novlangue, une sorte de concept marketing qui ne se comprend que par l’inverse qu’il entend proclamer. Car, en fin de compte, c’est toujours la même fine équipe qui est aux commandes du navire. Prenons les mêmes et recommençons.
 

On gratte un peu les plâtres et on change les kakemonos qui deviennent jaunes et contribuent au culte de la personnalité de Pathé, et le tour est joué. Dans ses habits tout neufs, le Pathé Opéra Premier ressemble comme deux gouttes d’eau à son prédécesseur. Pourtant situé favorablement du côté des Grand Boulevards, la devanture du plexe ne sait pas exploiter cet avantage et se fond malgré elle dans l’architecture locale.
 

Hall plutôt agréable puisqu’il y a de l’espace. Mais la blancheur des murs rend l’endroit très… Comment dire ?... Chirurgical ! Evidemment il n’y a plus d’affiches papier depuis fort longtemps. Des écrans LCD ornent la façade. Dans le hall d’autres écrans diffusent différentes informations, notamment le nombre de places vides dans les 6 salles du plexe. Et puis il y a toujours ce triple écran LCD aux dimensions exagérées. Ça diffuse des bandes-annonces que personne ne regarde. On trouve aussi deux bornes qui délivrent des tickets d’entrée. Sur la droite, il y a également deux caisses mais une seule est ouverte malgré l’affluence.
 

Deux personnes vérifient nos codes-barres à coups de machines lasers. Normalement, un bip doit retentir en guise de positivité. Mais pas là. La jeune femme a les yeux rivés sur son écran de contrôle dont rien ne sort. Silence gêné. Pas d’explications de sa part. Quelles sont les formations qui apprennent encore à communiquer autrement que par diligence informative ? Va, je ne te hais point, formateur, d’ailleurs je ne te lance pas la pierre car je suis persuadé que tu agis normalement, vu que tu supposes qu’il s’agit d’un acquis que toute personne devrait normalement hériter de son éducation. Bref, quelques secondes plus tard, cette dame nous laisse passer même si le bip n’a toujours pas retenti.
 

Avant de descendre les quelques escaliers qui mènent au réseau de salles, nous remarquons que le plexe a tout de même eu la bonne idée de garder les miroirs peints par Rober Pansart, hérités du Berlitz, ancien plexe dont peu de gens se souviennent. Dans un style art déco, ils ornent les murs qui surplombent les escaliers dont nous parlions précédemment. Pas vraiment ma tasse de Benco, mais voilà qui donne un peu de cachet à ce lieu sans âme. L’ensemble dénote avec les couleurs qui tâchent un peu partout, mais c’est exactement le genre d’élément décoratif qui permet de donner une véritable identité à un lieu. C’est ce que nous sommes en droit d’attendre d’un plexe. Quelque chose qui le rende tout sauf anonyme, quelque chose qui marque sa singularité, qui lui donne un surplus d’âme. Ce qui est dommage ici, c’est qu’au milieu d’une telle standardisation, cette œuvre représente plus une contrainte qu’une mise en valeur du lieu. Bien tenté.
 

Notons que nous empruntons des escaliers faits avec du bois d’arbre, mais si on regarde bien, on peut apercevoir, quelque peu caché, un ascenseur que peuvent emprunter les personnes à mobilité réduite. Et ça, c’est un bon point.
 

Bon, après cela, il n’y a plus rien à voir. Nous arrivons directement au sous-sol où se trouvent le circuit de salles. La première chose qui nous saute aux yeux est la galerie marchande consacrée à la junk food la plus sucrée qui soit. Quel étalage de festivités ! Les lumières nous aveugleraient tant elles nous ordonnent de passer par ces rayons si bien pourvus. Le stand fait quasiment toute la longueur du couloir d’accès. Comble du mauvais goût, il est même délimité par un cordon de sécurité ! Un autre cordon (double, celui-ci !) crée une sorte d’allée où l’on a déployé un tapis rouge comme à Cannes. Normal, nous allons voir un film présenté au festival. D’où le tapis rouge. Oh la bonne idée, dis-donc ! Mais ils n'ont pas eu que celle-ci. Ils proposent aussi une coupe de champagne (mais en fait c’est une flûte sur l’affiche) pour 8 euros ! 8 euros !!! Et je parierais bien ma Bentley qu’il ne s’agit pas d’un Ruinart ! Une autre idée du glamour, somme toute. Bon, en même temps, il ne fallait pas s’attendre à autre chose vu que la place coûte ici 14 euros et 20 centimes. Ce qui est beaucoup trop cher, même pour un très très bon film. Et après on se demande pourquoi les salles ne se remplissent plus !
 

Bizarrement, l’endroit est plutôt propre. Mal décoré, mal agencé, mais plutôt propre. Vu toutes les friandises qu’ils vendent, c’est plutôt étonnant. Ne parlons pas trop vite. La salle paraît tout aussi bien tenue. Probablement que les employés font le ménage entre deux séances. J’en suis même persuadé et j’en ai la preuve. A peine sommes-nous installés qu’à côté de moi vient s’asseoir un jeune couple (en fait, ils laissent un siège entre eux et moi, ce détail va avoir une importance). Le garçon se fait remarquer, tient son rôle de mâle alpha, joue les fiers à bras, piochant continuellement dans le cornet de pop-corn de sa copine. Et ce qui devait arriver arriva. En jouant avec sa deuxième main gauche, le jeune homme envoie valser le cornet qui se déverse en première partie sur le spectateur juste devant, et en deuxième partie sur les autres fauteuils environnants. Le pop-corn s’arrête à mes pieds. Je suis miraculeusement épargné. Je regarde la scène avec un petit sourire en coin qui me fait jubiler intérieurement. On peut lire sur mon visage : « Je ne vais certainement pas vous aider, mes chéris ». Passée leur stupéfaction, le couple entreprend de réparer les dégâts. Le jeune homme s’adresse au spectateur de devant qui a fait les frais de sa maladresse. Ci-après, voici sa phrase telle que je l’ai entendue : « Attention, monsieur, vous en avez un dans les cheveux. Ah non, c’est bon, il est tombé. Y’a pas de souci. » De son côté, la jeune fille nettoie ses bêtises à l’aide d’un mouchoir en papier, tout en maugréant à l’encontre de son bien-aimé : « 8 euros ! » Elle pousse le pop-corn ainsi récupéré, sous son fauteuil, après tout, elle paie assez cher pour que les employés bossent un peu entre deux séances ! Du fin fond de la salle, croisée à notre entrée, une femme crie à tous les arrivants : « Les numéros pairs à droite, les numéros impairs à gauche ». Tout à coup, et elle ne vise pas mes voisins, nous l’entendons s’en prendre à d’autres personnes qui ont amené de la nourriture avec eux : « Qu’est-ce que c’est que cette nourriture ? On ne rentre pas avec de la nourriture ! Pas de nourriture dans la salle. » Son autorité est bien vite mise à mal. Mais quel est donc ce lieu vulgaire et beauf dans lequel nous nous sommes engouffrés ? On se croirait presque au Pathé Wepler ! Un rapide coup d’œil dans la salle m’apprend qu’effectivement quelques personnes mangent des sandwichs ou autres victuailles qu’elles n’ont probablement pas achetés ici. Mais qu’est-ce que c’est que tous ces gens qui meurent de faim et de soif au cinéma ? Vous n’avez pas un peu de tenue ? Un minimum de dignité ? Un semblant de savoir-vivre ? Vous n’êtes pas capable de manger avant ou d’attendre un peu et de vous sustenter 2 heures plus tard ? Personnellement, je n’ai jamais acheté la moindre chose qui puisse se boire ou se manger dans un plexe, et je vous assure que je n’ai jamais fait la moindre crise d’hypoglycémie ou de tachycardie. Allez, ça suffit. Respectez-vous un minimum.
 

Vous l’aurez compris, c’est un drôle de capharnaüm qui règne dans cette salle, mais nous allons quand même essayer d’en parler un peu.
 

C’est la plus grande salle du plexe. Elle contient 420 places. Ce ne sont que des strapontins, qui plus est moyennement confortables. Les accoudoirs sont quand même assez durs ! Sinon, l’espace pour les jambes est plutôt bon, le dossier du fauteuil monte assez haut, le tissu rouge est un peu rêche, il y a des porte-gobelets à chaque accoudoir et une très bonne dénivellation. L’ambiance est sobre, minimaliste, dépouillée, sans âme encore une fois. Bref, nous ne sommes pas dans le prestige mais dans le fonctionnel. La routine, en quelque sorte.
 

Mais pourquoi avoir monopolisé deux personnes pour l’accueil des spectateurs ? D’abord, un homme nous ouvre la porte de la salle 1 et nous invite à bien vérifier notre place sur notre billet, afin d’éviter tout blocage intempestif. Il est avenant et serviable même s’il ne sert pas à grand-chose. Et puis, une fois passé le sas des portes, nous tombons sur cette vendeuse de poisson dont nous parlions plus haut, dont la voix résonne dans toute la salle. Elle, a une utilité, mais pourquoi ne pas l’avoir placée devant les portes d’entrée, justement ? Ici, elle ne fait que contribuer un peu plus à cette atmosphère de chaos, vu que la séance est complète, avions-nous oublié de préciser.
 

L’écran a de belles dimensions, et il n’y a qu’un bloc lumineux sur son côté. Alors parenthèse bloc lumineux. Il est vrai que nous ne cessons de les décrier même si certains (mais c’est tout de même très rare) arrivent à se fondre dans le décor, mais ils restent sans nulle doute une aberration esthétique et un obstacle majeur pour obtenir une obscurité correcte. Ici, étant donné l’ampleur de la salle, sa luminosité n’a quasiment aucun impact au cours du film, même dans les moments les plus sombres. Tout comme celui du fond de la salle (par où nous sommes entrés, si vous suivez bien). Et si nous sommes un tant soit peu éloignés, sa présence ne se fait que très légèrement sentir en cours de projection. Reste le vert criard immonde de ces blocs de sécurité. Liberté ou sécurité, choisis ton camp, camarade. Nous devrions plutôt dire, le cri du cœur ou le cri de la raison, choisis ton camp camarade…
 

Côté projection l’image ne me paraît pas fofolle. C’est très probablement du 4K, mais elle m’a semblé un peu plate. Tout comme le son qui ne prend aucun risque, si ce n’est d’avoir un volume assez poussé, ce qui est de bon ton. Néanmoins la luminosité est satisfaisante. En revanche, et cela saute aux yeux très rapidement, les noirs manquent très nettement de profondeur. Bon. Tout reste dans la norme. On y voit bien et on entend bien. C’est un peu comme si je vous disais, pour parler du film projeté, que les acteurs sont justes.
 

Evidemment, les lumières se rallument assez violemment dès que le générique de fin défile. Qu’attendions-nous d’autre ? Et surgit à nouveau du fond de la salle, devinez qui, pour hurler à plusieurs reprises que la sortie se fait en bas à droite ? D’où l’utilité du bloc lumineux pendant toute la projection… 14 euros 20 !!!
 

Malgré son changement de nom, le Pathé Opéra Premier est exactement le même que celui que nous avons connu sous la dénomination de Gaumont Opéra Premier. Il manque ici (et il y aurait moyen de le faire) une vraie identité. Le plexe paraît sans saveur, ne nous raconte rien et se contente de faire de l’accueil de groupes. C’est dans la lignée d’une politique qui sévit depuis de nombreuses années et qui consiste à nous faire accepter qu’aujourd’hui on ne va plus au cinéma mais on va voir des films. J’appelle cela faire les poches des spectateurs. Car, pour 14 euros 20, nous sommes en droit d’attendre nettement mieux, non ?

 


 

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