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8 janvier 2018 1 08 /01 /janvier /2018 16:55

--  U.G.C. CINE CITE LES HALLES  --
---------------  SALLE 36  ---------------

Dimanche 7 janvier 2018, 18h15
C'EST TOUT POUR MOI de Ludovic Colbeau-Justin et Nawell Madani

 

                Le dimanche est LE jour où il ne faut pas venir dans ce plexe. Il est bondé, bruyant, dégoûtant.
 

Dès l’entrée au niveau 1 il est difficile de se frayer un chemin parmi tout ce monde qui stagne, formant une masse grouillante qui se retrouvera parquée quelques minutes plus tard dans des cordons de sécurité, attendant docilement qu’une salle se libère pour pouvoir l’investir. Rappelons qu’entre deux séances, seulement 5 minutes doivent suffire à la sortie des spectateurs et le nettoyage de la salle. Enfin, quand je dis le nettoyage, c’est un bien grand mot. Tout au plus un ramassage des encombrants. Pour les finitions, le passage des experts n’est pas encore prévu. Bref, il y a du monde partout. Devant l’entrée, aux bornes de retrait, aux confiseries, dans des files d’attente, aux toilettes, sur mon passage, dans mon paquet de clopes, et, bien sûr, à la billetterie ! Le monde devant moi !!! Seules deux caisses sur quatre sont ouvertes ! Il y avait longtemps que ce plexe ne m’avait plus fait le coup du doigt d’honneur derrière une épaisse tranche de plexiglass. 10 minutes d’attente montre en main. Lorsque j’arrive à la caisse, une jeune fille m’accueille avec un sourire coincé. Impatiente de faire sa pause ? Enervée de faire face aux demandes les plus ineptes d’une bande de spectateurs du dimanche ? Pressée de satisfaire ma demande pour réduire le temps d’attente de ceux qui sont dans la file ? Toujours est-il qu’elle me semble moins sympathique qu’à l’accoutumée. Elle me délivre mon ticket vilain-pas-beau et m’indique promptement où me diriger.
 

Je dois passer par le niveau bas. Une jeune femme déchire mon billet comme une machine le ferait, et m’indique où se trouve la salle 36 comme une machine le ferait. Pour y arriver, je dois prendre un premier escalator, puis un deuxième, et j’arrive au réseau des salles 30 à 37. Je dois encore monter au premier étage où se situe la 36. Le plexe grouille de monde à tous les niveaux. Et où que je passe le sol est maculé de déchets, en majorité du pop-corn. Faible standing d’un plexe qui cherche avant tout à attirer un maximum de clients. Faire du chiffre sans laisser de place au cinéma. Dans ce genre de plexe, le cinéma s’apparente au massacre des bêtes dans les abattoirs. C’est quelque chose d’assez honteux, un mal obligé que tout le monde essaie d’oublier. Ne pas en parler. Surtout ne pas regarder. Comme si tout ce qu’on ne voyait pas n’existait pas. Et c’est pour cela que tout se passe de manière cachée, dans des salles bien fermées. Les plexes ont pris la place des arènes, les spectateurs se donnant bonne conscience en se forçant à croire à une dimension culturelle, ou de lien social, alors qu’ils ne viennent fondamentalement ici que pour se repaître d’une mise à mort. Mais personne n’est dupe. Tous sentent bien le caractère dégueulasse de la chose, c’est pour cela qu’ils sont pressés de partir dès le générique de fin.
 

Avant cela, il me faut rendre compte de cette salle 36. 37, 38, 39, 45, 72… Peu importe, elles se ressemblent toutes. Probablement que la direction ne leur a pas octroyé le nom d’une personnalité du cinéma par peur d’être trop créative.
 

Entrée par le fond de la salle, sur la gauche. Une soixantaine de places à vue de nez. Elles seront quasiment toutes occupées pour cette séance. Fauteuil confortable. Manque un peu d’espace pour les jambes. Bel effort de ne placer aucun bloc lumineux dans notre angle de vision. Vous pourrez parfaitement regarder le film sans en voir aucun. C’est quand même plus chouette comme cela ! Par contre, les marches des deux côtés des rangées de fauteuils sont fortement éclairées pendant tout le film. Cela casse la pénombre et est même très gênant si vous vous placez en bord de rangée. Pensez donc qu’ici les places du milieu sont les plus intéressantes.
 

Malgré la petitesse relative de la salle, l’écran est plutôt bien proportionné. Et il est à noter que même pour une salle avec aussi peu de places, U.G.C. n’a pas lésiné sur la qualité de projection puisqu’elle est égale à celle des autres salles du plexe. Belle qualité d’image. Rien à redire non plus concernant le son.
 

Le public, lui, était assez dissipé. Etait-ce parce que la salle était pleine ? Parce que c’était dimanche ? Parce que la moyenne d’âge était assez jeune ? Parce que le film s’agitait dans tous les sens à force de chercher la bonne vanne où l’émotion facile ? D’abord, il faut dire que la génération écrans tactiles s’en est donné à cœur joie avec ses téléphones portables. Ensuite, le pop-corn a su mettre en valeur son cri si âpre à l’oreille. Et qui dit concert de pop-corn dit odeur envahissante, ce qui, vu les dimensions de la salle, n’a épargné personne. Ce fut aussi l’occasion de rencontrer cette population habituée à la télévision et qui ne cesse de commenter tout au long du film (heureusement pas à voix haute). Et puis, ce public était aussi celui de ceux qui expriment leurs émotions avec force « Oooooooh !!! » lorsqu’attendris, « !!! » lorsque choqués et autres « Hmmmm… » lorsqu’émus. Toute cette bande sonore qui envahit les séries de seconde zone et que je croyais être une légende urbaine. Tout le catalogue y est passé. Il faut dire que le film était fait pour eux puisque l’on y parle de l’exploitation des réactions du public. Bingo ! A tous les coups, ça marche. Vous comprenez ? C’est celui-là, le lien social qu’ils créent, ces monstrueux plexes. Je ne peux pas vous dire mieux.
 

Pas de miracle, les lumières se rallument très rapidement (et brutalement) dès le générique de fin. Bof ! De toute façon cela ne change pas grand-chose.
 

Je m’arrête un instant dans le hall pour consulter mes mails. Je remarque une jeune fille qui rentre dans la salle 32 où va se jouer LAAVOR ET HAKIR. Elle en ressort 30 secondes plus tard en hurlant vers celui qui semble être son petit ami : « Comment c’est trop facile de voir des films gratos, ici ! » Hé, hé !!!

 


 

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