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GAUMONT CHAMPS-ELYSEES MARIGAN Mardi 19 janvier 2016, 13h30 |
Il est 13 heures 25 quand je franchis les portes du Gaumont Champs-Elysées Marignan. La file d’attente est déjà conséquente. Toutes ces personnes vont voir le même film : le huitième Tarantino. Il faut dire que c’est le seul plexe français à l’exploiter en version 70 millimètres, choisi spécialement par le maître himself. Mais ces personnes en file indienne n’attendent pas pour acheter leur ticket. Elles l’ont déjà en main et cherchent désormais à se faire fouiller par un vigile chargé de détecter je ne sais trop quelle nuisance, sans doute une kalachnikov mal dissimulée. Mais avant de pouvoir jouir de cette attraction foraine, je dois passer par la caisse afin de montrer ouvertement mon ticket qui me donnera un libre accès à la salle, si tant est que le vigile ne parvienne pas à découvrir le missile nucléaire que j’ai caché quelque part sur moi. Ou en moi, je ne me rappelle plus tellement il est bien caché.
La caissière est une dame d’un âge certain. Très cordiale. Elle aimerait bien me faire bénéficier d’une réduction, mais en cherchant rien ne s’applique à ma catégorie d’homme célibataire sans enfants, demandeur d’emploi, dans la fleur de l’âge, bien portant et doué d’une intelligence supérieure. Je suis apte à payer le tarif plein : 12 euros et 10 centimes. Et je n’ai même pas droit à une conso gratuite ! Hé ho ! On se calme, ce n’est qu’un film !
Direction maintenant le vigile. Un gros black pas très accueillant, très autoritaire, sans aucun tact ni délicatesse. Il fait tout dans les grandes lignes et prend son travail très à cœur. C’est ce qui retient chaque personne si longtemps. Il est minutieux, et j’irais même jusqu’à dire suspicieux. L’espace de quelques secondes, on se croirait chez les flics. Ouf ! Je m’en sors bien. Je peux garder sur moi ma ceinture explosive et les munitions que mon sac renfermait. Apparemment, ce n’est pas ce qu’il cherchait.
Ce que je ne vous ai pas encore dit c’est que, malgré cette longue file d’attente, tout ce joli monde n’est pas obligé de se geler dehors car ce plexe est immense ! Comparé au MK2 Parnasse que je fréquentais hier, c’est le jour et la nuit. Même s’il est très facile de s’y repérer car tout est très bien indiqué, ici, la perte de place est colossale. Le plexe s’étend à perte de vue, sur plusieurs niveaux. Nous pourrions y faire notre jogging ! Après tout, l’espace n’est pas vraiment dédié au cinéma. Il est sans grande personnalité, comme en témoigne le nombre important d’écrans LCD qui vous font de l’œil où que vous vous trouvez. Pour accéder à la salle 1, il faut aller au sous-sol. Nous croisons même un stand confiserie qui est devenu une boutique en soi. L’ensemble est décoré et éclairé avec un esprit luxe et volupté. Les concepteurs ont visiblement recherché un côté classe mais consensuel, glamour mais populaire. A s’approcher de près, toute la finition semble discount et en trompe l’œil. Le glamour n’est qu’une impression ; la classe, une vue de l’esprit, quasiment un préjugé. Ne nous y trompons pas, nous sommes en terrain connu : nous retrouvons ici toute la décoration low budget qui peut défigurer certains plexes estampillés Gaumont. Néanmoins, le lieu est propre et il n’y règne pas une ambiance désordonnée comme ce peut être le cas dans de grands espaces comme à l’U.G.C. Ciné Cité Les Halles. C’est même plutôt une impression de calme solennel, d’apaisement qui émerge de ces grands espaces. Et c’est très appréciable.
Rentrons dans cette salle 1, elle tout aussi disproportionnée. 560 places. Et je dirais environ 200 spectateurs pour cette séance. Même si nous ne retrouvons pas ici le côté luxe qui a précédé, cette salle est d’une sobriété presque austère. L’écran est évidemment gigantesque. Sur les côtés, de grandes sorties de secours sont signalées par des blocs lumineux placés juste au-dessus. Voilà pour le plus gênant (si ce n’est les lumières de la salle qui se rallument avant la fin du générique). Sinon, tout est bien pensé. De vrais fauteuils et pas des strapontins. Le confort les accompagne. Et beaucoup d’espace. Nous y sommes très à l’aise. Il est même possible d’étendre ses jambes sous le fauteuil du voisin de devant sans déranger personne. Tout cela semble avoir été pensé pour le spectateur. Et même arrivé juste dans les temps, la salle compte tellement de fauteuils qu’il est encore possible de choisir une place à sa convenance.
La projection peut débuter dans des conditions non pas idylliques, mais tout de même très chouettes.
Mon travail ne me donnant pas la possibilité de me libérer plus tôt, j’ai attendu patiemment pour pouvoir venir spécialement dans cette salle, et non pas dans un autre plexe qui ne respectait pas les exigences voulues par le réalisateur. Le Gaumont Champs-Elysées Marignan est celui qui bénéficie de la seule copie en 70 millimètres. Ce qui peut poser question. Car cette salle n’avait plus de projecteur 70 millimètres pour diffuser le film. Elle fut donc équipée par le distributeur pour l’occasion. Pourtant, dans Paris, il existe des salles qui peuvent diffuser des films dans ce format. Ce sont l’Arlequin et le Grand Action. Deux salles qui ont demandé une copie. Demandes qui ont débouchées sur une proposition financière trop onéreuse de la part du distributeur. Toujours est-il que c’est la seule salle où nous pouvons visionner le film tel qu’il a été conçu.
Alors j’ai attendu et me voici devant ce film, deux semaines après sa sortie. Parce qu’aller au cinéma est une action qui ne doit pas être guidée que par une logique pragmatique ou d’intérêt personnel. Etre spectateur ce n’est pas que voir des films. Tout commence bien avant. Dans le choix du film, de la salle, de tout ce que nous avons toujours défendu à LA LUMIERE VIENT DU FOND et qui va à l’encontre de la dichotomie fonctionnelle spectateur/acteur. Non, le spectateur est avant tout acteur, et il n’est jamais passif ! Ce que vous allez voir conditionne ce que vous irez voir. Alors quand un réalisateur prend la peine de choisir un format qui n’a plus été utilisé depuis près de 50 ans, et que cela nécessite une réappropriation du matériel et des optiques, quand il décide d’affronter les contraintes économiques que cela suppose, quand il prend le soin de superviser son élaboration et sa diffusion, et quand il demande à ce que son film soit diffusé dans la version qu’il a choisie, le premier des égards est d’aller voir ce film projeté en 70 millimètres, quitte à pousser quelques stations de métro plus loin. C’est la moindre des choses que puisse faire un spectateur.
Quand on fait cet effort, on n’en croit pas ses yeux de tant de beauté, de richesse et de goût. Le 70 millimètres offre une qualité de projection qui n’a rien à envier au 4K. Excusez du peu ! Les blancs sont exquis. Splendides. D’un impact rétinien fulgurant. Il faut le voir dans ces conditions pour comprendre le choix de la neige dans le film. Evidemment, l’image n’échappe pas à un léger scintillement, justement dans les scènes les plus lumineuses. Mais ce défaut est propre à ce type de diffusion. Et s’il est vrai qu’il est un tantinet agaçant par moments, il se révèle être une madeleine de Proust pour ceux qui ont connu les joies de la pellicule.
Cette image est tout simplement sublime. Beaucoup de profondeur, de relief. Des couleurs chatoyantes, une rigueur précise du contraste, une luminosité indécente. Ce type de diffusion nous rappelle à quel point la pellicule fait « sentir » la matière. Il est question de texture et de sensualité. Deux notions que le numérique aplatit considérablement. Le son est chaleureux. D’une finesse toute placide. Il spatialise à merveille toutes les voix, les lieux, les ambiances. C’est un délice de nuances. Bref, c’est une expérience en tous points que ce HATEFUL EIGHT dans ces conditions. Une projection agrémentée de 8 minutes de bonus, qui ne se retrouvent pas dans la version numérique. Et avec une intermission de 12 minutes. Comme à l’époque.
La petite bizarrerie du jour est venue de mon voisin de rangée, deux sièges plus loin. Moi qui croyais que les téléphones portables étaient la technologie qui faisait le plus de dégâts dans nos plexes (écrans qui s’allument pour vérifier l’heure, quand on n’envoie pas de SMS où qu’on ne décroche pas !), je n’avais encore jamais connu la chaussure lumineuse ! Armé d’une paire de chaussures qui s’éclairent dès qu’il bouge, mon voisin s’est vu bien embarrassé par la forte lumière qu’elles produisaient. Après quelques vains déhanchements pour tenter de les éteindre, il a finalement passé près de trois avec son manteau noué autour des pieds ! C’était juste pour vous dire qu’une fois de plus le Tarantino, non content d’être très réussi, est toujours très drôle.
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- Toutes les salles par ordre de préférence :
- STUDIO 28
- LE BALZAC - Salle 2 - Salle 3
- FORUM DES IMAGES - Salle 30 - Salle 100 (I, II) - Salle 300 - Salle 500
- LOUXOR - Salle 1
- ETOILE SAINT-GERMAIN
- KATORZA - Salle 1
- GAUMONT CHAMPS-ELYSEES MARIGNAN - Salle 1
- LES 3 LUXEMBOURG - Salle 1 (I, II)
- 5 CAUMARTIN - Salle 1
- U.G.C. ODEON - Salle 3
- GAUMONT CHAMPS-ELYSEES AMBASSADE - Salle 6
- GAUMONT MISTRAL - Salle 5
- MK2 PARNASSE - Salle 3
- GAUMONT OPERA PREMIER - Salle 2 - Salle 5 - Salle 6
- GAUMONT OPERA FRANCAIS - Salle 10
- MK2 QUAI DE LOIRE - Salle 3
- U.G.C. MONTPARNASSE - Salle 7
- PATHE WEPLER - Salle 1 - Salle 3 - Salle 8 - Salle 10 - Salle 12
- GAUMONT OPERA CAPUCINES - Salle 5
- U.G.C. CINE CITE LES HALLES - Salle 4 - Salle 6 - Salle 7 - Salle 9 - Salle 10 - Salle 11 - Salle 30 - Salle 31 - Salle 32.
- Toutes les salles par ordre de préférence :





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