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23 février 2020 7 23 /02 /février /2020 23:30

Avertissement : pour profiter pleinement de cette critique, il convient de la lire tout en écoutant en boucle cette chanson :

 

 

 

               On rigole, on rigole à la rédac avec les copains et les cadres dirigeants, même qu’on a inventé un jeu très chouette qui nous prend tout notre temps au lieu de bosser d’arrache-pied sur plein de films superbes, mais aussi sur ceux de Louis Garrel. La règle du jeu est toute bête : il faut trouver le titre d’un film à partir d’un autre titre (inventé, celui-là, donc beaucoup plus beau) qui doit mettre sur la piste. Exemple : pour DEMARRE LA BAGNOLE ! il faut trouver… Vous ne voyez pas ? Et en réfléchissant un peu ?... Ah, j’en vois deux au fond qui se gaussent déjà d’avoir la bonne réponse. Allez, les autres, un petit effort !... Toujours pas ?... Bon, je vous donne un indice : DEMARRE LA BAGNOLE ! est un film avec Jean-Claude Van Damme… Alors ?... Eh oui : FULL CONTACT ! Rires, évidemment. Rires des copains, rires de la famille, rires autour de vous, rires partout et beaucoup. Encore un ? Allez, je cède à la pression, voici : MARRE-TOI AUX APPLAUDISSEMENTS. Je vous laisse le temps de chercher, réponse à la toute fin.

 

Oui, parce qu’on rigole, on rigole, mais aujourd’hui nous allons être tout à fait sérieux, nous allons parler de comédie. Et attention ! Pas n’importe laquelle, de comédie. La comédie populaire, s’il vous plaît ! Alors, oui, en France, c’est un genre copieusement décrié, tant et si bien que populaire est devenue le synonyme de beauf. Peut-être la faute à un surplus de Franck Dubosc. Ou un surpoids de Kad Merad. Bref, nous n’allons pas résoudre la trisection de l’angle derechef, il y a trop de comédies débiles par chez nous (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en ait pas d’excellentes), c’est un fait, allons voir comment elle se porte ailleurs. Tiens, tant que nous y sommes, remontons même 10 ans en arrière.

 

EASY A est un film que nous voulions critiquer à LA LUMIERE VIENT DU FOND depuis longtemps, et les années passant la revoyure du film ne dément pas la bonne première impression que nous avions eu, même si les modes intrinsèques du film sont déjà celles d’un autre temps. Pourtant, EASY A garde toujours son mordant, et son comique est toujours plus percutant que la bonne majorité des productions du même genre. D’abord, la chose la plus étonnante c’est que le film n’a pas connu de sortie en France. Eh non ! Il y a du Emma Stone, du Malcolm McDowell, du Lisa Kudrow (maintenant plus personne ne sait qui c’est dans la jeune génération, mais il y a 10 ans elle surfait encore sur l’aura qu’elle avait tirée de la série « Friends »), il y a aussi du Stanley Tucci ou encore du Patricia Clarkson. Bon, OK, Emma Stone n’était pas non plus la grande vedette qu’elle est désormais, mais elle sortait tout de même de ZOMBIELAND ! Mais non, pour nous ce fut du direct DVD. Eh bien nous allons voir qu’une fois encore, nos amis distributeurs sont ceux qui ont les meilleures têtes de vainqueurs et qu’ils ont eu le nez bien creux ! Et puis surtout, nous allons aborder EASY A par son versant le plus réjouissant : c’est un teen movie ! Et pas n’importe quelle branche du teen movie : un film de lycée. Le film de lycée, c’est probablement le genre le plus sous-coté du cinéma mondial, pour ne pas dire le plus méprisé. Pour vous donner un exemple, le peu d’égards qu’on lui accorde est à peu près égal à ceux que l’on accordait à Hitchcock à l’époque de la Nouvelle Vague, ou à la série B avant les années 80. A cela de nombreuses et différentes raisons, mais pour faire court disons que c’est un genre sans cesse ramené au même niveau intellectuel que les adolescents qu’il dépeint. Ce n’est pas totalement faux, mais c’est complètement irrespectueux et sacrément réducteur. Un peu comme si le péplum n’était réduit qu’à une masse de films où seule compte la virilité triomphale de l’homme musclé. Eh bien nous allons voir, grâce à EASY A, que les idées fausses peuvent et doivent se combattre à coup d’arguments vrais. Parce qu’en règle générale, le film de lycée est toujours traité sur le ton de la rebuffade et de l’arrogance, si bien que le sort de chaque film est déjà scellé avant toute critique. Sauf que, vous commencez à le savoir, pas de ça ici ! LA LUMIERE VIENT DU FOND traite de tous les cinémas sur le même pied d’égalité. Et à la fin, nous allons même vous expliquer pourquoi le film de lycée est un genre majeur et bien plus important qu’il n’y paraît.

 

               On ne perd pas de temps car le film commence tambour battant, et je dirais même tambours battants pour accentuer cette impression qu’il n’y a pas de temps à perdre. Présentation succincte de notre héroïne et hop ! ça attaque dans le vif du sujet. Nous sommes en Amérique, aux Unis de leur état, dans le lycée d’Emma Stone où cette dernière fait de la figuration. Elle traverse les allées et les couloirs comme un véritable fantôme. En d’autres termes, personne ne lui prête la moindre attention. Elle n’alimente pas les regards féminins jaloux, pas plus qu’elle n’attise la convoitise dans les regards masculins. Elle ne fait partie d’aucune confrérie mais elle ne tombe pas non plus dans la catégorie des losers. Bref, personne ne la calcule, elle se fond dans la masse, elle est totalement lambda. Ce qui est assez étonnant d’ailleurs, car elle a une personnalité assez originale (surtout par son humour), intelligente, sensible, très mignonne et plutôt bien roulée, comme on disait en 2010 avant que cette expression ne soit taxée de sexiste. Mais bon, la pauvre Emma, elle a une toute petite poitrine. Apparemment, cela doit être une condition sine qua non au regard de la gent masculine puisque c’est une des premières choses qu’elle nous apprend sur elle, comme une excuse d’exister malgré ce travers. Et puis surtout, elle s’habille et se coiffe chez Anonyme, ce qui n’aide pas. Elle a tout de même une meilleure amie : Aly Michalka, qui, elle, a une grosse poitrine et la met en valeur, ce qui la fait tomber direct dans la catégorie bimbo ou cagole, selon d’où vous lisez cette critique. Les deux copines ne sont pas du tout assorties, du coup le duo fonctionne très bien. Le problème du jour c’est qu’Aly veut qu’Emme l’accompagne faire du camping avec elle et ses parents. Pour Emma, le camping pourquoi pas, mais avec les parents d’Aly… Disons qu’ils sont très « nature », et la dernière fois qu’Emma a accepté, eh bien ce n’était pas top (petit flashback très drôle). Comme le tact et la délicatesse l’empêchent de le dire à son amie, elle invente un bobard, elle invente George, le coup d’un week-end. Le week-end arrive. Emma ne se tape ni le camping, ni George, et en bonne nolife qu’elle est, elle le passe à chanter la même chanson en boucle. Forcément, le lundi matin, au lycée, ce qui doit arriver arrive, et Aly insiste pour savoir si Emma et George ont fait crac-crac et comment c’était et je pourrais avoir des photos ? Le truc c’est qu’Emma et probablement Aly ne savent rien des « petites choses de la vie ». Et là va commencer à poindre la thématique principale du film. Oui, il va être question de coucheries ou plutôt de non-coucheries. Mais avant tout cela, la scène où Emma avoue à Aly qu’elle a effectivement vu le loup le week-end dernier avec George, cette scène se passe dans les toilettes du lycée et, pas de chance, elles n’étaient pas seules. Une des élèves a tout entendu et va téléphoner la chose de manière très arabe dans tout le lycée. C’en est fait de la réputation d’Emma ! La rumeur fait son office et elle va devenir la grosse salope du lycée. Cette fois-ci tout le monde la remarque. Les garçons se retournent sur son passage et les filles médisent dans son dos. Pour elle, cela ne change pas grand-chose. En fait, si : ça lui plaît bien ! Alors elle va prendre son rôle très à cœur… Voilà qui fonce à toute berzingue, les amis, car tout cela ce n’est pas le film, ce sont les 15 premières minutes seulement ! Après, il s’en passe encore et encore. Même que ça reflashbacke (du verbe reflashbacker, si je veux !) à l’époque où Emma était prépubère. Lors d’une boum, elle a eu droit aux « 7 minutes au paradis », vous savez ce jeu où vous êtes désignés, un garçon et une fille, puis on vous enferme pendant 7 minutes dans une pièce et vous devez vous embrasser. Emma, elle est toute jouasse parce qu’elle est tombée sur le gars de ses rêves : Dan Byrd. Mais lui, embrasser, il ne sait pas, il ne veut pas, il chipote, il vire, il tourne sept fois sa langue dans sa bouche au lieu de le faire dans la bouche d’Emma (l’idiot !), et finalement s’ils ne le font pas mais qu’Emma dit quand même aux autres qu’ils l’ont fait, ça l’arrange bien. Pas Emma. On la comprend. Mais elle accepte. Et des années après, ils sont restés amis. Plus ou moins. Ce qu’elle ne savait pas et probablement lui non plus, même s’il le pressentait, c’est qu’il est homosexuel. Du coup, en 2010, le nouveau statut d’Emma aidant, Dan vient lui proposer un marché. Pour avoir la paix au lycée et qu’il ne passe plus pour un gay, il lui propose qu’ils fassent croire à tout le monde qu’ils couchent ensemble. Après tout, pour elle, cela ne changera pas grand-chose, sinon asseoir sa réputation. Après quelques réticences, Emma accepte et les voilà partis à la teuf de la semaine chez la fille la plus populaire du lycée. Là, tout le gotha des influenceurs du lycée se presse pour être en vue. Ils arrivent à la soirée (si vous voulez voir Emma stone, c’est là), mettent leur plan à exécution et se retrouvent comme quelques années auparavant. Dans la chambre de la jeune organisatrice, ils s’adonnent à de faux ébats athlétiques qui manquent de passer inaperçus, vu que tout le monde écoute à la porte. Le plan a fonctionné, tout le monde rentre chez soi, repos du guerrier et puis j’ai des devoirs à faire quand même ! De retour au lycée, la magie a opéré sur Dan. Il est accepté par les autres gars comme un mec, un vrai. Emma, elle, continue à arpenter les allées du lycée dans des tenues de plus en plus provocantes. Tout cela pourrait s’arrêter là et n’avoir aucun intérêt si Dan ne disait la vérité à Jameson Moss. Ce dernier, lui aussi en recherche de popularité, s’adresse à Emma pour savoir s’il ne serait pas possible de faire pareil en ce qui le concerne. Scotchée, Emma refuse. Mais devant le désappointement et la tristesse du gars, Emma, toujours prête à rendre service, accepte le deal contre un bon cadeau de 100 dollars. De nouveau, la rumeur enfle, et voilà qu’une bonne partie du lycée vient frapper à sa porte parce qu’ils ont tous des bons qui arrivent à échéance ou des objets d’occasion à céder.

 

               D’habitude je prends soin de ne pas résumer les films, ou très peu (nous ne sommes pas sur Allociné, quand même !), mais cette fois-ci il était plus que nécessaire d’en faire un petit topo pour savoir où nous mettons les pieds, et par la même occasion constater que, quoiqu’on puisse en dire, EASY A est bien l’exemple qu’un scénario de film de lycée ne tient pas sur un ticket de métro, qu’il est parfois plus complexe qu’on s’y attend et qu’il peut très bien allier légèreté et profondeur, ce qui n’est pas incompatible.

 

Vous voyez que nous ne nous sommes pas fichus de vous, et qu’en termes de sérieux vous voilà servis. Qui osera encore dire après ça que les films de lycée sont monomorphes et unidimensionnels ? EASY A est probablement le dernier grand film qui a tout compris à l’esprit du teen movie, nous allons y revenir. Mais d’abord, voyons ensemble comment il y parvient.

 

               La carte maîtresse d’EASY A c’est bien évidemment Emma Stone. La voilà dans son premier grand rôle. Elle a 20 ans lors du tournage, le visage encore un peu rond et déjà toute son espièglerie au bout des lèvres. C’est amusant d’ailleurs de constater que tous ces jeunes qui vont au lycée ont entre 20 et 23 ans. C’est toujours comme cela dans les films de lycée américains. Eh bien, vous savez quoi ? Ça passe ! Je n’ai jamais compris ceux qui s’enhardissent contre cette pratique mais qui ne trouvent rien à redire sur les acteurs qu’on grime pour les vieillir. Alors que, justement, on ne voit que ça : le maquillage ! Tiens, récemment nous avons eu droit à une belle et stupide controverse concernant les rajeunissements numériques du IRISHMAN de Martin Scorsese. Et d’une mauvaise foi crasse, en plus ! Car pour être honnête, ils étaient tout à fait convaincants, alors que les vieillissements à l’ancienne paraissaient complètement artificiels. Le fait est que tout cela n’est que de la discussion de comptoir. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une convention. Si vous ne l’acceptez pas, alors vous n’avez aucune raison d’accepter que ce soit Brad Pitt qui joue tel rôle, puisque vous voyez bien que c’est lui et que les autres acteurs font comme si c’était quelqu’un d’autre. Personne ne voit qu’il lui ressemble ? Et pourquoi jamais personne dans ses films ne lui dit qu’il ressemble à Brad Pitt ?

 

Revenons-en à notre chère Emma Stone qui, dans ce film incarne Olive Penderghast, jeune lycéenne de Californie qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Emma Stone, mais tout le monde fait comme si de rien n’était. Voilà un personnage qui apparaît bien original dans sa caractérisation, alors qu’il ne l’est pas tant que ça. En fait, il se définit surtout grâce aux autres. Je m’explique. Dans sa manière de parler, les mots qu’elle emploie, la manière dont elle répond, mais aussi par ses attitudes, ses prises de décisions, cette jeune femme nous apparaît très mûre et très intelligente pour son âge. A bien y regarder, ce n’est absolument pas le cas. Ce sont les autres qui sont immatures, stupides, superficiels et irréfléchis. Emma, elle, est tout simplement normale, les pieds sur terre, pleine de bon sens, lucide et spirituelle. Peut-être pas forcément raisonnable, lorsqu’elle agit elle ne le fait peut-être pas en mesurant toutes les conséquences, mais elle le fait toujours de manière responsable. Des qualités qui ne sont pas forcément développées chez elle à un degré supérieur, mais lorsqu’elle se trouve en contact avec d’autres élèves de son âge, elle paraît tout de suite au-dessus de la moyenne. Joli principe scénaristique qui n’est pas sans rappeler l’excellent IDIOCRACY (autre comédie populaire très bien pensée).

 

Emma Stone est éblouissante dans ce rôle. Elle est pétillante, inventive, drôle, avec un charme fou. Elle y va de temps en temps avec force mimiques, mais grâce à une sincérité incroyable, ça passe toujours. L’un des traits de caractère qui rend ce personnage si attachant, c’est son humour. Douée d’une répartie fulgurante et souvent caustique, elle use d’un second degré et d’un sens de la dérision qui font mouche à chaque fois. Et là, il faut rendre à César sa statuette en plaqué or, les dialogues sont vraiment brillants. Et notamment ceux des parents d’Emma (Patricia Clarkson et Stanley Tucci, impeccables). Voilà deux personnages à l’humour très drôle sans qu’ils ne soient caricaturaux. Et d’une cohérence imparable, en plus, puisque cela expliquerait d’où vient la vis comica d’Emma. Avec tout ce patchwork de personnages, de situations, de gags, d’expressions faciales (Amanda Bynes n’est pas en reste, il faut la voir tailler des crayons sans rien dire !), nous rions franchement et de bon cœur. Et nous faire rire, c’est le premier commandement d’une comédie. Comme si on demandait à un comédien de jouer juste ! Sauf, qu’en plus, ici, le rire n’est jamais lourd. Il prend différentes formes tout en restant de grande qualité, fulgurant, souvent inattendu, et toujours écrit de manière fort intelligente.

 

Ce levier est si puissant dans EASY A qu’il donne l’impression que le réalisateur en fait son arme première. Effectivement, Will Gluck joue son va-tout sur la comédie. Il est entièrement focalisé sur le fait de décrocher des rires, sans pour autant les rechercher à chaque instant. Mais, conscient du potentiel de son film, il optimise chaque gag pour qu’il atteigne son objectif. Et c’est réussi puisque nous passons un fort bon moment. Du coup, le film s’assume pour ce qu’il est, sans prétendre à plus. Nous trouvons cela plus franc du collier que d’autres productions plus onéreuses qui n’arrivent même pas à être un bon divertissement. Mais pour être tout à fait juste, il faut aussi mentionner les lacunes de Will Gluck. EASY A est son deuxième long métrage. Pas vu le premier (FIRED UP !), et depuis il nous a donné FRIENDS WITH BENEFITS, ANNIE et PETER RABBIT. Du laid jusqu’au très très laid. Mais surtout, il a beaucoup écrit, produit et réalisé pour la télévision. Et ça se voit ! Dans EASY A, la pauvreté de l’image est parfois digne d’une série ou d’un téléfilm. La photographie est sans intérêt. Un éclairage général et peu de nuances. Ça ne vole pas très haut. Nous avons droit à quelques flashbacks, des effets d’accéléré lorsque la rumeur se propage, un plan un peu étonnant mais pas vraiment utile de-ci de-là, et puis c’est à peu près tout. Sinon tout le reste est très anonyme, avec beaucoup trop de plans serrés. Au revoir l’échelle des plans. Nous nous contenterons d’une vue sur la maison pour nous dire où la scène se déroule, puis au lycée quand nous changeons de lieu et ainsi de suite. Il y a tout de même un ou deux plans qui cachent une idée de mise en scène, vous verrez ça saute aux yeux quand ça arrive. Je pense particulièrement au plan où Amanda Bynes apprend la maladie de son petit copain. C’est très bref, mais c’est très drôle ! Un soin plus attentif est accordé au montage, mais toujours dans le souci évident de faire primer la comédie. Autrement dit, rien de signifiant par ce biais, juste de l’efficace. Et comme la comédie c’est avant tout une métrique, un rythme, Susan Littenberg s’échine à rendre le tout vif et alerte. Pour le coup, c’est vraiment très efficace, on ne s’ennuie pas une seconde, et les gags trouvent là un punch incroyable. Ça déroule à vive allure, comme nous vous l’avions dit, on ne perd pas une seconde, ça part sur les chapeaux roues et ça ne s’arrête plus. Nous pouvons nous apercevoir des limites du procédé dans les plans de transition ou d’exposition, qui sont ultrarapides, uniquement montés à titre informatif pour savoir quel personnage fait quoi, comment il s’y rend etc. Et si vous êtes attentifs, vous verrez que ça coupe en plein mouvement, alors que le réalisateur essayait de faire un plan un peu chiadé avec un pano ou un travelling. Nous sentons bien que le plan a été pensé et pas fait à la va-vite, qu’il dure quelques secondes, soit plus qu’il n’en faut pour introduire une scène, eh bien tous ces efforts sont réduits à néant vu qu’au montage ce plan est réduit à même pas une seconde purement utilitaire. Et même si tout cela aboutit visuellement à quelque chose de très protéiforme, c’était sans nul doute le bon choix à faire ! La conséquence directe de tout cela c’est que les faux raccords pullulent à l’écran. La dynamique du film fait en sorte que nous ne nous y attardons pas trop, mais quand même !... A part cela, c’est une mise en scène assez fainéante, mais qui n’est maintenant plus très étonnante concernant une comédie. Will Gluck ne déroge pas à la règle qui permet de croire que l’humour suffit à emporter la mise. Et c’est difficile d’aller contre cela avec un film comme EASY A qui, justement, réussit par ce biais. Il n’empêche que le film échoue à d’autres points de vue. Il échoue à apporter un peu de beauté, de lyrisme ou même de poésie. Will Gluck refuse de se servir d’une grammaire qui pourrait donner plus de cachet à son film. Alors qu’il lui serait si simple de regarder les films de Blake Edwards, et de constater l’impact de la comédie, certes, mais aussi l’intérêt d’avoir une mise en scène qui tire le film toujours plus haut.

 

               Nous avons vu que l’histoire d’EASY A est plus touffue que ne le laisse présager son ton. Et bien que chaque nouvel élément narratif en déclenche un autre qui ne cesse de faire évoluer le film, Will Gluck opère peu à peu un glissement sémantique qui va permettre de révéler le véritable sujet du métrage. Le personnage d’Emma fait constamment référence à « The scarlet letter » de Nathaniel Hawthorne, et à quelques-unes de ses adaptations au cinéma. Demi Moore en prend pour son grade (à juste titre) dans la version de Roland Joffé, et apparemment celle de Victor Sjöström resterait la seule valable. Nous voulons bien le croire, nous ne l’avons jamais vue. EASY A se revendique alors comme une approche moderne du roman d’Hawthorne. Oui, parce que nous ne vous l’avons pas dit, mais à partir du moment où Emma Stone devient open free et décide d’assumer pleinement son rôle de Marie-couche-toi-là, elle confectionne elle-même ses tenues affriolantes et arbore un énorme A rouge sur sa poitrine, comme l’héroïne de « The scarlet letter » stigmatisée de la sorte par son entourage pour cause d’adultère. Et alors là, le film commence à travailler sur la dénonciation de l’Amérique puritaine, à travers son hypocrisie son intolérance. Il s’en prend notamment à la religion et plus spécifiquement au catholicisme, toujours sous couvert d’humour et grâce à la logique implacable d’Emma Stone. Il y a aussi les pérégrinations d’un petit groupe de fervents adeptes de l’abstinence sexuelle, dirigé de main de maître par Amanda Bynes (très caricaturale mais diablement efficace, et surtout très drôle !) EASY A nous présente donc le personnage d’Emma Stone comme étant déjà très au fait des bassesses et des turpitudes de la société qui l’entoure, et qui utilise l’insouciance qu’on accorde généralement à la jeunesse pour pointer du doigt ces travers.

 

C’est en cela que nous disions plus haut que ce film a tout compris de l’esprit du teen movie, c’est-à-dire de tout ce qui se joue à l’adolescence. Dans EASY A, Emma Stone incarne l’archétype de l’adolescent qui se rend compte du monde qu’on lui offre et qui refuse de s’y projeter. Elle use alors de ses propres moyens pour déclencher une prise de conscience chez certains, espérant ramener tout ce monde à la raison afin que son futur soit plus vivable. La quête de l’adolescent est une quête d’absolue. Voilà l’origine du A sur son sein gauche. Elle signifie aux autres qu’elle n’est pas dupe. Pas dupe de la signification de cette lettre. Pas dupe de ce qu’ils haïssent par-devant et font en cachette par-derrière. Pas dupe qu’ils ont besoin de désigner une victime par le doigt de leur haine, car lorsque les regards sont tournés vers elle cela empêche de voir ce qui se passe chez les autres. (Remarquez comme certains plans mettent uniquement en scène le tranchant des regards). Emma Stone n’est qu’un bouc-émissaire d’une société qui croient à la personnification du mal pour expurger ses péchés. C’est la fonction du personnage de Lisa Kudrow, qui résume toute cette démonstration. Et au bout du compte, que vous le vouliez ou non, ce sont les autres qui font votre réputation. CQFD.

 

               Dix ans plus tard, c’est assez drôle de revoir EASY A à l’aune de ce que nous connaissons de l’emprise que les réseaux sociaux ont aujourd’hui sur le monde. Mais en 2010 nous n’en étions pas encore là et le bouche-à-oreille jouait toujours à plein régime. Dans le film, les téléphones portables ne sont qu’un outil qui permet de diffuser le message, et d’ailleurs les jeunes ne sont quasiment pas pendus à leur téléphone. Internet n’a, lui aussi, qu’un poids relatif. Pourtant le film annonce bel et bien ce grand changement à venir, à commencer par l’importance capitale que prendra le Web. C’est par cet outil qu’Emma Stone s’adresse à nous dès le début du film puisque tout ce qu’elle nous raconte n’est qu’un énorme flashback qui replace les choses dans l’ordre avant d’entreprendre l’effacement de ce qui est tenu pour vrai et le rétablissement de la vérité. Même si elle le fait via un site internet ce sont déjà les réseaux sociaux que le film prophétise.

 

L’avantage de passer par ce support c’est de pouvoir isoler Emma Stone. EASY A se place ainsi délibérément à un carrefour de films de lycée, place idéale pour lui permettre de synthétiser l’ensemble à travers une thématique essentielle : la solitude. En s’appuyant sur le roman de Nathaniel Hawthorne, et en y ajoutant cet ingrédient, EASY A joue avec ce principe général cher aux films de lycée : l’individu seul contre le monde entier. Dans le cas qui nous occupe : l’adolescente clairvoyante et isolée face au monde injuste et ravagé.

 

La manière dont le film inscrit de la sorte son actrice principale est très intéressante. D’abord par son acceptation sociale. Nous l’avons dit plus haut, Emma Stone n’appartient à aucun groupe. Elle n’existe même pas pour le groupe avant que la rumeur ne fasse son effet. Lorsqu’elle est au lycée, elle s’oppose fréquemment dans la scène (voire dans le même cadre), à ce qui constitue un groupe de personnes. La masse a pour fonction la pression sociale qui pèse sur elle et qui l’enjoint à se conformer. Elle va aussi s’isoler de sa meilleure amie ; la rupture sera ouvertement consommée au milieu du film. Mais il y a un autre levier avec lequel le réalisateur joue au maximum, et qui contribue à l’opposer au monde qui l’entoure : l’humour. D’habitude, l’adolescent de ce genre de films courbe le dos et joue les victimes ou alors entre en réaction face au système. Ici, en ce qui concerne Emma Stone, c’est un peu et pas vraiment les deux. Au début, elle se fait même ruer dedans pour montrer à quel point elle est transparente, mais elle n’est pas une victime du système à proprement parler. Elle n’y trouve simplement pas sa place. Par la suite, le A sur sa poitrine montre bien qu’elle s’élève contre quelque chose qu’elle dénonce mais sans mener de véritable lutte. Le seul combat qui lui importe c’est que la vérité puisse éclater au grand jour sans plus qu’aucune méprise ne soit possible. Par contre, son humour l’installe dans une troisième catégorie, qui pourrait être celle de l’adolescente qui se place en tant que spectatrice. Son emplacement face à la caméra (et par là même face à sa webcam) lorsqu’elle raconte toute son histoire est emblématique de cette position. Elle est actrice de son propre devenir puisqu’elle raconte l’histoire telle qu’elle s’est déroulée. Mais d’un autre côté, généralement, celui qui regarde l’écran c’est le spectateur. Les flashbacks interviennent là un peu comme si elle les regardait avec nous, tout en les commentant. D’où l’emploi d’une fausse voix-off, qui est en fait ce qu’elle raconte face caméra. Les procédés d’allers et retours entre passé et présent fonctionnent très bien de la sorte. Et donc, l’expression de l’appartenance à cette troisième catégorie c’est son humour, auquel elle a systématiquement recours. Du coup, avec force sarcasmes et second degré, cela donne l’impression qu’elle glisse au milieu de tout cela, en spectatrice, donc, comme si la meilleure réponse au triste spectacle que lui confèrent les autres n’était autre que cette arme humoristique. Or, ne croyons pas qu’elle n’est pas affectée par ce qui lui arrive ou ce qu’on lui dit. Lorsqu’une camarade de classe la traite de traînée, sa réaction émotionnelle montre bien qu’elle sait comment répondre aux attaques qui vont trop loin. Quitte à ce que cela lui vaille un passage chez le proviseur (joué par un Malcolm McDowell plutôt sobre et pas mal du tout). Avec son humour, elle donne l’impression de se moquer des personnes qu’elle côtoie (c’est souvent vrai, quand même), mais il s’agit surtout d’un processus de défense qui a deux grandes vertus. Dans un premier temps, cela lui permet de tenir à distance une société pitoyable et détestable, et ensuite d’avoir un mode de fonctionnement interne qui lui est propre, c’est-à-dire qui ne correspond en rien aux normes de la société qu’elle rejette. Eh oui, c’est aussi ça un bon film de lycée : une histoire qui te dit que tu n’es pas tout seul, et qui te donne des clés pour pouvoir t’élever et briller en société, à toi, l’ado qui te sens mal dans tes crocs.

 

               En posant les fondations de son film par l’efficience de son humour, Will Gluck a d’abord pris soin de confectionner une comédie populaire joyeuse et efficace. Il en a ensuite profité pour ajouter ce qui fait la composante essentielle de tout bon film de lycée qui se respecte : le sous-texte. Et enfin, avec la matière obtenue, il a essayé de redonner du souffle au teen movie, sans avoir la prétention de le réinventer. C’est pour cela qu’il n’hésite pas à citer des films qui ont assis le genre (BREAKFAST CLUB, FERRIS BUELLER’S DAY OFF, SIXTEEN CANDLES, CAN’T BUY ME LOVE et SAY ANYTHING…) Les extraits qui émaillent le film sonnent comme des hommages appuyés, mais ils sont bien plus que ça. Ils servent de référence pour glorifier le genre, en exposant l’universalité et l’intemporalité de leur thématiques. Celles qu’on retrouve tout au long d’EASY A et qui restent valables pour bon nombre d’adolescents. Une jolie manière de célébrer la révolte adolescente, celle qui s’oppose au monde des adultes qui regroupe ceux qui ont capitulé même sans le savoir. En témoigne, le personnage incarné par Thomas Haden Church. Bien qu’il soit le personnage le plus censé du monde des adultes, il fait partie intégrante de la démission collective, comme en témoigne une phrase assez banale qu’il prononce lorsqu’il parle du roman « The scarlet letter » à ses élèves. Il dit ceci : « N’oublions pas qu’Hester vivait à une époque radicalement différente ». Cette phrase veut dire exactement le contraire de ce en quoi il croit. Elle est le produit d’une société qui utilise l’évolution en la faisant passer pour du changement. Non, non, rien n’a changé, comme disait mon tourne-disque. L’époque d’Hester n’avait rien de différente. Les siècles passent et tout reste pareil. Il y a un âge où on s’aperçoit de cela, un âge où on se dit qu’on peut parfaitement changer les choses, c’est de cela que parlent les films de lycée, et c’est pour cela qu’ils sont fondamentaux.

 

Le film de lycée, c’est une couverture, ça n’existe pas vraiment. C’est comme le western, ça ne parle pas vraiment de l’ouest, finalement. Là, c’est pareil. Le décor, c’est le lycée, le lieu transitoire par excellence. Toute la démonstration va alors consister (sous couvert d’une histoire parfois très bien écrite, c’est le cas ici) à déchaîner le plus possible d’éléments subversifs. Dans le meilleur des cas cela aboutit à PUMP UP THE VOLUME ou à John Hughes, sinon on aura passé un bon moment avec du fun.

 

Le film de lycée, c’est là où tout se joue, ce moment de l’adolescence où tout est encore possible, où la vision d’un monde parfait est encore atteignable. Après c’est foutu, chacun fait ses choix et essaie de s’en sortir comme il peut. Mais dans l’intervalle que relate ce genre de films, il existe une parenthèse plus ou moins longue qui permet d’entrevoir les éléments qui pourraient permettre de changer la société. C’est cela qui est subversif. La liberté et la tolérance sont souvent les deux facteurs qu’on essaie d’anéantir chez le protagoniste. En fait, il faut regarder ces films comme des histoires où l’individu voit le système le broyer, et tente de se débattre de toutes ses forces. Voilà bien une thématique capitale du cinéma mondial, abordée maintes et maintes fois, que ce soit dans INVASION OF THE BODY SNATCHERS ou 2001 : A SPACE ODYSSEY. Mais en général, il y a une force inéluctable qui vient du fait que l’adulte sait. Il sait très bien qu’il lutte pour quelque chose qui est perdu d’avance. Et même si happy end il y a, ce n’est qu’un compromis consolatoire qui ne saurait tirer un trait sur la réalité. Alors que ce qu’il y a de beau dans le film de lycée, c’est que l’adolescent peut encore se permettre tous les espoirs. L’adolescent se trouve au moment où il doit fixer son niveau de soumission au système. Un choix qui va conditionner toute sa vie.

 

Souvent la forme légère de ces films n’est là que pour tromper l’ennemi. On nous parle de choses plus profondes et importantes qu’il n’y paraît. Evidemment, pour un film comme EASY A, si j’étais critique officiel, chez Télérama au hasard, j’écrirais que ce film aborde tous ces thèmes sans les développer. Mais que faut-il pour qu’un film soit considéré comme noble ? Les films d’Hitchcock n’étaient-ils pas nobles sans établir d’exposés magistraux ? Et cela empêchait-il Hitchcock de nous parler de nos peurs les plus profondes, sous l’apparat de ses histoires les plus célèbres ?

 

               Nous voyons bien que la lecture d’EASY A s’effectue à plusieurs niveaux, et qu’il est aussi question de réécriture. Dès le début du film, par l’enregistrement vidéo qu’effectue Emma Stone et le rétablissement de la vérité que cela induit, c’est toute l’histoire du film qu’elle écrit pour nous, et en même temps qu’elle réécrit pour que les élèves de son lycée connaissent enfin la vérité. Et à la lumière de ce que nous venons d’exposer précédemment, les véritables désirs d’Emma Stone finissent par apparaître : elle veut vivre dans un film des années 80 ! C’est vers cela que va tendre EASY A. Ce sont les teen movies de cette époque (son âge d’or) que le film se fait fort de canoniser. C’est « à la manière de » que devra s’achever EASY A, nous sommes prévenus. Inutile donc d’y voir une fin peu crédible ou un peu nunuche. Sa fonction est la même que dans les films précités, puisqu’on vient de nous apprendre qu’elle va la copier. Qu’importe l’inscription dans un réel. Ces films s’appuient souvent sur des fantasmes ou des visions fantasmées. Ceux d’Emma Stone sont de finir sur la tondeuse à gazon de Patrick Dempsey, que Jake de SIXTEEN CANDLES l’attende à la sortie de l’église, que Judd Nelson lève le poing en l’air parce qu’il l’a séduite, et que John Cusack la courtise avec son radiocassette. Il ne peut y avoir d’autre issue. Les teen movies sont là pour répondre à ces idéaux et les mettre en scène, toujours dans le même but consolatoire. Parce qu’après il sera trop tard pour rêver. Des rêves, voilà l’esprit qui sous-tend ces films. Et comme tous les rêves, leur mise en scène nécessite une interprétation autre que ce qu’ils tentent de représenter. Comme le disait Stanley Kubrick : « De la même façon que le contenu littéral d’un rêve n’est pas le sujet profond du rêve, de la même façon le contenu littéral d’un film ne représente pas nécessairement ce à quoi vous réagissez dans le film. »

 

               Et, au fait, MARRE-TOI AUX APPLAUDISSEMENTS, vous avez trouvé ?... Oui ? Non ?... M’enfin ! RIO BRAVO !!! Comique. Populaire. Implacable.

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