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29 juin 2019 6 29 /06 /juin /2019 16:52

------------  LE GRAND REX  ------------
----------  GRANDE SALLE  ----------

Samedi 22 juin 2019, 20h30
THE SHINING de Stanley Kubrick

 

Il y a de ces coïncidences ! Vous ne mettez pas dans les pieds dans une salle pendant des mois et là, coup sur coup, deux fois en un tout petit plus d’un mois ! Le Grand Rex n’est pas un plexe que j’affectionne particulièrement. Pas pour la démesure du lieu, au contraire, cela plaide en sa faveur. Ni pour avoir su allier des éléments de l’ancienne architecture (comme les parties boisées) à des éléments plus modernes. Non, tout simplement parce qu’il ne fait pas dans la version originale sous-titrée. Quand on sait comment sont faits les doublages de nos jours, on ne peut que s’élever contre ce vandalisme artistique.
 

Bref, nous voici de retour pour une soirée spéciale organisée en vue de la sortie dans quelques semaines de la version restaurée en Blu-Ray et en 4K de THE SHINING. Et le Grand Rex a plutôt bien fait les choses puisque le film est programmé un samedi en prime time dans cette superbe copie, en version longue, en version originale sous-titrée (mais si !) et en Grand Large !!! Qui plus est, l’entrée n’est qu’à 6 euros, même s’il existe un carré V.I.P. à 50 euros qui ne donne droit qu’à une coupe de champagne en plus. Certes, il permettait de ne pas faire la file d’attente et de passer devant tout le monde. Pour tout vous dire, nous sommes arrivés un quart d’heure avant le début de l’horaire annoncé et il n’y avait qu’une seule personne devant nous à la caisse. Nous avons bien évidemment payé 6 euros parce que le champagne au cinéma, comme tout le monde le sait, c’est très snob. Alors que le bourbon c’est très smart.
 

Nous avons tout de même eu droit au chouette petit ticket comme à l’ancienne, ce qui change un peu des indélicats morceaux de papier qui nous sont régulièrement délivrés, la palme revenant aux U.G.C. Si le recto est plutôt sympathique, notons tout de même que le verso est orné d’une publicité et d’une réduction de 10% pour un restaurant bio. N’est pas le F.C. Barcelone qui veut !
 

Comme je le disais en préambule, il est toujours agréable de venir dans ce lieu où le hall d’entrée n’est pas très éloigné de ce qu’il fût à dans les grandes heures du Rex. Les boiseries ont été conservées ; certaines étant très fatiguées. Alliées à une caisse bien plus moderne, cela donne un cachet très Pyramide du Louvre. Eh bien, vous savez quoi ? C’est très accueillant. Bon, le souci c’est que cet effort est très vite anéanti pour une petite troupe de vigiles qui vous attendent pour déchirer votre ticket et vous indiquer la direction à prendre. Dans les plexes, les plus sympathiques sont toujours les caissières et les caissiers, jamais ceux qui déchirent les billets. Ici, pas d’exception à la règle.
 

Direction maintenant le deuxième étage via les escalators. Les stands de sucreries sont toujours là comme de petites boutiques. C’est le côté verso du ticket, face cachée de la lune du Grand Rex ! L’exemple même de la grandeur du système capitaliste ! Quelque part ici se terre l’incroyable paradoxe de ce milieu : ceux qui font le cinéma sont de gauche, et les salles qui accueillent leurs films sont de droite. Une expression qui se veut une généralité (ai-je besoin de le préciser ?) puisque si nous y regardions dans le détail nous la mettrions à mal avec quelques exceptions qui confirmeraient cette règle, prenons pour exemple Eric Rohmer qui était de droite, voire d’extrême-droite.
 

Revenons-en à notre plexe du jour, et plus particulièrement à ce qui fait la particularité de cette projection : le Grand Large. Nous vous en parlions la fois dernière, il s’agit du plus grand écran d’Europe : 25 mètres sur 12. Du coup, évidemment, si vous restez en corbeille, vous ne verrez pas grand-chose. De toute façon, je pense que l’accès doit être fermé dans ce cas. Il vous faut donc monter au deuxième étage pour en prendre plein les mirettes.
 

Lorsque la séance débute, nous avons droit à un petit film en images de synthèse pour promouvoir ce Grand Large, jouer avec son amplitude, son brio sonore, sa définition. Un petit morceau de bravoure (un peu à la gloire d’After Effects aussi) dont le crescendo audio incite aux applaudissements de la salle. Mission accomplie.
 

Cet écran est un vrai joyau. Vous êtes certains d’être au cœur d’une expérience très immersive, pour reprendre un terme très à la mode donc très galvaudé. Proche de l’écran, plein axe, votre champ de vision est entièrement consacré au film. L’écran joue avec la sensation d’écrasement et d’hypnose. Un peu comme s’il cherchait à vous déconnecter de cette petite phrase qui rebondit dans votre tête à chaque fois que vous regardez un film : « Ce n’est que du cinéma ! » C’est votre rapport au réel que cet écran tend à altérer. Et toute perte de repère enjoint à s‘évader dans l’univers de la projection. Ma théorie est qu’elle permet aussi de se raccrocher à la mise en scène. C’est pour cela que quand cette dernière est précise et cohérente, elle guide le spectateur. Quand elle est lâche ou artificielle, chaque manque crée une frustration et, au bout du compte, un ressenti négatif (que le spectateur ne sait pas bien expliquer la plupart du temps).
 

La 4K du film est une grande réussite avec un piqué d’image absolument bluffant. Mais c’est surtout le son qui fait la différence. Avec une belle appréciation des diverses tonalités. Des aigus aux graves, les plages sont d’une richesse fouillée et quasiment exhaustive. Avec la jolie réverbération de la salle, cela prend une dimension forcément sublime. Le son vous porte, vous balance, vous heurte, vous titille, c’est un jeu de tous les instants. Un sacré tour de force de rendre compte tout autour de soi des différentes modulations spatiales.
 

Sachez cependant qu’à cet étage, le confort des sièges est relativement modeste. Ici, vous ne trouvez que des strapontins. Peu de place pour les jambes. Vos genoux tapent forcément dans le siège du voisin de devant. Le dossier des sièges n’est pas assez haut et vous arrive, dans le meilleur des cas, en haut du dos. Impossible d’appuyer sa tête. Essayez de ne pas avoir une personne trop grande devant vous car le Grand Large descend très bas, et malgré le grand dénivelé de la salle vous risquez de ne pas pouvoir lire les sous-titres.
 

En dehors de cela, par ces grandes chaleurs l’air conditionné est très appréciable. Le seul bloc lumineux sur la droite de l’écran n’est vraiment pas dérangeant. Bien vu aussi de laisser un peu de temps avant de rallumer les lumières pendant le générique de fin. Enfin, malgré le monde dans la salle, les accès vers la sortie sont bien pensés et empêchent un trop gros embouteillage.
 

Il ressort de tout cela que le Grand Large est beaucoup plus qu’un gadget ou qu’une simple attraction. C’est une vraie belle promesse faite aux films, et un allié précieux pour chaque spectateur. Le rendez-vous est charmant. L’expérience est marquante. Elle se tatoue sur la peau de nos émotions cinéphiles. Intangibles comme des souvenirs vivaces. Ces souvenirs qui font qu’on se rappelle avoir vu tel film dans telle salle.

 


 

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