J'ai fumé pendant une très longue période de ma vie, je peux dire de trente à soixante-dix ans - donc jusqu'à récemment ; je consommais presque tous les jours du haschisch ou de la marijuana. J'ai toujours aimé fumer, cela me donnait une sensation de relaxation, de sérénité... mais c'était aussi un moyen pour retrouver l'enthousiasme, ou pour voir le côté ironique de la vie. Je n'ai jamais eu recours à la drogue dans un but « créatif » : je n'ai pas besoin de me défoncer pour trouver de bonnes idées. Tout au plus, cela m'a permis de mieux voir certains problèmes qui dans la journée m'échappaient.
En fait, l'un des plus beaux effets du haschisch se manifestait tard le soir. Après avoir tourné, dîné, salué tout le monde, je m'enfermais dans ma chambre et je fumais : cela me donnait une capacité de concentration impossible à atteindre autrement. Avant de m'endormir je relisais la scène du lendemain et je la voyais avec plus de précision. Des détails que j'avais négligés me paraissaient tout d'un coup évidents. Souvent, je parvenais à résoudre avec une grande facilité des scènes particulièrement complexes.
A l'époque des Frissons de l'angoisse j'ai essayé la cocaïne pour la première fois. Il m'est arrivé de temps en temps d'en faire usage au cours de ma carrière, mais très rarement ; je me suis presque toujours tenu éloigné des fêtes, car les mondanités ne sont pas mon truc. Il arrivait cependant, lorsque j'allais dîner dans la super villa de quelque célèbre producteur ou distributeur, que la cocaïne soit servie avec les huîtres et le champagne et, bien sûr, je ne me dérobais pas. Le haschisch, c'était pour me détendre ; la cocaïne au contraire, je la prenais avant d'aller sur le plateau pour me donner de l'énergie. L'effet immédiat était de ne plus sentir la fatigue : je travaillais très bien, j'étais à ce que je faisais et en forme. Je restais réveillé longtemps, les sens aux aguets. Je pouvais en utiliser tranquillement, sans abuser. Je n'ai jamais compris ceux qui disent ne pas pouvoir maîtriser la cocaïne : moi, j'arrêtais quand je voulais et tout aussi facilement je pouvais recommencer - peut-être est-ce dû à une forte volonté ? Même pendant Suspiria, je me souviens qu'un jour un membre de l'équipe en apporta sur le plateau et je me suis mis à sniffer. Après, de la même manière que j'avais commencé, j'ai arrêté net. J'avais la nausée, un rejet. Depuis je n'en ai plus utilisé. Au cours des dernières années, avec l'âge, les choses ont empiré. Chaque fois que je fumais de la drogue, je toussais : une toux assommante, qui me massacrait et me faisait perdre le sommeil. On m'a diagnostiqué un asthme bronchique et j'ai donc été obligé d'arrêter le haschisch. Dommage. Ne plus fumer a rendu ma vie un peu plus triste.
Dario Argento, PEUR, Rouge profond, 2018 (parution originale : 2014).





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