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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 15:40

La comédie douce-amère. Ce sous-genre qui fait passer le temps. Plutôt sourire que rire. Etre touché plutôt que s’émouvoir. Ses scénarii en soupapes de décompression. Ses comédiens gentils. Boire de l’eau. Voter blanc. Ecouter Phil Collins. On la situerait presque en Suisse si ce n’était une spécialité française.

 

Aujourd’hui c’est Diastème qui s’y colle. Il revient flirter avec ce qui faisait l’essence de son premier film : LE BRUIT DES GENS AUTOUR. Il aime à décrire les liens qui unissent les personnes, ces accointances qui se consolident au fil du temps bien qu’elles ne soient jamais visibles. Filmer l’indicible. Procéder par petites touches. Développer sa sensibilité. Parler de ce qui nous anime, de ce qui nous pousse, des pulsions de vie. L’écrire aussi (LES CHATEAUX DE SABLE).

 

Après UN FRANÇAIS, Diastème se lance dans un film beaucoup moins ambitieux. Cinéaste échaudé par l’accueil réservé à son dernier film ou véritable envie de regagner les rives de thématiques plus personnelles ? Toujours est-il que nous revoilà en train de patauger dans les flaques boueuses de l’art et essai, label destiné à la fabrique de petits films prétendument plus difficiles d’accès mais concrètement assimilables à la majeure partie de la production. Or, comme notre politique à LA LUMIERE VIENT DU FOND est d’éviter les raccourcis, jugeons sur pièces. Quand nous écrivons cela, il faut bien lire notre intention de parler du film intrinsèquement, c’est-à-dire de s’axer sur ce qui différencie un film de toute autre œuvre d’art. Cela s’oppose aux critiques officielles dans le sens où celles-ci ne s’occupent majoritairement que du scénario, beaucoup des comédiens mais pas de leur jeu, un peu de technique lorsqu’elle est trop évidente, et puis c’est tout. Or, le véritable maître d’œuvre d’un film c’est le réalisateur. Son boulot c’est de faire de la mise en scène. Notre boulot à nous, c’est donc d’en parler. De déceler comment elle parvient (ou pas) à engendrer une expérience émotionnelle chez le spectateur. Finalement, faire de la critique ce serait rendre compte de la spécificité des talents, arriver à discerner l’artistique du commun. Il faut donc s’intéresser au maître d’œuvre car il n’y en a qu’un qui donne le « la », un seul qui fait le film, c’est le metteur en scène. Certains objecteront que, parfois, ce sont aussi les producteurs. Nous dirons que ces derniers se contentent de le défaire.

 

               Cela commence plutôt bien. En guise de présentations, la caméra suit la jeune Luna Lou. C’est déjà alerte et intense. Quelques plans emplis d’une rage affûtée qui la pousse à mettre le feu à une boîte aux lettres. Droit au but. Sec. Générique. La jeune fille poursuit son échappée dans les rues de Paris, alors qu’à l’écran s’égrènent les noms de l’équipe du film. Et c’est au moment où nous croyons le générique terminé qu’il se clôt sur une réplique cinglante de l’actrice, et que le titre du film apparaît brusquement sur fond bleu. Belle entrée en matière. Le film paraît déjà très cadencé et nous nous disons que s’il part sur ces bases rythmiques, cela risque d’être sacrément enlevé. Les images qui vont suivre vont vite nous ramener les pieds sur terre et nous faire prendre la vraie mesure du film.

 

Avec cette chouette petite introduction, nous voilà aux prises avec une adolescente qui ne s’en laisse pas compter, rebelle et insolente dans l’âme. Tu la sens venir l’énième variation sur l’ado révoltée mal dans sa peau ? Pourquoi pas. Nous n’avons rien contre. C’est d’ailleurs un sujet souvent fort bien exploité. Dans JUILLET AOUT, Diastème commence par nous la rendre attachante. Avec son air renfrogné et son attitude « toujours contre », elle diffuse grossièretés et provocations très plaisantes dès l’écriture. Ce n’est pas pour autant que le personnage glisse vers le cliché de « l’adolescente versus la société », avec son cortège de ghettos et de misères sociales (type l’effroyable DIVINES). Diastème s’attache à nous présenter une jeune fille de quatorze ans qui n’est plus une petite fille et qui n’est pas encore une jeune femme. Elle navigue dans cet entre-deux généralement assez bref, mais qui dure inexplicablement pour elle. Alors elle voudrait altérer le cours des choses, effectuer un passage en force, avoir une influence sur le temps qui passe de manière à ce qu’il ne l’oublie pas. Elle prend donc les choses en main. Ca passe ou ça casse. A ce titre, cette première scène de la boîte aux lettres est parfaitement révélatrice de l’état intérieur du personnage. Nous avons là une jeune fille qui cherche à casser des barrières mais qui bute invariablement contre la réalité concrète des choses. Tu ne peux pas aller plus vite que la musique, camarade. Diastème le traduit par cette missive qu’elle cherche à récupérer, mais elle bute sur une boîte fermée dont elle n’a pas la clef. Elle n’a de solution pour en venir à bout que d’user d’une force magistrale : le feu. Voilà bien illustré ce qu’est ce personnage qui ne cesse de prendre des temps d’avance. Puisque la Nature ne lui a pas encore permis de mettre un pied dans le monde des adultes, c’est elle qui décide qu’elle en fait partie une fois pour toutes. Et le film montre cela à plusieurs reprises, notamment dans la réplique qu’elle adresse à Alma Jodorowsky et Délia Espinat-Dief lorsqu’elle leur demande d’arrêter « de parler de cul », quand elle exécute son numéro de pole dance pour Ali Marhyar, ou encore lorsqu’elle engueule sa mère quand elle apprend le secret de cette dernière (puisque dans cette scène les rôles sont clairement inversés, Luna Lou prenant le rôle de l’adulte qui fait la morale à son enfant avachi sur le canapé).

 

C’est donc parti pour les aventures de Luna Lou dans le monde injuste des grandes personnes, et en fait pas vraiment. Il serait plutôt question de grandes vacances. Juillet et août, pour ceux qui n’auraient pas suivi. Vacances scolaires, piscine, soleil, plage, plaisance, rencontres amoureuses, insouciance, légèreté, bon temps et toute la panoplie. Pourtant, nous ne sommes pas chez Eric Rohmer. JUILLET AOUT pourrait trouver sa filiation en se tournant plutôt du côté de Pascal Thomas (le couplet nostalgique en moins), mâtiné de tendresse à la Claude Miller.

 

La vie n’est pas facile pour Luna Lou. Pendant tout le début du film, Diastème s’emploie à nous placer aux côtés de cette actrice qui n’est jamais considérée par son entourage direct. Elle dérange constamment. Sa sœur ne veut pas l’emmener avec elle, sa mère refuse de lui dire ce qu’elle a fait le matin même, l’entrepreneur refuse de parler en sa présence… Sensation d’exclusion, sentiment d’injustice (forcément), et difficulté à imposer autre chose que l’image d’une enfant qu’elle traîne comme un boulet. Etrangement, alors que le film se centrait autour du personnage de Luna Lou, l’angle s’ouvre délicatement et laisse s’insérer d’autres personnages qui finissent par prendre autant de place si ce n’est plus. Tout cela s’enchevêtre autour de relations avant tout familiales. Le film devient alors une chronique estivale ou chacun y va de sa problématique personnelle comme un rayon d’influence sur la vie du groupe. Diastème souffle le chaud et le froid en faisant s’alterner les éléments de comédie et ceux plus dramatiques. Comme les narrateurs de MELINDA AND MELINDA expliquaient assez naïvement que ces accents peuvent être placés uniquement en fonction du point de vue. Ici, c’est joliment tressé, sans pour autant être à l’origine de sensations revigorantes. C’est pourtant bel et bien le paradoxe de ce drôle de film qui n’hésite pas à bifurquer en pleine ligne droite sans pour autant devenir totalement excitant. Nous pouvons clairement noter une volonté de la part du scénariste de vouloir emprunter des chemins de traverse. Tiens, le film semble parler de cela. En fait, pas du tout. Tiens, Alma Jodorowsky va drôlement se faire sonner les cloches pour avoir fait une grosse teuf sans avoir averti personne. En fait, pas du tout. Tiens, le film coule paisiblement ses jours sous le soleil de la Côte d’Azur. En fait, pas du tout. En plein milieu, Diastème bouleverse tout cela, et en deux coups de cuillère à balai nous voilà maintenant en Bretagne armés de cirés jaunes, prêts à affronter la pluie. Il cherche souvent le contre-pied et c’est bien ce qui le différencie de toutes ces comédies françaises qui recyclent un comique vieux de plus d’un demi-siècle. Pas que JUILLET AOUT soit profondément original, mais suffisamment pour se placer juste un peu au-dessus de la moyenne des productions hexagonales.

 

Prenons l’exemple de la photographie. Elle est signée Pierre Milon ou n’importe qui d’autre. Egalité, balle au centre. Elle passerait presque inaperçue si quelques jeux sur les contrastes et une mise en avant des couleurs ne cherchaient à rendre l’image un minimum regardable. Cela change du gris-bleuté estampillé N.F. Même si nous ne trouvons pas ça particulièrement beau, cela a le grand avantage de laisser la place à l’étalonnage. Et là, nous sentons très bien que les couleurs sont boostées aux amphets numériques. Un peu trop, parfois. Au moins, cela égaye le film et va dans le sens de son propos. Et finalement, ce n’est pas la corne d’abondance mais, comme nous le disions plus haut, c’est déjà un tout petit mieux que ce que nous voyons d’habitude.

 

               La vraie gageure du film, celle d’arriver à faire fluctuer le spectateur entre plusieurs niveaux émotionnels, se révèle hasardeuse et trop précautionneuse. Comme dans un film choral, c’est l’ensemble qui doit emporter l’adhésion et chaque intrigue doit être vécue comme un accident de parcours. Tout heurt marque un relief. En dépit de cela, le film paraît souffreteux dans sa conception, indéhiscent en termes d’enjeux, et impuissant à enrichir son propos. De fait, JUILLET AOUT souffre d’un rythme monocorde qui se retrouve en totale contradiction avec les intentions plus versatiles de Diastème le scénariste. Probablement que cette ténacité à inscrire le film dans un quotidien et un ordinaire tangible y est pour beaucoup. Jamais il ne se tord sur lui-même, jamais il ne s’emballe, jamais il ne devient plus fou qu’il n’y paraît, jamais un obstacle n’amène d’opposition, de suggestion ou tout simplement une petite touche de poésie. Diastème crée de temps en temps quelques trous d’air, mais qui sont plus des liants, des petites respirations nécessaires pour rendre moins abruptes les transitions entre deux scènes. D’ailleurs, lorsqu’il utilise ce procédé, c’est toujours pour filmer « à l’énergie », dans un style très maïwennien. Réflexe ultracontemporain qui ne s’avère jamais une bonne option, le temps fustigeant invariablement ces tics de réalisation. C’est monté très cut et cela crée du mouvement, de l’activité, une sensation de vie très artificielle. Le contraire de l’ardeur. Comme dirait ma moitié qui en connaît un rayon sur Britney Spears : « C’est facile d’être bien dans un plan d’une seconde ! »

 

A trop vouloir s’intéresser de la même manière à toutes les intrigues dévoilées au long du métrage, chacune est comme laissée pour compte dès lors que le film s’intéresse à une autre. JUILLET AOUT progresse par à-coups et ne décolle jamais complètement. Même les résolutions n’amènent pas leur lot de fulgurances ou de climax. Il paraît évident que Diastème s’est pris d’affection pour ses personnages dès l’écriture, et son attachement l’a contraint à n’en délaisser aucun, à faire de tous des protagonistes, pour aboutir à une vue d’ensemble qui confine à l’anecdotique. En fait, l’intention première était la bonne et aurait dû ne pas dévier des rails, nous plaisons-nous à croire. Il existe bien un personnage majeur et fort, c’est celui de Luna Lou. Peut-être que Diastème a eu peur qu’il phagocyte l’ensemble s’il lui avait donné plus de place. Peut-être qu’il aurait mis en balance l’harmonie du groupe que Diastème cherche à dépeindre avant tout. Ou peut-être pas. Une chose est sûre pourtant, ce personnage est de loin le plus intéressant par ses facéties, son effervescence, sa capacité de résistance et son décalage permanent entre ce qu’il veut et ce qu’il peut. Et là, il faut féliciter cette jeune comédienne que nous découvrons et qui fait montre d’un talent stupéfiant. Elle, en revanche, est toujours dans le rythme lorsque la comédie pointe le bout de son nez. Je vous laisse découvrir à quel moment elle glisse sa réplique « Et on s’pelle le cul » ; le tempo est idéal et l’intonation drôlissime. Nous ne le dirons jamais assez : le comique n’est qu’une question de rupture. Cette comédienne a un sens du rythme assez étonnant pour son jeune âge. Outre cela, elle se montre très à son aise dans les scènes de confrontation directe, elle sait jouer avec l’ambigüité des sous-entendus, elle affronte le registre de l’intimité sous de multiples variations, elle utilise sa voix comme un instrument de musique, et le tout dans une subtilité qui est en lien direct avec son instinct. A cet âge, il est toujours difficile de dire comment seront les acteurs ou actrices quelques années plus tard. Souvent la technique appauvrit le naturel. Mais dans ce film, c’est déjà une grande actrice. Nous employons ici ce mot dans son sens le plus noble, avec tout ce qu’il charrie de travail, car travail il y a dans le cas de Luna Lou. A n’en pas douter. C’est ce qui la différencie de tous ces gamins sur lesquels certains s’extasient jusqu’à leur donner des prix (Victoire Thivisol dans PONETTE ou Quvenzhané Wallis plus récemment pour BEASTS OF THE SOUTHERN WILD). Et pourquoi pas un oscar à Blanche-Neige tant qu’on y est ? Regardez les deux films cités à l’instant et comparez avec la prestation de Luna Lou. Elle remet tout le monde à l’heure.

 

               JUILLET AOUT est un film gentillet, difficile à détester vu qu’il mise tout sur l’empathie. Parce qu’il est guidé par son scénario il n’arrive pas à se sortir de cette image proprette qu’il véhicule. Doux-amer. Finalement, le scénario aux commandes du film c’est un classique du cinéma d’envergure mondiale. Et si nous regardons un peu mieux dans les rouages de la machine, nous ne trouvons que ce que nous pensions trouver. Là, pour le coup, classique ne signifie pas moderne.

 

Le principal manquement de l’univers cinématographique de Diastème est qu’il n’imprime pas d’identité personnelle. JUILLET AOUT pourrait très bien être l’œuvre d’un autre réalisateur dont les préoccupations sont les mêmes que celles que le C.N.C. souhaite mettre en avant. C’est pour cela que nous pouvons être certains que ce film n’a pas dû être trop compliqué à financer, indépendamment de son faible coût.

 

Certains cinéastes ont une grammaire cinématographique assez primitive et construisent cependant des œuvres au long cours. Coucou Woody ! Téléphone à l’occasion, on ira boire un verre, tu me raconteras comment c’est à la Maison des Artistes. Il n’empêche que Diastème ne brille pas par ses capacités à transcender ce qu’il a préalablement écrit. Le découpage s’avère souvent problématique et impacte une incapacité à donner du souffle aux séquences par le signifiant d’une échelle de plans savamment concoctée. C’est le règne du plan rapproché ou du gros plan. Et là, c’est sûrement le parti pris qui nous choque le plus pour ce film. Qui nous choque le plus car la première chose que nous remarquons, dès la première image, c’est l’emploi du Scope. Et le Scope, c’est chouette, bien sûr que chouette. C’est chouette chez Leone, c’est chouette chez Lean, c’est chouette chez Tarantino, c’est chouette quand c’est combiné à une mise en scène adéquate. Diastème, lui, ne s’en sert jamais. Jamais. Redisons-le : jamais. Si, il n’y a recours que pour faire de jolies cartes postales. C’est bien ce que nous disions : jamais. Dans ce cas-là, il est bien difficile de s’exercer à la nuance ou au lyrisme. Quant à la poésie, je vous renvoie un peu plus haut dans l’article.

 

Alors, comme les décalages issus de la plume de Diastème ne sont pas rehaussés par des cadres un peu farfelus, par une frénésie qui était pourtant là dès l’introduction, et tout simplement par une mise en scène à la hauteur, le film sombre dans une forme convenue, très plate, et qui génère ce rythme peu enjoué dont nous parlions précédemment.

 

Dès lors, nous pouvions penser que le montage pourrait s’avérer une solution pour redistribuer les cartes et modifier les proportions des parts du gâteau. Nous constatons simplement qu’il est relégué à un rôle secondaire, déconsidéré, maltraité. Il est bêtement linéaire et se contente d’exposer les faits scénaristiques. C’est du récital. Lui qui pouvait s’immiscer pour apporter quelques circonvolutions, il n’est employé que de manière artificielle, pour donner une impression de changement de cap. Il peut alors faire son action dans ce qui s’insère entre les séquences ou dans ce qui fut rajouté sur le tournage mais, à bien y regarder, il ne change nullement le cœur des scènes qui sont écrites sur le même rythme. Sans cette possibilité à transcender le récit, à exercer sur lui une pression, à générer des flux internes, le film perd en puissance et traîne le poids du scénario comme un lest accroché par un cordon ombilical. Et là, c’est terminé. JUILLET AOUT devient cotonneux et fade, presque banal, les sentiments de déjà vu affleurent et il ne reste plus rien de capital.

 

               Quand les incuries s’accumulent à ces différents postes, il faut alors brandir la carte de l’art et essai et se replier sur les comédiens. Après tout, c’est un concept qui leur est dédié. Et là encore, ce n’est pas terrible. Evacuons le cas de Luna Lou dont nous avons déjà parlé et qui surclasse tout le monde. Allons-y par ordre d’importance. Vous trouverez une comédienne formidable qui répond au nom de Stéphane Caillard. En très peu de temps, en quelques répliques seulement, elle assoit un personnage qui prend une place énorme par les non-dits qu’il génère et l’humeur que l’actrice impose. Intérieure et précise, elle redéfinit la règle à toujours garder à l’esprit : il n’y a pas de petits rôles. Alma Jodorowsky sauve les meubles. Elle fait le job, sans grande inventivité. Elle a visiblement beaucoup de mal dans la scène où elle craque face à son père. Mais elle a pour elle la faculté de s’harmoniser avec la souplesse et le naturel du jeu de Luna Lou. Chose dont ne bénéficient plus les vieux routards, les vieux roublards devrions-nous dire, dont le jeu est plus ampoulé, ancré dans les marques qu’ils ont prises après plusieurs années de tournages à leur actif. Pour eux, les choses se compliquent. Patrick Chesnais fait du Patrick Chesnais. Il se contente de colporter sa silhouette de grand dégingandé un peu à l’ouest, avec une désinvolture qui passe très nettement pour du dilettantisme. Nous avons même eu du mal à comprendre certaines de ses répliques, c’est dire si la barre lui a semblé haute. Il effectue un changement avec une gradation très intéressante quand il apprend la grande nouvelle. L’introspection le rend alors plus proche des autres à l’intérieur du groupe. Mais cela ne rattrape pas tout. Pascale Arbillot, elle, demeure figée dans une interprétation dont la fausseté nous confond. Elle semble sans cesse à la recherche du naturel. Du coup, elle calque ses expressions et ses intonations « à la façon de ». Tout cela devient très plaqué, très dissonant. Et pour couronner le tout, nous l’avons trouvée très en retrait dans son implication. Enfin, Thierry Godard se pare d’un jeu à minima, profondément convaincu que le doux-amer c’est le faiblement prononcé, le susurré et le surtout pas timbré. Pensée pour l’ingé son. Nous parlions de manque d’implication précédemment, là c’est carrément de la distension. Il y avait pourtant de belles choses à montrer avec ce personnage qui est assurément le plus complexe du lot, après Luna Lou. Pensez à cette scène où il se rend chez son ex-femme et à tout ce qui le traverse à ce moment-là ! Thierry Godard prouve une fois de plus que les acteurs français ne sont pas dirigés pour incarner plusieurs nuances en même temps. La complexité de son personnage s’efface pour laisser place à quelque chose de rationnel et de compréhensible par tous les publics. Comme c’est démissionnaire, nous pensons que c’est aussi profondément idiot.

 

               Quelques mots encore concernant la bande originale du film composée par Frédéric Lo sur des paroles d’Alex Beaupain. Tiens, tiens… La France n’est pas un hexagone mais tout bonnement un cercle ! Et notre grande théorie est que les Christophe Honoré actuels cherchent à nous démontrer qu’ils veulent bien être d’accord avec nous, que la France est bien un cercle, mais un cercle à angles droits alors. Passons.

 

L’emploi de la musique et des chansons originales est une véritable abomination. Si la musique ne relève pas le débat, si elle ne prend pas le relais des émotions, si elle n’intervient pas comme point d’achoppement, si elle n’exprime pas ce qui ne peut s’exprimer d’une autre façon, alors à quoi bon ? Dans ces cas-là, il y a deux écueils possibles avec la musique. Soit le réalisateur s’en sert de juke-box, (du type le très médiocre THE BOAT THAT ROCKED de Richard Curtis), ou alors  il en fait un diaporama, c’est-à-dire projection (en général des dernières vacances à Saint-Barth’) avec son synchronisé. Bon, inutile de vous rappelez le titre du film pour deviner quelle solution Diastème a adoptée.

 

Le principal reproche que nous pouvons adresser à cette bande originale est de ne jamais s’envisager comme un intervenant extérieur au film. Elle se contente d’accompagner les scènes et les personnages dans ce que le scénario dessine par avance. Parfois, elle est purement utilitaire pour servir de lubrifiant entre certaines transitions, mais la plupart du temps elle est employée dans le seul but d’être un soutien littéral. Utiliser une chanson qui parle de l’eau qui tombe du ciel pour illustrer une séquence où justement il se met à pleuvoir, relève de la pire maladresse. Nous aurions préféré d’autres dispositifs. Peut-être la faire intervenir en contrepoint, en distanciation, en dissonance, en arythmie… Pour le coup, cette méthode calque un procédé musical en duplicata sur ce qui existe déjà à l’écran, et a pour conséquence d’engourdir considérablement le film qui finit par ressembler à plusieurs reprises à un simple téléfilm, dans ce que cela implique de plus lénifiant.

 

               A force de s’accommoder de la demi-teinte, Diastème accouche d’un film qui ne tient pas toutes les promesses de ses singularités premières. Un film de sang-mêlé qui semble constamment se reposer sur ses acquis sans chercher à se transcender par une mise en scène à la mesure des discordances annoncées dans l’écriture. Diastème reste comme bloqué au stade du scénario, trop emmuré dans les mots pour passer le témoin aux images et à leur pouvoir multiplicateur. Faire un film c’est définitivement jouer aux cow-boys et aux indiens, et JUILLET AOUT manque cruellement de peintures de guerre.

Mis en lumière par MAYDRICK dans CRITIQUES
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