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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 19:39

------  CINEMA DES CINEASTES  ------
---------------  SALLE 3  ---------------

Samedi 4 février 2018, 19h40
FORTUNATA de Sergio Castellito

 

                A Paris, le secteur de la place de Clichy a cela de formidable et de crapuleux que l’avenue de Clichy sépare d’un côté de la rue l’un des plus horribles plexes de la capitale : le Pathé Wepler, et juste en face de l’autre côté, l’un des plus beaux : le Cinéma des Cinéastes.
 

Ouvert en 1996 sous l’initiative de Claude Berri, ce plexe n’a eu de cesse de promouvoir un cinéma d’art et d’essai, ce qui ne garantit pas de ne pas s’ennuyer dans la salle, mais permet tout du moins une visibilité pour certains films peu distribués.
 

Mais ce qui le distingue avant tout, c’est qu’il vit comme un vrai cinéma, accueillant des rétrospectives, des avant-premières, des soirées courts métrages, des festivals etc. Le lieu bouillonne en permanence d’une envie de cinéma, tout son espace lui étant dédié. Photos, affiches, articles de presse ornent les murs du hall. A l’intérieur, quelques espaces cosy avec fauteuils permettent d’attendre ou de nouer une conversation. Avant d’accéder aux salles sont entreposés devant nos yeux d’anciens projecteurs, des bobines ou encore de vieilles tables de montage, vous savez quand on tripotait encore les images avec les mains.
 

L’ensemble est décoré avec goût. Les lumières en forme de projecteurs prouvent qu’ici tout a un rapport avec le cinéma. Jusqu’à l’accès aux salles où l’impression d’un « pas fini » se fait surpasser par celle de se trouver au cœur d’un studio de tournage. Nous sommes ailleurs, et pourtant nous sommes comme chez nous.
 

A l’étage, le bistrot permet de boire un cocktail ou de manger du fait maison dans un cadre moins cinématographique. Attention, les prix sont un peu élevés.
 

Toute cette démarche aboutit inévitablement à un profil spécifique de spectateurs qui se pressent ici. Pour caricaturer, le prolétaire ira au Pathé Wepler, et le bobo au Cinéma des Cinéastes. Depuis plus de vingt ans que je le fréquente, la politique du lieu n’a pas changé, son public non plus.
 

A l’entrée, sur la droite, les deux caisses sont ouvertes. Il n’y a d’ailleurs pas de file d’attente, ce qui est révélateur de l’état d’esprit de ce lieu où le spectateur passe avant tout. Certaines grandes enseignes devraient avoir quelques yeux mal avisés pour pouvoir s’en inspirer. Ici, tout le monde est accueillant, serviable et bien attentionné. La politesse est de mise. Les larges sourires sont des regains d’énergie. Les compétences du personnel toujours parfaites. Et je peux vous dire que vous ne trouverez jamais quelqu’un qui vous attend à la sortie de votre séance avec un sac poubelle noir pour ramasser les déchets laissés par les spectateurs, quand cette personne n’a pas l’outrecuidance de passer dans les rangées pendant le générique de fin ! D’ailleurs, ici, je n’ai même pas vu de stand à sucreries. Rien qui ne raye les pupilles ou ne défigure l’unité du lieu. Et les entrées ne sont pas plus chères. Je dirais même qu’elles sont moins chères puisque la place au tarif plein est de 9,50 €.
 

Continuons dans le petit plus qui n’a l’air de rien mais qui en dit long. A l’arrière de notre billet pourtant très conventionnel : une affiche française miniature et en couleurs (PANDORA). J’aime les clins d’œil.
 

Ici, pas de fouille pour cause de Vigipirate. Quelqu’un qui ne ressemble pas à un membre du personnel nous indique où nous rendre, alors que d'autres personnes discutent dans les coins même pas à angle droit. Avant et après le film, les gens se parlent, nouent des conversations, peut-être des amitiés. L’une des plus grandes vertus du cinéma c’est le sens de la découverte. Et parce qu’il est en voie d’extinction, la raison d’être de ce genre de lieu est d’essayer qu’il reste vivace.
 

La salle 3 abrite 70 places qui sont de vrais fauteuils, pas des strapontins qui grincent quand on les déploie. Ils sont d'ailleurs très fermes et c'est un réel plaisir d'y prendre place. Le Cinéma des Cinéastes est probablement l'un des plexes où nous sommes le mieux assis. Les accoudoirs sont larges, le dossier nécessiterait d'être un peu plus haut, l'espace pour les grandes jambes est large et bien conçu. Le dénivelé de la salle est très bon, pas de risque d'être gêné par la personne devant soi.
 

A gauche de l'écran se situe un ignoblissime bloc lumineux qui indique la sortie de secours. Il est tellement éblouissant qu'il en devient gênant pendant la projection. Il met beaucoup trop d'ardeur à briller et à rompre la pénombre de la salle.
 

Dans cette salle tout en longueur, l'écran se trouve un peu trop coincé entre les deux murs, mais leur reflet pendant la séance est tout à fait correct et pas aussi dérangeant que la présence du bloc lumineux dont nous parlions précédemment.
 

Qualité de projection superbe. Rien à dire. Couleurs bien rendues. Luminosité parfaite. Bon contraste. Spatialisation sonore impeccable. Très bon jeu des niveaux. De ce point de vue, voir un film dans ces conditions frise la perfection.
 

Et puis, c'est assez rare pour être signalé, les lumières de la salle ne reviennent qu'à la fin complète du générique final. Quel plaisir de profiter d'un film jusqu'au bout ! Et de constater que la trentaine de spectateurs apprécie de prolonger l'expérience du film au cours d'un générique qui permet à notre esprit de vagabonder encore quelques secondes dans ce film, qui devient désormais celui que nous projetons dans nos cerveaux.
 

A noter que, malgré la publicité d'un opérateur de téléphonie pendant les bandes annonces engageant à éteindre son téléphone portable, celui d'une personne a retenti pendant le film. L'incivilité n'est pas affaire de classe sociale.
 

Une bonne initiative à l'œuvre dans ce plexe : avant le film, un court métrage est diffusé en guise d'apéritif. Voilà une bonne idée qui permet de mettre en lumière ces films qui sont trop souvent relégués aux festivals et disparaissent ensuite. Par contre, la programmation nécessiterait un œil plus avisé. Il n'est question à aucun moment de cinéma dans la chose informe qui nous a été projetée. Nous aimerions bien savoir comment se fait la sélection. Copinage ? Obligation contractuelle ? Une personne connue au casting ? Même pas. Il est question ici d'un court métrage en forme de blague, une petite anecdote où il est question d'une jeune fille qui reste bloquée dans la vraie vie avec sur son visage un filtre qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux. Des yeux globuleux avec des cornes ou des oreilles d'animal. C'est d'une laideur ! Le film ne raconte rien, ne propose aucune grammaire cinématographique, les cadres sont à pleurer, la lumière n'évoque rien, l'échelle des plans n'existe jamais, nous sommes trimballés de tous côtés sans comprendre où nous sommes et quels sont les enjeux. Si le but est de montrer la vivacité et le talent du jeune cinéma français, c'est raté. Il est incompréhensible qu'un tel film se retrouve dans un lieu qui défend certaines valeurs du cinéma qui font cruellement défaut à ce court métrage. Impossible de trouver le nom du réalisateur dans le générique de fin qui apparaît trop brièvement à l'écran, mais gageons que son quart d'heure de gloire cinématographique est bel et bien passé. En tout cas, la présence de ce film en avant-programme cache quelque chose de louche qui contraste singulièrement avec la politique du lieu.

 


 

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