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30 juin 2020 2 30 /06 /juin /2020 14:30

----------  PATHE LEVALLOIS  ----------
----------------  SALLE 4  ----------------

Vendredi 26 juin 2020, 21h20
UN FILS de Mehdi Barsaoui

 

Retour dans les salles après quelques semaines de privation forcée de grand écran, et direction la zone commerciale So Ouest où a choisi de s’implanter le Pathé Levallois. Evidemment, après toutes ces journées pendant lesquelles les plexes ont été laissés à l’abandon, nous avons été tenues informés par les chaînes d’informations que la Nature reprenait ses droits un peu partout. Il n’y avait aucune raison pour que les plexes soient épargnés. Ils n’étaient ouverts que depuis 4 jours qu’il nous tardait de voir les toiles d’araignées qui les avaient envahis, les rats qui y pullulaient, ou encore à quel point ils avaient été dévorés par ces petits marsupiaux aux yeux noirs et fielleux comme Rachida Dati, j’ai nommé l’opossum venu d’ailleurs. Eh bien, rien de tout cela. Le personnel a fait un boulot considérable pour éradiquer toute cette vermine (ce qui reste valable pour Rachida Dati lors des élections municipales de dimanche dernier). Non, rongeurs et arachnides ont été délogés, le bâtiment passé au peigne fin, désinfecté de fond en comble, nettoyé, lessivé, ciré, apprêté, aseptisé, c’est bien simple, nous avons l’impression qu’il a été refait à neuf. Ça brille, ça glisse et ça sent le produit hydroallergénique (si je veux !). Ça résonne aussi. Ça résonne pas mal, même. Tout simplement parce qu’il n’y a personne ici. A part ceux qui y travaillent. Ils sont trois à l’entrée, en pleine discussion. Comme des marchands de fripes du boulevard Magenta, ils se jettent sur nous dès notre arrivée, trop contents d’avoir enfin mis la main sur du public ! A peine avons-nous franchi la porte que nous sommes sommés par une marmelade verbale provenant de leurs bouches largement décorées de masques protecteurs à l’effigie de la maison Pathé. Le culte de la personnalité, plus que jamais, camarade ! Si tu veux rentrer, choisis ton camp, mets ton masque, enduis-toi de gel autolubrifiant, chante les louanges de Pathé en sautillant sur un pied et paye ta place à 14 euros 30 ! Eh eh… Bah oui, mais pour nous c’est gratuit, aujourd’hui ! Merci madame, vous ferez attention vous avez confondu votre masque Pathé avec votre string léopard.
 

Chez Pathé, c’est toujours un peu pareil. Tout a l’air de s’installer dans une routine un peu morne, pas funky pour 1 euro 15. Et dans ce plexe de Levallois, le confinement n’a pas changé grand-chose. C’est un îlot de désolation et de mélancolie lancinante. Le lieu est froid et encore plus aseptisé maintenant que tout recoin doit être en permanence désinfecté. L’immensité du lieu nous perd dans des dédales sans fin, des déserts de solitude, des encéphalogrammes plats, des quartiers d’acouphènes. Le chemin est tellement long avant d’accéder à la salle 4 que nous avons l’impression d’avancer avec un déambulateur. Tout cela me fait définitivement craindre que le Pathé Levallois ne soit l’incarnation d’un avant-goût de maison de retraite. Rien ne vient égayer le lieu. Il paraît le même qu’au jour où nous l’avons découvert. Rien de cinématographique ne vient égayer le lieu. Nous ne pouvons pas faire rentrer dans cette catégorie tous ces écrans qui annoncent les séances des films, et qui ne sont là que dans un but informatif. Rien pour essayer de faire de ce lieu un repaire un tant soit peu cinématographique (je n’ose pas dire cinéphilique), ou même ne serait-ce qu’artistique. Je continue à croire que tous ces grands groupes (U.G.C., Gaumont, Pathé, C.G.R…) abhorrent le cinéma puisqu’ils font tout pour le cacher et le reléguer dans leurs salles sombres. Et si les portes coupe-feu n’étaient là que pour rendre leur accès encore plus difficile ? Je dis souvent que les plexes d’aujourd’hui ressemblent plus à des supermarchés qu’à des cinémas, eh bien le Pathé Levallois, lui, dans son ensemble, lisse, sourd et inerte est plus proche d’une clinique qu’autre chose. C’est cela. Je m’en aperçois seulement maintenant : ce lieu est carrément flippant ! Je vous le dis entre quatre lignes : je préfèrerais encore passer une soirée en compagnie de Louis Garrel, je me sentirais plus en sécurité.
 

La salle 4 est assez grande et l’écran est de belle dimension. Nous restons dans un cadre sobre et élégant. Cependant nous ne serons même pas une dizaine à en profiter ce soir. Pas de strapontins mais des fauteuils larges et confortables. Bon point. Dénivellation correcte, espace conséquent pour les grandes jambes et dossier suffisamment haut. Tout cela est plutôt bien pensé, mais ne nous cachons derrière l’arbre de la forêt, la crétinerie a aussi touché ce plexe qui vous oblige à choisir vos places au moment du passage en caisse !
 

Si la qualité technique de la projection est au rendez-vous, il y a quand même un défaut majeur au niveau de l’écran. Celui-ci a été extrêmement mal tendu ! Je ne sais pas à quel marsupial à poils longs ce travail a été confié (peut-être un ancien stagiaire de Rachida Dati), mais cet écran est zébré de plis sur toute sa partie inférieure gauche. On se croirait chez tata Jeannine qui avait projeté le film de ses 90 printemps l’été dernier, et avait tendu un drap sur une corde à linge pour l’occasion. Même que le petit Gaston, 4 ans, avait dit après la projection : « Y’a les rides de tata qui sont restées sur le drap ! » Eh bien ici, c’est pareil. L’écran du Pathé Levallois est couvert des rides de ma tata Jeannine ! Merci, Rachida Dati !
 

Maigre lot de consolation : les lumières se rallument très tard pendant le générique de fin. Les films ont tellement de choses à nous dire durant ce court moment. A condition de ne pas rallumer la lumière ! Ou que Louis Garrel ne soit pas au générique, bien sûr.
 

En parlant de lumière, je n’oublie pas de mentionner le bloc lumineux en bas à gauche de l’écran. Aberration visuelle continue et continuelle, qui n’a d’autre utilité que de pourrir la vision du film. Ou peut-être d’indiquer la sortie de secours si on n’avait pas fait gaffe qu’il s’agissait d’un film avec Louis Garrel. Ou alors, cet endroit stratégique a été choisi pour mieux visualiser les rides de tata Jeannine sur fond blanc. Allez savoir. J’ai l’impression que l’angoisse inquiétante qui grossit en ces contrées rend les gens fous et monomaniaques.

 


 

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