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--------- STUDIO GALANDE --------- Lundi 4 juillet 2016, 15h00 |
Lorsque de nombreuses petites salles de cinéma voyaient le jour dans le quartier latin de Paris, le Studio Galande émergea dans les années 70. Maintenant qu’elles ont majoritairement disparu, ce plexe fait figure de relique qui survit tant bien que mal. Mais ne vous attendait pas à voir une ruine dont le pittoresque attirerait plus les touristes que les films qui y sont diffusés. Si l’endroit est certes quelque peu défraîchi, le Studio Galande vaut d’abord par sa devanture tout en bois (qui mériterait d’être mieux entretenue, surtout le bas) qui lui donne un charme unique, celui d’un vestige du passé qui affirme son histoire et les époques qu’il a traversées. Il faut faire son deuil des grandes affiches (pas la place, ici), mais cet aimable bois d’arbre compense aisément ce regret. L’intérieur est beaucoup moins charmant. Bien sûr, le lieu a subi les transformations du temps pour garder une allure convenable et répondre aux règles légales de sécurité, qui sont aussi bien la plaie de l’architecture de n’importe quel plexe, que celle de nos espaces publics contemporains. Refermons la parenthèse.
Le hall paraît un peu vieillot. Nous y trouvons placardées aux murs les différentes informations relatives aux films programmés. La belle idée de ce plexe est de proposer un grand nombre de films par semaine, dont certains n’ont qu’une séance. Attention toutefois, si la plupart des films sont présentés en version originale, d’autres sont inexplicablement doublés en version française. Ce qui ne devrait clairement pas être la mission d’un plexe classé Art et Essai. Tout comme la lumière qui se rallume dans cette salle en plein générique de fin. Ca aussi, pour moi, ce devrait être interdit et inscrit dans le cahier des charges de ces plexes. Applaudissons tout de même l’absence d’attirail vantant l’achat de pop-corn et autres produits à forte valeur ajoutée en carie dentaire.
Dans la salle, l’ambiance kitsch est de mise. La peinture s’écaille par endroit. Certains pans de mur se délabrent. L’installation de la climatisation s’est faite sans harmonie ; tout est bien trop visible et défigure les murs. En bas à droite de l’écran se situe le fameux bloc de sécurité que nous en sommes en droit d’attendre. Il nous informe de la sortie de secours qu’il surplombe. Il est entouré de ruban adhésif noir et sa luminosité est réglée au minimum, si bien que sa présence arrive à se faire oublier au cours de la projection. Par contre, une ouverture vitrée horizontale au milieu de cette porte laisse bien plus passer la lumière qui émane du couloir. Pendant ce temps, la porte par laquelle nous sommes entrés (au fond de la salle) est elle-aussi affublée d’un bloc de sécurité, plus lumineux celui-ci. Mais il n’est pas dérangeant pour la projection. Du moins, là où nous étions placés, c’est-à-dire au milieu de la salle. Peut-être que vers le fond la problématique devient différente.
Sur les murs de gauche, plusieurs radiateurs imposants ne cherchent pas à se cacher, et leur couleur claire dénote de celle sombre et passée de la moquette qui orne les murs. Au sol, un linoléum délavé et usé ajoute à la panoplie. La salle est propre, c’est déjà ça. Enfin, et c’est l’élément le plus important, il faut parler des fauteuils. J’ai cru en apercevoir un vertement abîmé, sinon les autres ont une tenue irréprochable dont la fermeté n’est jamais éprouvante. Seuls les accoudoirs sont durs et raides. Par contre, le dossier n’est pas assez haut pour pouvoir appuyer sa tête, ce qui vraiment dommageable car la salle est en dénivelé vers l’arrière. Ces fauteuils sont en cuir. Et le cuir, c’est plutôt agréable au toucher mais cela crisse au moindre mouvement. Déjà que les fauteuils grincent de toute leur vétusté, il faut prendre son parti d’avoir dans l’oreille ce bruit qui n’est pourtant pas désagréable. Nous n’étions que 8 personnes dans une salle d’environ 80 places, et lorsque chacun bougeait les bruits étaient notables. Je vous laisse imaginer ce que cela peut donner lorsque la salle est convenablement remplie et que le film allie des moments lourds de silence. En outre, et pour en terminer avec ces fauteuils, l’espace est très réduit avec le dossier de devant, ce qui fera faire un peu de gymnastique à ceux qui ont de grandes jambes.
Si vous vous étonnez des caractéristiques spécifiques de cette salle, c’est parce qu’elle vit surtout depuis près de 40 ans de l’exploitation du film THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW. Il y est diffusé tous les vendredis et les samedis soirs, avec spectacle interactif. Les séances font le plein et c’est ce qui assure la réputation du Studio Galande. Ceci explique donc cela.
Mais aujourd’hui nous sommes lundi et il est 15 heures. Le caissier n’est pas là. Nous arrivons seulement quelques minutes avant le début de la séance. Une dame attend déjà. Puis le caissier surgit par la porte qui va nous mener tout à l’heure à la salle, et il nous intime fermement que le film va démarrer. Un peu comme des écoliers qui arrivent juste à l’heure pour la classe et qui se font tancer de manière très autoritaire. Le personnage s’installe à la caisse. Il est très rustre mais nous délivre rapidement nos tickets. Le mien est un petit bout de papier carré insipide derrière lequel trône l’affiche du film LA BEAUTE DU DIABLE. L’intention est bonne, mais je sais aussi être rustre et préférer un ticket plus grand pour pouvoir mieux en profiter.
Nous passons maintenant la porte précitée, située à la gauche de la caisse et qui donne sur un escalier qu’il faut descendre pour arriver à la salle. Normal, le Studio Galande est une ancienne cave aménagée. Escalier toujours aussi peu moderne. Poussiéreux.
Lorsque nous arrivons devant la porte, un homme et la femme qui attendait devant nous s’invectivent drôlement :
ELLE : Chut ! Ca a commencé.
LUI : Et alors ?
ELLE : Il faut faire doucement.
LUI : Ca ne va pas ? Vous ne me dites pas de faire doucement !
ELLE : Non, mais qu’est-ce que ça veut dire ça ?
L’homme lui passe devant et pénètre avec force bruit dans la salle.
Effectivement, le générique débute. 15 heures c’est 15 heures au Studio Galande. On ne plaisante pas avec la ponctualité, et on laisse les bandes-annonces au vestiaire. J’ai l’impression que l’écran a subi les mêmes désagréments que celui de la salle 2 du Reflet Médicis : des trainées sombres, certes moins appuyées mais aussi moins visibles car la dominante d’APPRENTICE est plutôt sombre. A ce titre, si le film joue beaucoup avec les ombres et l’obscurité, je trouve tout de même que la luminosité de l’écran est un peu basse et les noirs un peu trop prononcés (les parties les plus claires prouvent que cela vient de la calibration du projecteur). Par ailleurs, j’aime beaucoup le son. Il rend bien les consonances métalliques et ne laisse pas en reste le velouté sonore spécifique à ce film. Le volume lui aussi est assez puissant pour mettre en avant les fulgurances qui surgissent.
Et puis… Et puis, il faut bien parler du public qui est venu remplir à 10% cette salle. L’épisode de l’entrée en salle avait donné le la, ce n’était qu’un avant-goût modéré de la suite.
Nous l’avons dit plus haut, le Studio Galande est une salle bruyante. Probablement pas assez pour le malotru dont nous avons parlé plus haut. A peine installé, il s’est permis de dégainer un sandwich dont il a généreusement froissé le papier l’enveloppant à maintes reprises et de façon outrancière. Il s’est donc mis la salle à dos, générant une atmosphère étrange emplie de mauvaises ondes, ne s’excusant pas, et continuant par la suite à générer du bruit en se dandinant de manière provocante sur son fauteuil. Pour achever le tout, il usa à plusieurs reprises de son téléphone portable pour regarder l’heure, sans le moindre égard pour les personnes gênées par la luminosité dégagée par l’écran. Ajoutons à cela, un autre homme âgé vers le premier rang qui regardait souvent derrière lui (pas vers celui qui faisait du bruit puisqu’il était de l’autre côté), et qui fouillait à intervalles réguliers dans les sacs qu’il avait amenés et qui faisaient aussi beaucoup de bruit. Il y a des personnes, comme cela, qui devraient passer un permis de spectateur. En général, nous les rencontrons souvent dans les gros plexes Gaumont, U.G.C. et consorts, alors nous ne nous attendions pas à en trouver ici. Peut-être une constante d’un plexe qui laisserait croire que tout s’y passe à l’aune de l’exploitation du ROCKY HORROR PICTURE SHOW !
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