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25 août 2019 7 25 /08 /août /2019 18:20

------------  7 BATIGNOLLES  ------------
----------  SALLE SPHERA  ----------

Samedi 24 août 2019, 10h45
ONCE UPON A TIME... IN HOLLYWOOD de Quentin Tarantino

 

La nouvelle phase d’adaptation des salles de cinéma est plus que jamais en marche dans ce nouveau plexe situé du côté de la porte de Clichy, non loin des ateliers Berthier et adjacent au parc Martin Luther King. La précédente révolution des salles avait essayé d’en faire des parcs d’attractions en s’alliant les prouesses technologiques pour toujours plus de spectaculaire. Aujourd’hui la règle est d’en faire des lieux de haut standing pour que le spectateur ait l’impression de faire partie d’un rang social supérieur au sien. En d’autres termes, avoir l’impression de faire partie d’une caste, d’être privilégié, et peu importe si les tarifs trop élevés excluent les foyers trop modestes. En temps normal, si vous ne bénéficiez d’aucune réduction, le tarif de base pour accéder aux 7 Batignolles est de 12,80 euros ! Les places de cinéma sont aujourd’hui scandaleusement trop chères. Mais dans une initiative de salle populaire (à la programmation pourtant exigeante) comme celle du Louxor, dans laquelle la Mairie de Paris est partie prenante, la place reste à 9 euros et 80 cents ! Et pour l’entreprise privée qui gère ces 7 Batignolles, soumise à une logique capitaliste de retour sur investissement, 12 euros et 80 cents pour voir un film c’est évidemment un prix prohibitif. Donc, l’amour du cinéma, la propagation de sa culture et le fait que les films soient faits pour qu’on les voit, tout cela ce sont des discours de remise de médailles, et il ne sera pas question de cela une fois de plus dans ce nouveau plexe, vous vous en doutez bien.
 

Face à ce constat toujours douloureux, nous avons la maigre consolation de pouvoir payer une place presque deux fois moins chère à la première séance du matin : 6,80 euros. Je ne me considère pas comme quelqu’un de spécialement pingre, j’ai la chance de pouvoir bien gagner ma vie, quand j’ai envie de quelque chose je ne regarde jamais le prix, et pourtant, 6,80 euros pour une place de cinéma c’est encore trop cher ! Alors, vous allez me dire : « Qu’est-ce que c’est une place pas chère ? Tu aimerais que les prix soient si bas que les salles soient remplies à ras bord à toutes les séances, c’est ça ? Comme aux premiers temps du cinématographe ? Quand n’importe quel lieu attirait les moins fortunés jusqu’aux sans-abri ? Avec les conséquences que l’on connaît, à savoir des personnes qui dérangent les séances, ronflent pendant les projections, insultent le personnel et les spectateurs etc. ? C’est vraiment cela que tu veux ? » Voilà pour les arguments majeurs et fallacieux qui servent les intérêts de quasiment tous les constructeurs de plexes de nos jours. Or, si on peut se plaindre que l’élévation du prix du billet ait engendré l’éviction d’une grande partie du public (nous ne lui mettrons pas tout sur le dos, il existe aussi beaucoup d’autres facteurs qui y ont participé), elle n’a jamais répondu aux arguments cités plus haut si on se réfère aux diverses perturbations qui égrènent les projections de films d’horreur fréquentés par des adolescents qui se croient devant leur télévision. Et qu’est-ce qui est plus dérangeant : un(e) endormi(e) qui ronfle paisiblement ou un addict qui regarde compulsivement son téléphone portable ? L’ouvrier qui est venu se détendre directement après sa longue journée de travail ou l’endimanchée qui s’est aspergée de parfum qu’elle seule supporte ? Personnellement, j’aime la tranquillité des séances désertées par le public et pourtant rien ne me rend plus mélancolique qu’une salle vide. J’aime voir les réactions d’un public à l’unisson dans une salle bondée même si la trivialité de certains me fait hérisser les poils. A vrai dire, il n’y a rien de supérieur à quoi que ce soit. Rien ne prévaut. Aucun système ne convient mieux qu’un autre, et pourtant, je vais vous dire, il y en a un qui convient mieux à ceux qui dirigent les plexes. Partant de là, ce sont eux qui imposent leur vérité comme étant LA vérité. Ce qui est tout aussi sûr, c’est que nous avons perdu en chemin ce qui fait l’essence de ces regroupements populaires : ce qui fait le film en dehors de lui-même, c’est-à-dire qu’on a réduit la culture du cinéma à sa seule expression artistique.
 

Alors, ces 12 euros 80, de quoi sont-ils le symptôme et que signifient-ils ? Il suffit de rentrer dans le plexe pour avoir un début de réponse. Parce qu’autrement, bien caché dans ce quartier du dix-septième arrondissement, ce plexe ne paie vraiment pas de mine, à peine le remarquons-nous. Il faut quelques panneaux indicateurs pour nous y mener et découvrir ainsi pourquoi les places sont si chères. Tout est question de contrepartie : vous en voulez pour votre argent, vous en aurez pour votre argent.
 

En premier lieu, il a bien fallu payer une architecte qui a travaillé sur l’aménagement intérieur du lieu. Il s’agit d’Ana Moussinet, qui a beaucoup travaillé pour des entreprises privées et des hôtels de luxe. Et comme les chiens ne font pas de chats, la première impression qui vous étreint à l’entrée des 7 Batignolles c’est celle de vous trouver dans le hall d’un hôtel de luxe. Vous pénétrez dans un plexe spacieux, pour le coup extrêmement bien agencé ou tout n’est que brillance, dorure et matériaux nobles. Bon, sauf peut-être les rares morceaux de bois qui ne sont que du vulgaire contreplaqué. La faute de goût ! Plaisanterie mise à part, tout respire le luxe ici. Evidemment tout est neuf puisque le plexe a ouvert le 19 décembre 2018, mais ce n’est pas seulement cela qui impressionne. Ce hall est vraiment bien pensé. Déjà, il ne laisse pas les personnes dehors quand il pleut. Bon point. Son immensité est renforcée par les nombreuses baies vitrées qui l’aèrent de la manière la plus agréable qui soit. Le design est épuré. Les écrans LED sont évidemment présents bien qu’inutiles, cependant ils ne sont pas si nombreux que cela et l’immensité du lieu tend à les faire oublier. Si seulement ! Alors, bien entendu, il vous faudra dire adieu aux grandes affiches en papier.
 

Comme ce hall ne manque pas de place, ils l’ont aménagé avec de nombreuses tables et chaises pour que les spectateurs puissent attendre confortablement. Il y a même une terrasse où il est possible de s’installer et dominer la belle vue du parc Martin Luther King. Plutôt agréable par une belle matinée ensoleillée comme celle d’aujourd’hui. Toujours dans ce hall, un espace est réservé aux enfants. On peut s’y installer dans d’énormes poufs Fatboy. On y trouve des livres et quelques jeux. Et alors, juste à côté, un élément que je n’ai jamais vu dans un aucun autre plexe et qui meuble l’espace dans le même souci d’esthétique et de luxe : un piano. Oui, il y a un piano et pas un de ceux que vous trouvez dans les gares, attaché avec une chaîne et tout le monde vient s’y défouler dessus, non je vous parle là d’un vrai piano à queue, libre de chez libre et qui doit probablement servir à de vrais artistes lorsque le plexe initie un concert. Dans un hall, c’est quand même la classe ! Et nous ne sommes pas au bout de nos découvertes avec un plafond comme une sorte de miroir qui brille de son plus bel éclat, un mur végétal, de la dorure un peu partout, un sol lisse et superbement brillant. Le lieu est plus propre que n’importe lequel des plexes parisiens. Par un seul pop-corn de tombé sur le sol, et quand bien même, la bonne idée qu’il soit blanc rendrait cela moins visible. Même les bornes de retrait tout à l’entrée sont moins hideuses que celles qu’on trouve d’habitude. De formes arrondies et d’un blanc éclatant, elles se fondent parfaitement dans le décor. Tout est vraiment magnifique et un tel étalage où tout sonne riche est même un peu trop pour un tel lieu. Du coup, vous vous doutez bien qu’avec autant de faste nous n’avons pas du tout l’impression de nous trouver dans un plexe. Où se terre donc le cinéma par ici ? Comme souvent : on nous le cache. Comme un produit un peu honteux ; un corollaire qui ne serait pas digne du lieu. Dans les plexes, le cinéma est devenu un tabou. On peut parler de films mais pas de cinéma. Une grosse hypocrisie en bande organisée, somme toute.
 

Il est donc temps de s’avancer vers la caisse pour acheter notre billet. Et vu qu’il n’y a absolument personne, pas de file d’attente ! Le caissier est très disponible et nous délivre illico notre précieux sésame. Bien habillé et fort sympathique, son côté « tout pour vous plaire » enfonce encore plus l’aspect hôtel de luxe. M’enfin on peut discuter un peu, du coup. Derrière la caisse, nous remarquons les diverses sucreries qui sont proposées à la vente. Même ce comptoir n’est pas aussi criard que celui du Pathé Wepler, par exemple. Les présentoirs ne sont pas démesurés et l’odeur du pop-corn n’est pas envahissante. A côté de la caisse se trouve un coffee shop. Y sont proposés des gâteaux qui ont l’air d’être faits maison, et surtout des produits plus sains que les cochonneries vendues à côté : des fruits. Et même qu’ils vous font des jus frais avec ! Je leur ai proposé que le verre soit compris dans les 12,80 euros. Après tout, pour quasiment le même prix, la conso est offerte en discothèque. Ils n’avaient pas l’air d’être très réceptifs à mon offre…
 

Bref, nous voilà armés de notre billet : un vulgaire bout de papier qui ressemble à un ticket de caisse de supermarché. L’esprit de raffinement en a pris un sacré coup ! Le caissier nous indique aimablement où se trouve la salle Sphera, juste derrière nous au même niveau. En bas se trouvent 6 autres salles, mais ce sera pour une prochaine fois.
 

S’il est vrai qu’ils ne se sont pas trop foulés pour trouver un nom original à ce plexe, que peut bien cacher celui de cette salle, alors que les autres se nomment simplement salle 2, salle 3 etc. ? En fait, il faut savoir que Sphera est une marque gérée par une société qui fournit aux exploitants le top du top pour leur salle. Et ce aussi bien au niveau de l’aménagement intérieur que du point de vue technologique. C’est une solution tout-en-un.
 

Effectivement, il y a dans cette salle tout ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle. Tout y est. Projection laser en 4K, système EclairColor et 3D bien évidemment possible pour les films qui le nécessitent. Nous notons que le rendu des contrastes est particulièrement fin. Avec du 7.1, la technologie Dolby Atmos gère le rendu sonore à la perfection. Vous avez l’image devant vous et parfois les sons vous proviennent de derrière, c’est assez rigolo. Le renfort de basses est aussi très surprenant avec cette drôle d’impression que votre siège se met à vibrer ! Le design de la salle n’est pas en reste. Sobriété des tons oblige, la salle est plongée dans une belle pénombre. L’entrée se fait par le fond. Bien pensé. Mais avant, il faut pénétrer dans un sas où des néons rouges incurvés zèbrent le plafond. Toujours aussi classe. A l’intérieur, ce sont les murs latéraux qui font vivre la salle. Des panneaux verticaux munis de LED sont censés prolonger l’ambiance en rendant les couleurs du film. Ceux qui ont un téléviseur équipé de l’Ambilight savent de quoi il retourne. Ce choix est assez surprenant. Ce n’est ni plus ni moins qu’un gadget parfaitement inutile. Même plus, il est très perturbant. Lors des bandes-annonces, ces lumières qui vibrent sur l’extérieur de notre champ visuel brisent constamment notre concentration. Au point que nous nous inquiétions de savoir comment parer à ce détournement d’attention pendant le film. Rassurez-vous, pour preuve que cela ne sert strictement à rien, cet effet est désactivé pendant la projection. Le mieux comme ennemi du bien. Et ce n’est pas fini ! Il faut encore parler des sièges. De vrais fauteuils imitation cuir. En tout cas j’ose espérer que ce n’est pas du cuir, car je ne saurais trop dire de quelle matière il est question. Il n’empêche qu’ils sont d’un confort exquis. Vous avez là toute la place nécessaire pour vos jambes. La dénivellation est suffisante pour ne pas craindre d’être gêné par son voisin de devant. Le dossier est très haut, suffisamment pour appuyer sa tête. Notons aussi un porte-gobelet pour chaque accoudoir. Ces fauteuils ont pour caractéristique de basculer un peu en arrière quand vous appuyez votre dos. Vous n’allez pas jusqu’à vous retrouver allongé, mais vous voilà dans une position reposante pour voir le film. Le seul inconvénient est qu’il est difficile de garder à 90 degrés. A peine vous vous appuyez que voilà votre siège qui bascule. Peut-être à éviter pour les rangées du haut. En tout cas, où que vous soyez placé, la visibilité est excellente. Il faut dire que l’ouverture de 15 mètres de l’écran n’y est pas pour rien.
 

La salle Sphera est un concept de salle premium qui oblige les exploitant s à faire du naming plutôt qu’à rendre hommage à une personnalité ou un film. Mais bon, peut-être que c’est aussi bien car, à défaut d’une salle Yul Brynner et vu comment ils ont appelé leur plexe, peut-être que cela aurait été tout bêtement la salle numéro 1 ! Bref, il ne manque rien à la panoplie de la parfaite salle de cinéma, et malgré tout cela deux blocs lumineux sont visibles des deux côtés de l’écran, et la lumière de la salle se rallume avant même le générique de fin ! Ce qui est un peu dommage pour ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD, puisqu’il y a un bonus caché au milieu du générique de fin !
 

Néanmoins, un petit plus se fait entendre à notre entrée dans la salle. Avant les bandes-annonces, les enceintes diffusent des chansons issues des films de Quentin Tarantino. Cela n’a rien d’original, mais apporte bien plus que cet Ambilight mural !
 

Pour cette projection nous n’étions même pas une dizaine dans cette salle qui doit regrouper environ 350 places assises à vue de nez. Si vous aimez les salles peu fréquentées c’est le moment de vous rendre dans ce plexe avant qu’il ne devienne trop couru. Tout y est, même s’il manque l’essentiel. Mais vous verrez, si vous y mettez le prix vous aurez l’assurance d’être très bien traités.

 


 

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