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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 13:00

            Le nom de David Manning vous dit-il quelque chose ? Les plus doctes d’entre vous auront sûrement reconnu celui qui se faisait aussi appeler Dave Manning et qui était un critique de cinéma américain qui sévit au début des années 2000. Par contre, ils n’ont jamais pu le rencontrer pour la simple et bonne raison qu’il n’existe pas !

            Il s’agit en fait d’un pseudonyme créé par le service marketing de Sony Columbia Pictures, pour publier des critiques élogieuses à l’encontre des nouvelles productions de la firme.

            Il est possible de dater les débuts de David Manning vers juin ou juillet 2000. Les publicités pour les films parues dans les journaux étaient agrémentées de citations provenant de David Manning. Il y était nommé comme critique de cinéma travaillant pour The Ridgefield Press, un hebdomadaire familial issu d’une ville du Connecticut qui tirait à 7500 exemplaires par semaine.

Voici les films pour lesquels était apposée une critique de David Manning :

A KNIGHT’S TALE (« Heath Ledger Is this year’s hottest new star ! »)
HOLLOW MAN (« One hell of a scary ride !  »)
THE ANIMAL (« The producing team of BIG DADDY has delivered another winner ! »)
THE FORSAKEN (« A sexy, scary thrill-ride !  »)
THE PATRIOT
et VERTICAL LIMIT.

 

 

 

 

            C’est le 2 juin 2001 que John Horn (qui travaillait pour Newsweek) a dévoilé le pot aux roses. Il travaillait alors sur le phénomène des press junkets, à savoir des journalistes que les studios invitent dans des villes pour des projections de film. Tous frais payés, bien entendu. En contrepartie le journaliste doit fournir une critique positive du film. Le studio peut alors reprendre certaines formules pour ses campagnes de promotion.

C’est en voyant la critique de David Manning tout en haut de l’affiche de THE ANIMAL (sorti aux Etats-Unis le 1 juin 2001) que John Horn commença à s’interroger sur ce critique. Sachant qu’il n’y avait pas eu de projection de presse pour ce film, ses suspicions le poussèrent à enquêter. C’est en appelant le Ridgefield Press qu’il apprit que Manning n’y avait jamais travaillé et que personne n’en avait jamais entendu parler ! Sony, quant à elle, ne souhaita pas répondre à ses questions. C’est alors que Horn se décida à sortir l’histoire. Comme elle était mise en cause dans cet article, Sony retira alors toutes les publicités qui impliquaient David Manning.

Deux semaines plus tard, on apprit que Sony avait utilisé des employés de l’entreprise pour les faire passer pour des cinéphiles dans des publicités qui faisaient la promotion de THE PATRIOT. Universal Pictures, 20th Century Fox et Artisan Entertainment admirent quelques temps plus tard, qu’elles avaient toutes utilisé des employés ou des acteurs dans des publicités télévisées prétendant présenter des témoignages de cinéphiles.

Deux cinéphiles de Californie, Omar Rezec et Ann Belknap, déposèrent un recours collectif contre le studio incriminé, en juin 2001. Ils affirmaient que les critiques de Manning étaient « une tromperie intentionnelle et systématique des consommateurs » et qu’eux-mêmes avaient été abusés par la critique de Manning qui les avait poussés à aller voir A KNIGHT’S TALE. Les avocats de Sony brandirent la liberté d’expression pour les critiques, mais le juge Reuben Ortega rejeta cet argument. Il fut avéré qu’il s’agissait d’un discours commercial (donc ne tombant pas sous le coup du premier amendement), et par conséquent d’une publicité mensongère. Le 3 août 2005, un règlement à l’amiable fut trouvé. Sony a été sommée d’allouer un fonds de 1,5 million de dollars au titre d’indemnisation, soit 5 dollars à toute personne ayant vu l’un des films en question et en faisant la réclamation. L’arrangement prévoyait que les fonds restants iraient à des œuvres caritatives. L’entreprise dût aussi s’acquitter de la somme de 326 000 dollars en faveur du Connecticut. Dans le cadre de cet accord, il fut interdit aux spécialistes du marketing de Sony de fabriquer des critiques de films inexistants pour faire du battage publicitaire sur les sorties. En outre, l’accord stipulait que le studio ne pouvait plus utiliser ses propres employés pour se faire passer pour des cinéphiles lors de publicités représentant des fans interviewés à la sortie des salles de cinéma.

            Ce n’est donc que quand elle dût en répondre devant la justice que Sony admit la tromperie, sans toutefois reconnaître sa culpabilité. Susan Tick, porte-parole de la société mère Sony Pictures Entertainment, admit que tout cela était « une décision incroyablement stupide ».

Deux employés du service marketing de chez Sony (Matthew Cramer et son superviseur Josh Goldstine) furent alors congédiés pendant 30 jours sans salaire, puis réintégrés. Matthew Cramer avait en effet grandi à Ridgefield, puis il était allé à l’université avec une certaine Susan Manning, ancienne maire de la ville de 1987 à 1997. C’est avec son accord qu’il avait alors choisi d’utiliser le nom de son fils : David Manning.

            Pour info, il existait bien un David Manning critique de cinéma depuis 1975. Il exerçait au Nelson Mail en Nouvelle-Zélande.

commentaires

F
Tellement scandaleuse qu'elle hérite du carré blanc!
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