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Jeudi 9 août 2007

NE LE DIS A PERSONNE            Tout est un peu plus facile. Quand on tombe sur un bon scénario, les portes des producteurs s’ouvrent plus facilement. Le scénario est une clé. Tout le monde vous dira que c’est une clé magique parce qu’elle ouvre beaucoup de portes. C’est faux. Ce n’est qu’une clé qui fait démarrer une voiture. Après cela, il reste quand même un bon nombre de facteurs qui vont entrer en jeu (à commencer par Olivier Besancenot). Mais si, en plus, votre voiture a pour passagers des acteurs parmi les plus bankables du cinéma français, vous aurez sûrement droit à une escorte de police et toute une équipe de travaux publics qui construira la route plus vite que la voiture n’avancera. Tout est un peu plus facile quand vous avez déjà réalisé un premier film très remarqué et que vous êtes un comédien dont le nom est très en vogue dans les milieux très en vogue. Evidemment, quand vous sortez les kalaches pour balancer de l’affichage publicitaire et que vous créez l’évènement médiatique, le succès est toujours un peu plus facile. Mais il n’y a jamais de garantie. Parce que pour la faire avancer cette voiture, il ne faut pas se croire plus fort que la musique : le conducteur est le seul garant de l’arrivée à destination. Au final, vous vous retrouvez avec un peu plus de 3 millions de spectateurs qui se sont massés au bord de la route pour vous voir passer. Ca ne vous rappelle pas quelque chose, ça ? Vous savez, ces débiles qui pédalent (ou plutôt ces pédés qui déballent) toute leur vie devant les caméras du monde télévisuel (qui se met autant de produits illicites dans les narines que ces cyclistes s’en mettent dans les veines). Les autres sports sont donc comme les autres métiers. Et comme le monde est bien fait, on a décidé d’être toujours plus sévère avec ceux qui souffrent le plus. Dans le cyclimse, tu as le droit de te doper mais pas de te faire prendre. A la télévision, tu n’as pas le doit de te droguer. Tu en as l’obligation. Tu as aussi le droit de parler des dopés mais seulement si tu les appelles des sportifs. A La Poste, tu as aussi le droit de te doper mais faut vraiment être con. C’est donc bien la preuve que tout le monde se dope. Et tout devient alors un peu plus facile. Dans le cas de NE LE DIS A PERSONNE nous sommes en flagrant délit d’un film complètement dopé par tous les pores (et tous les porcs). Un film qui se regarde agréablement, bien ficelé, qui ne nous lâche pas du début à la fin. Une bonne tenue de route, une reprise qui vous scotche à votre siège, climatisation et accessoires pour vous rendre la vie plus facile. Un poil plus facile. Plus facile de sortir satisfait de ce film que de GOYA’S GHOSTS, le petit dernier de Milos Forman. NE LE DIS A PERSONNE c’est l’assurance d’un film réalisé avec sérieux, c’est l’un des castings les plus alléchants du cinéma français, c’est l’idée d’un divertissement dans la tradition du thriller qui fait la part belle au pauvre innocent poursuivi, et enfin la garantie que le système fonctionne encore lorsqu’il réunit tous ces éléments. Les applaudissements avant le générique de début. NE LE DIS A PERSONNE est avant tout une belle promesse. Un peu trop belle. Vous qui croyiez rouler en Jaguar, vous vous apercevez subitement que vous avez été floué. C’est bien. Vous comprendrez bientôt parce que vous avez déjà commencé à réfléchir. Vous êtes sur le point d’assimiler que NE LE DIS A PERSONNE n’est rien d’autre qu’une Renault Chamade ! Et c’est ce que nous allons démontrer.

GOYA'S GHOSTSMoi, je l’aime bien Guillaume Canet. En plus on peut faire plein de jeux de mots avec son nom ! Même que je me rappelle quand j’étais petit j’en avais un de Guillaume Canet. Il brillait dans le noir et poussait des petits cris comme Surya Bonaly quand elle se viandait sur la glace. Le personnage m’est sympathique. L’acteur ne m’intéresse pas trop. Le réalisateur m’avait beaucoup étonné avec MON IDOLE, film qui apportait un souffle très intéressant dans le cinéma français. Même si ses effets de style étaient ouvertement plagiés, MON IDOLE n’en restait pas moins très maîtrisé, plein de petites pépites sur tous les niveaux. C’est un grand film français fait avec l’énergie de la conviction. En passant à NE LE DIS A PERSONNE, Guillaume Canet s’est frotté à la grosse machine consensuelle. Avec quelques belles choses à sauver. Christophe Offenstein est toujours à la photographie et il faut le souligner tant il imprime au film la seule empreinte individuelle. Une image classieuse, parfois très émouvante, toujours sur les bons coups, sans fausse note ni fausse facture, juste un étalonnage un peu moins affûté. Christophe Offenstein avait déjà signé celle de MON IDOLE. Nous retrouvons toujours ses mêmes goûts pour la mise en valeur des couleurs et la cohabitation sensorielle avec les émotions des personnages. Notons enfin qu’il avait aussi fait un formidable travail sur le très moyen EDY de Stéphan Guérin-Tillié. Une manière élégante de dire qu’en France, on peut très bien filmer en évitant de sombrer dans ce bleu-gris désastreux que tous les autres films véhiculent (tiens, je vais la garder cette rime, on sait jamais ça peut servir).

Avant le film, je suis assez dubitatif quant à savoir à quelle course je vais assister. D’un côté, Guillaume Canet et la forte impression qu’il m’a laissée après MON IDOLE. De l’autre, le roman d’Harlan Coben, vaste supercherie dépourvue de charisme, qui ne repose que sur une seule idée scénaristique, un deus ex machina qui n’a pour but que de surprendre le spectateur. Il n’y parvient absolument pas puisqu’un ce procédé n’a jamais eu cette vocation. Il ne s’agit que d’un effet produit par l’auteur pour décorer son histoire. La grande différence entre se laisser prendre par des personnages ou une situation et se laisser prendre par un scénariste ! Une personne normalement constituée ne peut logiquement pas succomber à cette dernière manœuvre. Manipulation honteuse et sans vergogne.

Je commençai alors à m’inquiéter lorsque je découvris le casting, le fleuron, le gratin. William Saurin et ses invités. Et Luc Besson en producteur exécutif, il ne manquait plus que lui ! Que pouvait donc avoir à cacher Guillaume Canet ? Cela sentait très fort la Citroën Berlingo. J’allais vite être affranchi. La réponse dans le film.

Tout d’abord, rien à voir avec MON IDOLE. Point de recherche visuelle et de variation des styles (jusqu’à la vue subjective d’un steak qui allait se faire manger, dans MON IDOLE !!!). L’intrigue se met en place lentement. Les personnages se dévoilent petit à petit. Aucune surprise narrative. Et même scénaristique ! Il faudra attendre la fin du film pour essayer d’être surpris par tous ces procédés rocambolesques dont nous ne sommes pas sûrs qu’ils nous aient été tous dévoilés. La vérité pourrait finalement très bien être toute autre que celle qu’André Dussollier tente d’imposer comme telle. Après tout, après tous ces revirements et ces mensonges pourquoi s’en tenir à cette version des faits ?

MON IDOLETout va très lentement. Il faut dire que l’intrigue est tellement complexe qu’elle nécessite de présenter tous les protagonistes de manière concise et radicale. On ne s’attarde pas trop sur les personnalités de chacun, leur rôle dans l’histoire est suffisant. Du coup, les scènes sont assez courtes. Pas le temps de rentrer dans les détails. Même si la jeune mariée aurait bien voulu. Il faut alors compter sur un montage de boucherie pour donner un peu d’allure à l’ensemble. Comme l’échelle des plans est parfois satisfaisante, le film présente une illusion d’aération constante alors que rien ne progresse. Le montage rend le film regardable. Nous avons l’impression d’un rythme assez soutenu alors que nous ne sommes qu’assaillis d’informations. Et une Nissan Micra, une ! Le film s’étale parfois laborieusement comme dans cette scène d’exposition où un gendarme est censé rappeler les faits à François Cluzet, alors que son vrai rôle est de les annoncer au public. Comme cela est maladroit ! Qui plus est sans véritable grâce. Les champs/contrechamps sont d’une platitude virtuose, comme à chaque fois que nous les recroiserons dans nos phares. Seat Toledo.

NE LE DIS A PERSONNE se déroule pendant un peu plus d’une heure avant de nous offrir sa première vraie gâterie. Au cours d’une course poursuite, François Cluzet provoque un carambolage sur le périphérique. C’est un peu sec, flottant et légèrement brutal. Bel accident et belle esquive. Un peu inattendu donc forcément réjouissant. Cela dit, c’est à peu près tout ce qui nous sera donné à voir jusqu’à la fin. Le film poursuit sa route tranquillement jusqu’à la résolution finale et au happy end programmé. Vous êtes sûr que ce n’est pas une Clio Shanghaï finalement ?

En fait, NE LE DIS A PERSONNE est un paradoxe. Il est satisfaisant et principalement horripilant par la même cause : le scénario. Là où Guillaume Canet et Philippe Lefebvre ont réussi leur pari c’est en escamotant la fin du roman, la bêtise d’une révélation trop malvenue. En corrigeant le trait, ils ne parviennent cependant pas à jouer au plus malin là où l’écheveau qu’ils mettent en place ne réussit pas à nous faire oublier le petit jeu qu’ils mènent. Je ne suis pour autant pas hermétique à la complexité du scénario, sauf si l’on y accorde trop d’importance, c’est-à-dire la plupart du temps en misant tout sur des effets d’annonce retardés et une révélation finale de première ampleur. Le scénariste qui vous prend par derrière, comme nous en parlions précédemment. Prenons le cas de THE USUAL SUSPECTS. Nous savons très bien que l’aveu final sera celui qui nous dévoilera la véritable identité de Keyser Söze. Il n’empêche que le film met en scène toute l’escalade de l’histoire qui permet d’arriver au sommet Söze. Dans NE LE DIS A PERSONNE, tout se joue à la fin. De ce fait, Guillaume Canet ne peut bâtir aucune mise en scène digne de ce nom. Et je le prouve.

Du début à la fin, NE LE DIS A PERSONNE ne fait que retranscrire tout ce qui a déjà été fait en matière de thriller. L’une des premières scènes, celle du lac, est un peu quelconque, et uniquement destinée à aiguiser la curiosité du spectateur. Il se poursuit par les interminables présentations des personnages, dont nous avons parlé plus haut. Huit années ont passé sans qu’il ne vieillisse d’une ride. François Cluzet nous est décrit comme un héros doté d’une intelligence supérieure, le seul qui sait exactement ce qui convient aux patients qui viennent le voir, le seul capable de gérer une situation d’urgence (c’est la première scène de Gilles Lellouche), le seul qui a toujours le mot qu’il faut, le seul qui soit honnête, le seul qui sait à quelle époque de l’année il faut planter les rosiers, le seul qui sait qui a tué le petit Grégory etc. Il est défini comme un personnage bien sous tous rapports, excellent dans sa vie professionnelle et émouvant dans sa vie privée puisque sa faiblesse vient du fait qu’il n’a pas réussi à oublier sa femme morte. De plus, leur amour est présenté comme une image toute faite de l’amour pur et éternel, puisqu’ils se sont connus enfants et que chacun a été le premier amour de l’autre. Un amour exclusif et entêtant. Naïveté. Nouvelle maladresse et Guillaume Canet qui roule désormais en Renault Juvaquatre ! Par opposition au personnage de François Cluzet celui qu’interprète Guillaume Canet est une ordure finie, qui s’en prend aux jeunes filles et qui n’a aucune morale. Comme s’il fallait trouver une justification au geste de Marie-Josée Croze. Comme s’il fallait qu’il y ait une justice pour chaque acte commis. Et c’est là que le film devient très paradoxal et ne se focalise que sur ce qu’il l’arrange. Ce qu’a fait Marie-Josée Croze ne compte donc pas ? C’est un comble pour un film qui s’embourbe dans une morale de conte de fées ! A la fin, il ne nous épargne pas la sempiternelle scène d’explication où tout devient logique et où le spectateur se sent plus intelligent parce qu’il a tout suivi. A noter : une scène ratée. Celle où Guillaume Canet tente de frapper André Dussollier qui le menace d’un revolver. Evidemment, la scène n’est pas convaincante, trop attendue, trop téléphonée, trop Opel Kadett. C’est dommage, sans elle le film serait resté honnête. C’est là sa principale qualité. Car s’il reprend (inconsciemment) tout le vocabulaire des films de même acabit, il a au moins la politesse de nous épargner les effets faciles, le vernis qui cache la rugosité, la tricherie du genre Michael Bay ou Gérard Krawczyk. Ouf ! Nous avons évité la Citröen BX, c’est déjà ça !

THE USUAL SUSPECTSC’est cette impression de facilité qui gâche toujours un peu trop le film. Comme un moyen d’éviter de prendre des risques, d’aller plus loin que l’horizon. NE LE DIS A PERSONNE s’enferme dans des vues conventionnelles, des clichés, des images prêtes à êtres resservies. En témoigne tout ce qui se passe en banlieue. La façon dont Guillaume Canet nous dépeint l’endroit, le lieu où il amène son personnage, le danger qu’il crée comme le seul pouvant s’opposer à la police, tout cela requiert non pas une conception erronée de ce qu’est la banlieue mais une valeur de réalisation proche de la trivialité. Tout est un peu plus facile comme cela. Mais enfin il n’est pas que la banlieue pour rompre un ordre ou générer du chaos !

Tout est beaucoup plus facile si vous croyez à la loi de l’offre et de la demande. Pour une somme donnée, le public est en attente de recevoir ce qu’il espère. Mais il existe une multitude de façons de lui prouver qu’il peut obtenir autant voire plus, sans recevoir ce à quoi il s’attend. Un peu d’astuce, d’espièglerie… Exemple. Dans NE LE DIS A PERSONNE, François Cluzet comprend à quoi correspondent les mots « concert » et « Olympia ». Il fallait répondre « U2 » et « 1995 ». En toute logique, Guillaume Canet n’a rien trouvé de mieux que de donner à entendre ce pour quoi le public avait payé, c’est-à-dire « With or without you » de la bande à Bono. Cet exemple est dans la droite lignée de tout ce dont nous parlons. C’est maladroit et singulièrement anticréatif. Il est question d’un chien mort ? Trouvons une chanson qui parle d’un chien mort. Les extra-terrestres débarquent ? Plaçons une chanson qui traite des petits hommes verts. Un homme et une femme s’embrassent ? Essayons de demander à Prince pour les droits de « Kiss ». Aussi laborieux qu’une Lada Samara.

Un tel casting ne peut s’expliquer que par l’attrait de l’expérience. Outre le fait que les investisseurs donnent leur accord un peu plus facilement, ce casting n’est réuni que pour masquer le peu de consistance des personnages. Comme la célérité du film empêche de s’arrêter sur de la psychologie de chacun, tous les personnages sont des archétypes. Aucune exception. Il convient alors de s’entourer d’acteurs ayant du métier pour éviter de faire face aux manquements du scénario. Pour un comédien, la construction d’un personnage se fait d’après ce qui en est dit dans le script. Lorsqu’il n’existe rien, cela se fait en accord avec son imagination et ce qu’en pense le réalisateur (remarquez comme Bertrand Blier ne donne aucun renseignement (si ce n’est qu’il est chômeur) sur Alphonse Tram dans le scénario de BUFFET FROID, puis comparez avec ce qu’en a fait Gérard Depardieu). D’où la nécessité, dans un tournage d’une telle lourdeur, d’avoir recours à des comédiens de métier qui vont aller à l’essentiel. Cela se vérifie dans la direction d’acteurs. Aucun ne m’a paru faux, ils sont très bien canalisés. A part Jalil Lespert, que j’aime beaucoup, mais je n’ai absolument pas cru à la racaille qu’il essayait de composer. Il m’a manqué une défiance, une haine dans le regard, capable de venir effacer toute la douceur de son visage. Le problème c’est que tous n’ont rien à défendre. Même François Cluzet, qui fait sûrement partie des trois plus grands comédiens français, est très effacé, très loin de ce qu’il sait faire de mieux (LES APPRENTIS, L’ENFER…). L'ENFERMarie-Josée Croze, que nous révérons beaucoup par ici, se contente de promener sa belle présence de femme idéale et amoureuse. André Dussollier se sort très bien de ce rôle piège, sans toutefois éviter le côté caricatural qui faisait partie intégrante de l’écriture. Marina Hands n’est jamais plus intéressante que lorsqu’elle opte pour un jeu en intériorité, comme ce fut le cas dans le pitoyable LADY CHATTERLEY. Dans ce film de Pascale Ferran, qui ne fait la part belle qu’aux comédiens et ne s’embarrasse de rien d’autre, vous aurez remarqué un détail qui fait tout le talent de cette actrice. Lors de sa première rencontre avec Jean-Louis Coullo’ch, elle ne parvient pas à prononcer correctement sa première phrase. Son hésitation tient d’une articulation en accord parfait avec son personnage. Elle nous convie par ce biais à toute la déstabilisation que cette première rencontre a eu sur elle. Elle pose la pierre d’un édifice que chaque rencontre va édifier. Elle pose aussi les jalons d’une relation basée sur la difficulté à laisser en dehors toutes les considérations qui viennent flouer l’attirance mutuelle. Une relation qui avance un peu de manière désordonnée, cahotique, mais très instinctive. C’est par ce genre de petit détail que nous remarquons le talent des acteurs à déceler la psychologie d’un personnage et à rajouter à ce qui n’est pas écrit. Dans NE LE DIS A PERSONNE, Marina Hands projette un peu trop et ne parvient pas toujours à nous toucher. Pas plus que Nathalie Baye qui est restée coincée sur la touche over-play. Nous lui préfèrerons Kristin Scott Thomas, bien plus variée. Gilles Lellouche est une nouvelle fois impeccable et prouve qu’il n’attend plus que des premiers rôles pour exploser (précisons qu’il ne faut absolument pas lui tenir rigueur du déferlement de violence qui le prend soudainement. C’est encore un coup du scénario qui amène des coups de feu comme autant de cheveux en plein dans la soupe. Par contre, j’aime beaucoup le calme avec lequel la jeune femme qu’il abat, ouvre la portière du camion et part dans la rue.) François Berléand est sûrement le plus surprenant de tous. Il campe un personnage très composé, avec plus de profondeur que le film ne nous montre. Il sait tout à la fois se faire diplomate et plus intriguant que son apparence physique ne le laisserait présumer. C’est ce décalage entre ce physique très étudié et le décalage intellectuel du personnage qui crée tout le relief que le script ne mentionnait pas. Enfin du vrai travail d’acteur ! Mentionnons enfin Florence Thomassin, là aussi l’une des plus grandes actrices françaises, une nouvelle fois sous-employée. Toutes ses apparitions sont des mouvements graciles et ensorcelants. Sûr qu’elle roule en Aston Martin.

NE LE DIS A PERSONNE est un film complètement formaté et sans aucune marque de fabrique. Parce qu’il est sans grande imagination, il ne fait que suivre la veine des gros divertissements destinés au dimanche soir sur TF1. Comme l’ensemble est fait d’une manière intuitive à défaut d’être créative (ça pue le Final Cut Pro à plein nez), c’est tout à fait supportable et même d’assez bonne facture compte tenu de ce qu’il se fait actuellement. Mais où est le vrai talent dans tout cela ? Le montage rattrape toutes les notions manquantes de mouvement, les compositions de plan ont quasiment toutes la même valeur (avec souvent des comédiens cadrés plein axe !), la mise en scène devient de la mise en espace et le rythme du film ne tient une fois de plus qu’au montage. Il ne reste dès lors pas grand-chose, si ce n’est que NE LE DIS A PERSONNE se révèle être uniquement un film de scénario. Renault Fuego. RENAULT FUEGO !!! Enfin, moi je dis ça, je m’en fous, j’ai d’autres soucis, je roule à vélo.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Vendredi 3 août 2007
            La vie m’a appris à ne choisir mes petites amies qu’en fonction de leurs films préférés. Séduisant postulat qui ne pouvait que trouver grâce à mes yeux. Bleu exquis. Choisir en fonction de leur prénom. Choisir en fonction du capital sympathie de leurs parents. Choisir en fonction de leurs insultes favorites. En fonction de ce qu’elles n’oseront jamais me dire. En fonction de leur peur du noir. De leur rire. Des personnalités qu’elles aimeraient voir mourir au plus vite. De la pire torture qu’elles pourraient imaginer. De leur manière de prendre ma main. Des ombres qu’elles laissent en disparaissant… Can you feel what I feel ?

Le festival d’Avignon semblait tout indiqué pour mettre en place une telle politique discriminante. Pensez donc : un mois complet de cinéma sous couvert de théâtre ! Et sans Terry Kevin ! Et comme la vie m’avait appris qu’il n’est pas de rempart qui ne puisse résister aux assauts du cœur, les conditions s’avéraient parfaites. Je décidai de viser au plus haut. Pas que j’aime profondément la difficulté, mais je la recherche comme un photographe de guerre se mêle au danger. Quitte à mourir d’une balle autant que ce soit en plein cœur. Si cela pouvait être le plus vite possible… Mais parfois tout ne marche pas comme à l’accoutumé, parfois il faut savoir surpasser ses limites. Parler à une femme c’est comme réaliser un film. Etre créatif. Le temps est un investissement. La vie finit toujours par nous apprendre quelque chose. Choisir la plus belle. Parce que la vie m’a appris que je pouvais avoir n’importe qui. Il n’existe pas de femme hors de portée. Aucune n’est la réserve d’une élite quelconque. La vie a fini par m’apprendre que lorsque l’on désire vraiment une femme il n’est aucun obstacle pour contrecarrer vos projets. C’est uniquement une question de difficulté que vous vous imposez ou non. The more you suffer the more it shows you really care. MERCI LA VIE comme dirait le poète.

Maydrick porte pour la première fois une chemise rouge.

Lucie dans le ciel revend ses diamants…

On espère jamais que ce qu’on appelle.

            La vie m’a appris qu’un festival n’était pas forcément une occasion de célébrer toutes les formes de création. Et le festival off d’Avignon c’est tout de même 93,7 % de spectacles inintéressants voire ratés. Soit à peu près la même proportion que les films qui sortent tout au long de l’année. D’où la nécessité d’avoir recours à la seule et unique méthode qui a fait ses preuves : le feeling. Je m’intéresse aux résumés, aux affiches et à l’originalité que chacun met dans son projet. Résultat : seulement 8 spectacles m’ont attiré. Serai-je déjà trop loin pour être sauvé ? Avant toute chose, prononçons-nous pour la plus belle affiche du festival, palme décernée à « L’enfance d’un chef » de Jean-Paul Sartre, mis en scène et interprété par Dominique Sarrazin. Attention ! Ca va être tout noir… La pire est sans aucun doute celle de « La désireuse » d’Agnès Brion, spectacle mis en scène par Dominique Courait et interprété par l’auteur. Ca m’donne enbie de bobir !


L'ENFANCE D'UN CHEF   LA DESIREUSE

La vie m’a appris qu’une histoire d’amour c’est comme un spectacle. Nous en gardons un bon ou un mauvais souvenir, vague ou précis, toutes les nuances ne nous sont jamais perceptibles au bon moment, mais au final ils voyagent avec nous à partir du moment où ne cherchons pas à modifier la vision que nous avons. C’est pour cela que j’essaie de fuir la nostalgie de la fin. De la nécessité d’établir un classement précis. Dans l’ordre de préférence :

1. « Le cabaret des Chiche Capon », conçu et interprété par Patrick de Valette, Fred Blin, Matthieu Pillard, Richard Lo Giudice, sous l’œil extérieur de Doriane Moretus. Spectacle extrêmement bien réglé (comme la jeune mariée) jusque dans les moments de flottement, qui nous entraîne dans un univers complètement loufoque. Grâce à des personnages aussi bien dessinés qu’ils sont complémentaires, nous suivons les diverses aventures d’un cabaret de seconde zone où rien ne va se passer comme prévu, bien évidemment. La folie des comédiens fait immédiatement penser aux Monty Python et aux Nuls. Mais ils ne font que perpétuer (sans le savoir ?) l’humour de la troupe de Robert Dhéry : les Branquignols. Rien d’exceptionnel donc, puisque l’escalade des gags trouve une logique peu surprenante excepté lorsque le rythme s’intensifie et que les Chiche Capon ne laisse pas le temps au public d’anticiper le déroulement des événements. Quoi qu’il en soit il s’agit là d’un des meilleurs spectacles d’Avignon. Les comédiens ont un sens du comique absolument irrésistible, en perpétuelle hésitation entre sauter à l’élastique sans élastique et créer une secte pour ordonner des suicides collectifs. Ce qui pourrait paraître comme un excellent spectacle comique en temps normaux fait aujourd’hui valeur de spectacle hors normes au milieu du flot ininterrompu de spectacles sans idées. La dithyrambe s’exclut d’elle-même. A noter que les Chiche Capon paient la peau de la tête pour jouer 22 jours au théâtre La Luna 10 000 euros ! Et ça, c’est quand même scandaleux pour un festival qui prétend être une vitrine de la création théâtrale française. Extorquer autant d’argent c’est avouer ouvertement le mépris de l’aide à la création. Les directeurs artistiques (fort sympathiques au demeurant) de ce théâtre sont Stéphane Baquet et Stéphane Marteel. Le cas de La Luna n’est pas un cas isolé. Bien au contraire. Voilà en moyenne à combien se monnayent les créneaux que les « théâtres » offrent aux compagnies venues se promouvoir pendant le mois de juillet. Cela peut même aller jusqu’à beaucoup plus cher pour des salles plus grandes et de renommée supérieure. Si Jean Vilar n’était pas mort, il en mourrait. Emprise du fric. Exploitation d’un système qui se mord la queue. Entre ceux qui n’ont aucun scrupule à demander toujours plus, le public s’esclaffe car il semble être le seul à savoir qu’une salle de spectacle ne vaut pas autant.

2. « Les flamiches noirs » écrit et interprété par Yvo Mentens et Philippe de Maertelaere, et mis en scène par Jos Houben. Voici vraiment un spectacle qui ne ressemble à rien d’autre, ne se contente pas de séduire son public par des artifices, prend le temps pour se dévoiler et offre enfin beaucoup à ceux qui auront suspendu le temps en leur compagnie. Pour toutes ces raisons, « Les flamiches noirs » est tout ce qu’il y a de plus magique. Dans un décor épuré, les deux personnages évoluent à l’aveugle, isolés du monde tout en s’y reliant par un unique objet : un journal. La poésie qui va se dégager de leurs réactions. La beauté que leurs gestes vont exhaler. L’absence de concret qui va anesthésier le temps. Le surréalisme qui va nous subjuguer. Les phrases où il manque des mots. « Les flamiches noirs » est oppressant par la dénégation de l’individu du flux d’informations. Il joue avec tout ce qui remplit nos mondes par l’aspect du superficiel. En jonglant avec la futilité de nos peurs, les interprètes font naître le rire. Un rire jamais calculé, comme un réflexe naturel. Tiens, moi aussi, je viens d’avoir un réflexe naturel. Ca sent pas très bon du coup. « Les flamiches noirs » est un magnifique travail d’une précision absolue (la scène d’exposition dans le musée révèle que rien n’a été fait au hasard) qui apprécie la simplicité comme marque de fabrique, vous savez comme quand nous nous disons que le théâtre c’est aussi simple que cela. Heureusement que la vie m’a appris que c’est le travail qui mène à la simplicité.

3. « Blue.fr ». Très belle surprise que cette pièce écrite, jouée et mise en scène par Jean-Christophe Dollé, avec aussi Clotilde Morgiève et Yann de Monterno. La note d’intention nous prévient qu’il s’agit de « notre monde, ni plus ni moins. » Comme toutes les notes d’intention, le rédacteur ne cherche qu’à nous vendre une idée de la pensée juste. « Blue.fr » c’est assurément une retranscription de la folie ordinaire, une caricature de notre société du « tout à portée de tous » et de l’envahissante sollicitation de la publicité. C’est surtout et avant tout une pièce formelle où la mise en scène exploite ces grands thèmes par un débit ultra-rapide, un jeu énergique, sophistiqué et débordant de ruptures. Nous y trouvons de belles variations visuelles (qui donnent un souffle épique au contenu), avec une préférence pour la scène de la mariée. L’absurde est souvent poussé vers la question métaphysique que le thème de la répétition vient illustrer. Cela provient de l’écriture où Jean-Christophe Dollé n’hésite pas à faire dire à chacun des protagonistes les phrases prononcées précédemment par un autre personnage, tout en gardant une logique productive. Joli talent d’auteur qui a capté non pas une subtilité du monde, du moins une perception intelligente et émouvante. Car si « Blue.fr » ne raconte pas une histoire narrative classique, c’est une belle communion du grand désespoir caché de nos vies, un moment de lutte contre la solitude où chacun comprend l’autre sans pouvoir espérer changer la folle course du lendemain. Quelque chose d’aliénant qui menace. Pièce sombre mais magnifique, l’humour ne surgit pas uniquement des situations mais aussi des figures de style et des personnages. Une vision du monde qui fait froid dans le dos, comme les sublimes chorégraphies (sur de non moins sublimes chansons) nous ramènent aux uniformisations dont recèle PINK FLOYD - THE WALL. « Blue.fr » n’est pas une critique ou un pamphlet des temps modernes (même si la scène de début n’est pas sans rappeler celle (cultissime) de JE SAIS RIEN MAIS JE DIRAI TOUT à la sécurité sociale). La pièce n’a pas cette ambition. La vie se charge d’elle-même de nous apprendre que rien que l’idée d’aller à la sécurité sociale ou à La Poste est déjà une erreur que l’on s’apprête à regretter. Mais c’est grâce à la douceur et à la compréhension de ce genre d’écriture qu’il devient supportable d’écouter une grosse dame noire nous apprendre comment remplir notre déclaration d’impôts.

4. « Des lambeaux noirs dans l’eau du bain » est une pièce écrite par Sébastien Joanniez et interprétée par Muriel Gaudin, dans une mise en scène de Noélie Giraud. Cela se passait au théâtre de la Poulie, un vieux garage peinturluré de noir pour faire la farce. Le lieu est peu convivial et manque terriblement d’âme. C’est ce que va nous donner Muriel Gaudin pendant un peu plus d’une heure. De l’âme. Pour raser plus près. OK, d’accord, personne comprend rien à mon humour. Grâce à un jeu de mise en scène qui repose sur une seule (mais très intelligente) idée, Muriel Gaudin utilise toute sa sensibilité pour nous conter l’entêtante aventure d’une jeune femme qui traverse les grands actes de sa vie en se perdant toujours un peu plus au travers de ce qu’elle n’aura jamais su être. Quête d’apprentissage et quête de mise en œuvre de l’apprentissage. Chaque transition d’une vie comme un rite d’initiation, une nouvelle naissance, un ruban de Möbius où la course folle de la vie se termine en eau de boudin. Comme une somme de ce que nous n’aurions pas laissé à la vie nous apprendre. La mise en scène se veut très abstraite pour amener le public au texte. Comme il recèle lui-même de passages très opaques, l’ensemble soumet le spectateur à une acuité d’écoute particulièrement patiente. Les rôles ainsi définis, cette abstraction permet alors à chacun de recevoir les mots selon un mode d’identification très personnel. C’est la preuve d’un texte qui sonne juste parce qu’empreint d’une charge émotionnelle très intime. Niveau interprétation il fallait donc quelqu’un en contrepoint total avec le texte et la mise en scène. Muriel Gaudin est tout à fait crédible par sa présence décalée (qui illustre le dérapage psychologique) et sa voix unique (dont le timbre à la fois métallique et rugueux donne toute l’envergure du personnage qu’elle dessine). L’ensemble manque cependant un peu de variété (et avec du Sardou en fond sonore, ça l’aurait fait ?), mais à n’en pas douter Muriel Gaudin est une future grande comédienne dont il va falloir surveiller le parcours.

5. « Laurent Violet » One-man show dudit comique, interprété et mis en scène par devinez qui. Il s’agit d’abord de redécouvrir celui qui fut un grand espoir du comique il y a quelques années, avant de sombrer dans l’alcool. Aujourd’hui, Laurent Violet n’en a plus touché une goutte depuis quatre ans et il arrive toujours à nous faire rire. Il n’aura pas attendu une vie entière pour apprendre à corriger ses erreurs. Qu’on se le dise messieurs les producteurs ! Alors, bien sûr, si les conditions étaient réunies, ce spectacle serait encore plus drôle qu’il ne l’est, car vu le rythme effréné avec lequel les salles d’Avignon enchaînent les spectacles (parfois jusqu’à 10 dans la journée pour une seule et même salle !), celui de Laurent Violet n’a pas le temps de s’installer pour laisser consciencieusement son doux venin nous parcourir. Laurent Violet enchaîne ses répliques sans laisser de respiration. Ce qui est vraiment dommage car beaucoup de chutes et d’effets ne fonctionnent plus. Reste alors un texte subversif comme peu de comiques se le permettent encore et un personnage extrêmement généreux et affable.

6. « Molière dans tous ses éclats » écrit et interprété par Stéphanie Marino et Nicolas Devort. La mise en scène est signée Julien Héteau et Stéphanie Fumex. Le véritable intérêt de ce spectacle provient du fait qu’il allie des extraits de pièces de Molière et des explications sur le monde du théâtre, sur le jargon employé, sur la façon d’aborder un texte et sur la manière de se définir en tant que comédien. Il vise donc un public essentiellement jeune afin de le familiariser avec le décor et l’envers du. Ecrit avec finesse (si l’on excepte tout le côté éducatif), le choix de l’interprétation l’est un peu moins puisque les comédiens incarnent des personnages aux traits marqués voire caricaturaux. C’est la voie constante du comique en toute occasion qui les mène sur ce chemin. Ils s’en sortent d’ailleurs très bien puisque leur fougue et leur sympathie rayonnent sur le principe de ce spectacle clairement avoué : le divertissement. La vie m’a appris qu’à Avignon c’est déjà beaucoup.

7. « Beyrouth adrénaline » de Hala Ghosn et Jalie Barcilon. Ou comment retracer la guerre du Liban sous l’axe de la parenté exilée. Entre les différentes appropriations décharnées d’une guerre de la part de ceux qui en rendent compte et les manières presque trop souriantes d’en parler de ceux qui l’ont vécu, la vie m’a appris qu’il existe une mesure un peu plus complexe de l’aborder. La guerre est trop souvent présentée comme une machine à victimes. Elle l’est. Sa conception devient plus palpable lorsque l’on fait s’affronter les différentes implications personnelles. En faisant se côtoyer plusieurs points de vue à des kilomètres de distance, les auteurs ont misé sur l’absurdité que son rapport direct ou indirect peut causer. Le but est évidemment d’établir une comparaison en miroir. Bien que le procédé n’ait rien de transcendantal, il pouvait paraître fort appétissant s’il nous était promis d’éviter l’effeuillage de photographies et de donner corps à un puissant réseau de ramifications filiales. Malheureusement, la pièce s’égare dans de paresseuses scènes de retranscription des points de vie (et je souligne volontairement le fait qu’il ne s’agit pas d’une coquille). Manque de chair. Qu’avez-vous donc appris de la vie ? Les seuls moments où un quelconque procédé scénaristique tend à s’esquisser, il est très vite remis sur le droit chemin du long fleuve tranquille. Ainsi, lorsque le frère et la sœur commencent à avoir une explication à propos du fait que cette dernière veuille partir au Liban, l’échange est vif et bref, et se termine brusquement sans prendre la peine de rentrer dans un affrontement idéologique qui aurait fait avancer le récit (et par-là même, la mise en scène). Celui-ci ne progresse que par les faits historiques qui nous sont annoncés, alors que nous sommes en droit d’attendre que ce soient les personnages qui le dirigent. « Beyrouth adrénaline » n’est qu’un diaporama PowerPoint agrémenté d’un texte d’Alain Decaux. Les sujets sont effleurés, préférés à la photo de famille, sans rendre compte de toute la complexité que les situations décrites ont de théâtrales. Tout au plus nous parle-t-on de diversité…

8. « L’amour aux trousses » de Carlo Boso et Florence Grimal. Que je me suis ennuyé ferme au cours de ce cabaret swing au théâtre du Chien Qui Fume ! Signalons qu’il s’agit sûrement du théâtre le plus gucci baby de tout le festival. Accueil souriant, billetterie classieuse, écran plat et visionnage d’extraits des spectacles pour patienter, aménagement avec goût et surtout une salle absolument magnifique. Bref, tout ce qu’il fallait pour passer une soirée parfaite. La réputation de qualité artistique du lieu était aussi un sérieux atout (enfin, bon, cette année ils avaient quand même osé Clémentine Célarié et ses fils juste avant). Alors qu’est-ce qui cloche ? Si l’on y regarde de plus près, « L’amour aux trousses » n’est pas mal joué ni mal mis en scène. Les chansons ne sont pas mal interprétées et les musiciens assurent. Le jeu des lumières n’est jamais une aberration. Juste que tout cela est sans ambition, sans idée majeure, fainéant et horriblement cliché. Du bon petit cabaret à la musique non agressive comme en réclameraient toutes les bonnes brasseries. Exaspérant de banalité la façon dont on nous parle de l’amour. C’est le mari, la femme et l’amant (que l’on avoue maintenant, pour paraître moderne, c’est-à-dire pour légitimer l’émancipation de la femme, car la maîtresse de l’homme c’est une vision rétrograde et sexiste, c’est bien connu), c’est toujours les mêmes âneries qu’une femme doit faire pour plaire à son mari, les mêmes généralités assénées sur l’ascendance de la femme sur l’homme, sur la vision de la femme aux fourneaux etc. Vous l’aurez compris, « L’amour aux trousses » est un spectacle qui a puisé tous ses sujets d’inspiration dans « Elle » et « Biba ». Un spectacle bourgeois pour nos amis les bourgeois, en somme. Il suffit d’écouter glousser dans les gradins pour constater qu’il s’y murmure de manière inaudible : « C’est tellement ça ! ». Une fois de plus, la vie n’apprend pas grand chose à ceux qui croient tout savoir. J’en viens parfois à regretter un bon vieux concert des familles de Dick Rivers. Dick Rivers… Dick Rivers… L’ancêtre de Bittorrent ?

Il est toujours difficile de trouver une manière poétique pour dire à une personne qui vous est chère et que vous devez quitter, que vous ne l’oublierez jamais. Même si d’habitude je n’aime pas ce genre de promesses. LE CHAT.

La vie m’a appris à trouver des palliatifs. On pense souvent avoir de bonnes idées. On se dit qu’écouter de la musique peut en dire plus que la maladresse d’un au revoir. Conneries. Faut pas écouter la musique. C’est salaud la musique. Ca promet des jours meilleurs mais ça fait rien qu’à nous faire chialer. C’est que des cons qu’on chialé sur des histoires d’amour flinguées, et qui n’ont rien trouvé de mieux que de traduire leurs larmes par des notes pour faire encore plus chialer ceux qui les écoutent et qui se reconnaissent.

L’amour est une guerre. Ne dit-on pas « mourir d’amour » comme l’on se sacrifie pour des idées ?

Et tout ce que la vie a encore à m’apprendre…

Mais la vérité c’est que la vie est une pute. La vérité c’est qu’elle ne nous apprend rien. La vérité c’est que nous n’avons que le visage de nos pleurs et que nous nous débattons juste pour être plus présentables. La vérité c’est que vous vous persuadez que la vie vous apprend tout un tas de choses pour lui donner un sens. Mais il n’y a pas de vérité. Il n’y a pas de sens caché ni de morts pour l’amour. On fait les choses pour soi et tant mieux si cela convient aux jeunes filles qui cachent les plus beaux yeux du monde derrière des lunettes. Nos malheurs en ce monde sont des vibices irréfutables. Nos angoisses puent notre indivisibilité. Pas d’exception à la règle. Pas de rédemption. Pas de sagesse dans l’immédiat. Les cloches sonnent et ce qui m’étonne c’est que je ne les entends même plus.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Dimanche 24 juin 2007
            Cette semaine sort sur nos beaux écrans (futurement mouchetés par le prochain Jean-Jacques Annaud ; et le premier qui me dit que « futurement » n’existe pas se prend un salto de babouches dans sa face) THE HILLS HAVE EYES II de Martin Weisz. Second long métrage de celui dont nous attendons toujours la sortie française de son ROHTENBURG qui avait défrayé la chronique l’année dernière, mais dont le piètre niveau (et non pas une quelconque censure) laisse craindre la relégation en division d’honneur. Je n’irai pas voir cette suite de la revanche du retour de l’ultime chapitre final, pour la simple et bonne raison que rien que de penser à l’inanité du premier volet j’en ai encore les litchis qui collent au plastique.

            Ca, c’est fait, comme dirait Terry Kevin.THE HILLS HAVE EYES II

Outre l’énorme avantage que THE HILLS HAVE EYES II soit à mourir de rire, c'est-à-dire désopilant au point d’égorger son voisin de palier qui s’habille chez Décathlon, il y a encore plus drôle cette semaine, non pas au cinéma mais dans la presse. Si nous rapprochons presse et comique troupier cela nous conduit inévitablement au domaine politique, réceptacle de béotiens alanguis qui n’ont d’autre but que de se gratte-couiller (traduction en termes décents et qui ne décrédibilisent pas un article jusqu’ici pourtant impeccable : musarder au nom de la France). En témoigne Nicolas Sarkozy qui a juré :

Nicolas Sarkozy : Euh… Qu’est-ce que je pourrais dire ? Ah tiens ! Si je disais qu’en fait je n’étais pas soûl mais que j’étais très en retard parce que mon attention a été attirée par un immeuble en flammes. Je m’y suis alors précipité pour essayer de sauver cette pauvre famille qui avait enfermé son enfant dans le placard et qui risquait de se faire griller parce que ses parents avaient perdu la clé. Lorsque j’eus libéré l’enfant et éteint le brasier, j’étais vraiment très en retard alors, en arrivant à la conférence de presse, j’ai dû monter les escaliers en 4X4.

Un conseiller en communication : J’ai peur que la tour infernale ça fasse un peu too much. Garde le coup des escaliers, y’a un côté très populaire, très Jean-Luc Reichmann, on fera passer l’info au moment du déjeuner, ça le fera très bien. Et dis aussi « quatre à quatre » à la place de « 4X4 ». L’important c’est de nier. Toujours nier les faits. Rappelle-toi quand tu as battu ta femme…

Nicolas Sarkozy : Ah non ! J’ai interdit les médias d’en parler alors ça suffit avec cette histoire !

Sarkozy retardé ? Dis comme cela, ça paraît crédible.

Par cette affirmation, Petit Chef nous avoue donc qu’il n’a jamais été à l’école, ce qui ne nous avait pas échappé jusqu’ici mais qui n’était officiel que pour une poignée d’initiés. Quiconque est arrivé en cours passablement éméché sait parfaitement que le coup des escaliers n’est pas crédible une seule seconde. Surtout s’il n’y a pas d’escaliers ! Mais il faut dire qu’il en tenait une bonne, Petit Chef. Il lui a quand même fallu une bonne semaine pour la balancer son explication. Moralité : avoir dessoûlé avant de chercher une excuse.

La vraie bonne nouvelle au milieu de tout cela, c’est qu’à sa manière de se défendre, Petit Chef expose un aspect vulnérable et chancelant de sa prise de pouvoir. Toujours nier ? En êtes-vous bien sûrs ? Lorsque François Mitterand fut interrogé au sujet de Mazarine, l’affaire eut l’effet d’un ballon de baudruche car il avoua tout de go l’existence de sa fille. En acceptant de faire en sorte de ne plus être attaquable sur cette question il légitima l’existence d’une personne qui ne l’était pas. Dès lors, où pouvait donc se loger l’Inquisition ? Prenons l’exemple contraire. Au début de l’affaire Lewinsky, le président Bill Clinton commit l’erreur de déclarer sous serment qu’il n’avait jamais eu de relations sexuelles avec Monica Lewinsky. C’est trop gros, ça ne passera jamais, comme me disait alors la jeune mariée et que le jeune geek rajoutait : « CMB ». Effectivement, c’est à ce moment que l’affaire prit un tournant surdimensionné. Pas que l’aveu de Bill Clinton ait eu le même effet de ballon de baudruche mais, au moins, il n’aurait peut-être pas préparé l’invasion républicaine. De la responsabilité de Monica Lewinsky sur la guerre en Irak…

            Entendu dans la rue une jeune fille qui parlait du dernier film qu’elle venait d’aller voir au cinéma. En l’occurrence : DEATH PROOF de Quentin Tarantino QUENTIN TARANTINO(prononcé « Quintine », avec cet air de pédante satisfaction que seuls les happy few connaissent). Là où cette personne était particulièrement dithyrambique concernait les discussions entre les héroïnes. A l’écoute de ce panégyrique, je devais comprendre que Tarantino est un réalisateur de génie parce qu’au sein de son écriture il a parfaitement retranscrit ce dont parlent les femmes entre elles. Comment une jeune fille à peine sevrée peut discourir des spécificités féminines sans avoir le premier quart de l’entendement nécessaire pour cela ? Tarantino révélateur de la psyché féminine ? Alors là, certainement pas ! Autant je suis un inconditionnel de ce cinéaste autant ce sont des extrapolations qui conduisent à une déviation et à une interprétation erronée de son art. Bientôt nous lirons que Tarantino c’est le nouveau Bergman ! Qu’il se rapproche plus de Marguerite Duras, là, la théorie n’est pas de moi mais je veux bien y souscrire à 127,83%. Alors Tarantino, d’accord, vous pourrez toujours dire qu’il nous prend par les sentiments, mais moi j’ai toujours préféré ça que par derrière. Chacun son truc.

Non, Quentin Tarantino n’est pas celui qui sait le mieux comprendre les femmes. Cela supposerait qu’il fasse un cinéma réaliste et cela n’en a jamais été le cas. Non, les filles ne parlent pas comme ça. C’est faux. Les héroïnes de DEATH PROOF ne sont que des visions masculines de la représentation féminine. Alors pourquoi ces personnages plaisent-ils autant aux hommes mais surtout aux femmes ? Rattachées au brio avec lequel Tarantino les fait parler, bouger ou s’habiller, elles font partie de cette émergence du cool et de la définition du populaire. Pour les hommes, c’est très simple. Elles répondent directement à l’assouvissement d’une pulsion de satisfaction des sens. C’est pour cela qu’elles misent tant sur la mise en avant de leurs atouts physiques. Pour les femmes, l’attirance est édictée par le fait de vouloir leur ressembler, de pouvoir façonner cet objet de désir qu’elles croient pouvoir être pour un homme. Ces personnages ne sont qu’une relation fantasmée des hommes qui croient ou qui voudraient que les filles parlent comme ça. Il n’y a rien de féminin là-dedans. Pas plus qu’il n’y a du vrai. Du moins si nous excluons la notion d’artifice, la couche de superficiel. Car dans un contexte de pure décharge pulsionnelle la crudité est avérée. Nous ne disons pas que cela n’existe pas, juste que c’est spécifique.

Non les femmes ne parlent pas de bagnoles entre elles et non les femmes n’ont pas une relation au sexe complètement décharnée.

Et je suis là, moi, et j’écoute cette jeune fille qui déblatère des kilolitres de gerbe pakistanaise précuite, j’enrage secrètement, je piétine, je m’emballe et ce n’est pas pour offrir. Je décide alors de m’éloigner sinon je vais rentrer dans le cercle de ces jeunes filles (une réplique du jeune marié que j’aime bien reprendre à l’occasion) et ça va darder sévère du loukick. Je me déstresse en communiquant par téléphone mes nouvelles adresses mails à mes amis. Un jeu fort amusant surtout si vos adresses ressemblent à cela :

cgtelle@cegetel.net

igrecahache2o@yahoo.fr

un.1.arobase.1point@gmail.com

wanadoodouxsansx@wanadoo.fr

9neufenchiffresromainsIX@neuf.fr

rzbrghjkzqswxkrysqwkzysk@noos.fr

acommealain.tcommefabien.wcommeçaseprononce.kkomk@hotmail.com

            Dans la grande famille du cinéma, je demande le cinéma bis et je pioche Hervé P. Gustave. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Hervé P. Gustave est un acteur qui ne rechigne pas à s’aventurer sur des sentiers obscurs. Membre incontournable de la planète X, il a osé faire ce qui ne se fait pas : jouer au missionnaire qui entreprendrait de découvrir le chaînon manquant entre le cinéma traditionnel et le cinéma pornographique. Cul à cul, donc. Car si la nuance s’établit ce n’est que parce que le cinéma traditionnel se définit en tant que tel et parce que, se sentant rabaissé par cette ostracisme d’identité nationale, le porno la relève pour témoigner sa différence, donc son existence, et par-là même continuer à se dissocier du mouvement. Rappelons que c’est le cinéma dit classique qui a contribué à reléguer le porno dans des circuits spécialisés, à le taxer jusqu’à la vente à perte, à le ghettoïser et finalement à le tuer purement et simplement (puisque concrètement le cinéma pornographique n’existe plus). Mais, à l’origine, le porno n’était qu’un genre qui ne demandait qu’à exploiter les mêmes ressources que n’importe quel autre genre, avec la possibilité de livrer des chefs-d’œuvre autant que des navets. Définition encore contemporaine du cinéma classique qui ne cesse de nous offrir chaque année plus de sodomies oculaires que de chefs-d’œuvre.

ON NE DEVRAIT PAS EXISTEREn réalisant ON NE DEVRAIT PAS EXISTER, Hervé P. Gustave déboule dans le cinéma qui l’a toujours rejeté et esquive le cul pour n’en garder que le rapport qualité/prix. Autant le dire franchement, niveau cinéma c’est le degré zéro de la racine carrée de toute fraction nanométrique. Aucune force narrative, pour les cadres vous repasserez par la case départ sans toucher aux 20 000 francs que Bernard Tapie est en train d’enterrer dans le jardin de son yacht, lumières sans intuition, touches du montage trouvées par hasard etc. J’en passe des vierges et des pas mûres. Hervé P. Gustave n’est pas un réalisateur harassé par les affres de la technique, cela se voit dès le premier coup d’œil. Mais qu’importe, il n’y a pas que l’innovation qui marque les esprits. Malgré toutes ces approximations, ON NE DEVRAIT PAS EXISTER déroule une force de conviction qui rend le film supportable et surtout bien plus touchant que son manquement esthétique. Les raisons d’un tel piquant sont assez troubles (c’est comme double mais en triple, c’est ça ?) et sont presque invariablement dues au sujet du film. Si nous le comparons à toutes ces orgies filmiques qui se contentent d’épouser leur sujet uniquement dans leur dossier de presse, ON NE DEVRAIT PAS EXISTER possède l’avantage indéniable d’être focalisé sur son sujet du début à la fin, de le respecter et d’en faire le modus vivendi de l’articulation susmentionnée.

Hervé P. Gustave met en branle tout un processus de questionnement et de recherche. Leitmotiv salvateur. Poussée vers l’avant ; 3 G dans sa face. Comme le film est un mélange entre scènes écrites et véritables improvisations, il est assez inégal. Hervé P. Gustave est lui-même assez faux lorsque les scènes demandent un tant soit peu de technique. C’est invariablement le cas pour chaque scène qui a fait le cas d’un travail préalable (et encore plus dans celles où se mêle Elsa Steyaert, qui adopte du coup la même position). Par contre, lorsque l’improvisation montre le bout de sa queue (ou de son nez, suivant où il est placé) c’est toujours pour explorer toutes les pistes que le cinéaste cherche à découvrir. Hervé P. Gustave se place en véritable en explorateur des données essentielles à tout art. Il touche ainsi du bout des doigts (tout dépend là aussi où on les place) tout ce dogme inconscient qui bâtit le bien-fondé de l’artiste par rapport à son art. Sous prétexte de chercher la modération il s’interroge sur ce qui fait la différence entre le classique et ce qui ne devrait pas exister, et surtout sur la légitimité de ceux qui imposent ces définitions. Le plus souvent, il part du principe qu’il ne sait rien (bien bel exemple de valeur cinématographique pour nos amis cinéastes, soit dit en passant ; CITIZEN KANE ayant été réalisé intégralement de manière didactique). Comme lorsqu’il se laisse emporter par les délires de ces acteurs de bazar, lorsqu’il se trouve en pleine crise identitaire face à Bertrand Bonello et surtout lorsqu’il se retrouve sur la scène d’un théâtre face à des apprentis comédiens venus passer un casting. L’une des scènes les plus drôles du film se résume à la possessivité d’un groupe de comédiens incapables d’expliquer ce qu’ils font dans leur métier autrement que par des lieux communs. Alors c’est sûr que lorsqu’on débute en tant qu’apprenti comédien, la plupart du temps c’est pour des raisons qui nous sont encore inconnues, par quelque chose de plus instinctif qu’intelligible. Là n’est de toute façon pas où le réalisateur veut en venir, mais la résultante directe de toute cette cacophonie c’est l’éviction pure et simple de ceux qui ne pensent pas comme, qui ne rentrent pas dans la norme, qui sont en décalage, qui sont juste classifiés Bizarre comme l’on classe X certains films.

Hervé P. Gustave a en fait démontré que ces artistes sont aussi les moins créatifs du marché.

C’est surtout après cette scène que le film se fait de plus en plus attachant. Il ne continue pas moins à revendiquer son caractère désordonné, brouillon et foutraque. Mais ce sont des termes insuffisamment précis. ON NE DEVRAIT PAS EXISTER est surtout et avant tout effervescent. Lié à son côté désemparé, c’est là où HPG nous convertit. Oui, une conversion qui s’inscrit dans la réflexion par la différence. Remarquez comment nous classifions très vite de « mauvais » les acteurs que le personnage du film prend dans un premier temps pour de géniaux interprètes méconnus. Ce que le film nous dit c’est que « mauvais » n’a plus aucun sens à partir du moment où notre part d’ouverture permet la réception d’une forme non classique. Et s’il est vrai qu’il y a dans ce film quelques-uns des plus mauvais acteurs vus au cinéma (qui a dit Samy Naceri ?) il est tout aussi vrai de constater que de là naît une faculté d’émouvoir qui n’a rien à voir avec les cours d’art dramatique.

A noter qu’Elsa Steyaert à un charme unique, une vraie beauté délicieuse et qu’elle est formidable dans la scène de sexe avec Hervé P. Gustave. Et c’est quand « délicieux » devient synonyme de « bizarre » que l’on se dit que le pari du film est gagné.

ADAMS AEBLER            Réputation surfaite en ce qui concerne ADAMS AEBLER. J’y allais déjà avec l’arrière-train qui sifflait plus de trois fois car je restais sur la dernière bûcheronnerie (je ne comprends pas pourquoi Word tire la gueule quand je tape ce mot) d’Anders Thomas Jensen (DE GRONNE SLAGTERE) qui était une colossale escroquerie. Dans ADAMS AEBLER il reprend les mêmes épices pour nous concocter une bonne grosse sauce qui sent très bon et qui a l’air fort appétissante, mais qui laisse comme un arrière goût d’aliments pas très naturels.

C’est une entreprise très malhonnête que de mettre en avant l’originalité d’une idée pour finalement masquer tout ce qu’un scénario a de conventionnel et de plus bête. C’est ce qu’Anders Thomas Jensen établit comme des critères de renouveau cinématographique. Il prétend aller plus loin, raconter des histoires moins politiquement correctes et travailler avec une prise de risque maximum sur des sujets trop décalés pour le cinéma commercial. Faux. Pour ce qui est du commercial, ça déboîte sévère. Et sans s’assumer, dit-il en montrant du doigt ce réalisateur qui croit qu’il n’est pas vieux parce qu’il a 35 ans. L’âge ne fait rien à l’affaire. Ni le temps.

Dès le début d’ADAMS AEBLER nous est présenté Ulrich Tomsen, néo-nazi à qui il vaut mieux s’abstenir de présenter sa collection de kippot. Faut dire que notre bon Ulrich n’est pas un tendre. La mise en scène de présentation nous évoque tout le pire qu’il faudra attendre de cet adepte du nombre 18. Et là, Ulrich Tomsen n’y va pas avec le dos de la main morte. Larmes sensibles s’abstenir. A peine descendu du bus qui l’amène à l’église où il doit effectuer des travaux d’intérêts généraux, Ulrich Tomsen sort un objet contondant (c’est une clé, espèce d’imbibé) et raie tout le bus lorsque celui-ci redémarre. Là c’est clair, net et précis : il ne vient pas pour faire de la figuration dans le prochain Brigitte Roüan. Ca va distribuer du frontal et de la balayette version ADSL. Nous voilà bien au cœur du problème. Car si je plaisante avec ce qu’ADAMS AEBLER nous donne à voir, je me prenais pourtant à rêver qu’un film puisse enfin aller jusqu’au bout d’une démarche qui traiterait d’un sujet au lieu de s’en servir. Au lieu de cela, nous retournons dans ce que le cinéma commercial sait faire de mieux : vendre un produit pas trop choquant, bien pensant, à un public lamentablement bourgeois (et une fois de plus l’âge ne fait rien à l’affaire) venu s’encanailler pour 8 euros et 84 cents. Ca donne l’impression de faire un peu partie de ce monde, de croire que nous ne sommes pas si propres que cela à l’intérieur, de penser que les gens biens, les néo-nazis, les directeurs du théâtre de la Clarté à Boulogne-Billancourt, les schtroumpfs, finalement nous sommes tous pareils. Non, évidemment. Il y a ceux qui vont au cinéma avec l’impression de faire leur bonne action quotidienne (ce qui leur permettra pour un temps de se sortir de la tête néo-nazis et autres monstres que la Terre cache ; décharge facile d’un poids culpabilisant), et puis il y a les autres qui vont au cinéma pour regarder les premiers se rassasier de leur nouvelle bonne conscience.

Et question conscience, Anders Thomas Jensen s’en rachète une belle avec guirlande qui clignote quand on l’insulte.

Traduction de l’ambiance germano-danoise : dans un premier temps, c’est en faisant de Mads Mikkelsen (que l’on avait déjà beaucoup apprécié dans le plus qu’appréciable EFTER BRYLLUPPET de l’appréciablement douée Susanne Bier) un prêtre aux méthodes non conventionnelles qu’il déstabilise en même temps Ulrich Tomsen et son public. C’est très adroit et même fort drôle. Preuve à l’appui : ce qui suit la scène où la chemise brune retourne deux-trois queclas et une extra-balle en plein tarbouif du pontife. C’est le meilleur moment du film. Celui où nous nous réjouissons de la vraie part d’audace et de ce qu’elle laisse présager. Malheureusement, elle ne concrétise pas tout ce qu’elle aurait pu engendrer d’amoral ou de vicieux. Elle n’est qu’un prétexte au retournement de situation puisque le néo-nazi prouvera que les croix celtiques c’est pas vraiment son truc et qu’au fond de son cœur il s’est aperçu qu’il était sensible. Comme les schtroumpfs. Pour les autres nous ne sommes définitivement pas semblables. Une bonne leçon de morale, la sortie dominicale des violons et, inévitablement, une happy end à peine sentie venir (mais non, rassurez-vous, il ne va pas mourir le cureton que la science avait donné non partant à cause de la tumeur qui lui harcelait le cerveau).

Parfois la symbolique alourdit considérablement le propos (lorsqu’Ulrich Tomsen remplace le crucifix par le portrait d’Adolf Hitler). Parfois la quête mystique devient d’une crétinerie tellement gauche qu’il est difficile de se raccrocher aux trognons de pommes. Mais toujours Anders Thomas Jensen n’abdique dans la conception de ses plans, avec des cadres souvent intéressants et des lumières assez belles. C’est un appel : le cinéma n’est plus ce qu’il était. Car, en comparant ADAMS AEBLER et ON NE DEVRAIT PAS EXISTER, nous finissons par démontrer qu’il n’existe pas de règles. Chaque règle n’est valable qu’à moment donné et pour un film donné.

C’est la règle.

            En ce qui concerne CONVERSATIONS WITH OTHER WOMEN, la règle est de filmer Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart en split screen. Chic ! (Eh oui, le freak c’est chic !!!) Moi, j’adore ça le split screen ! Et moi, le Chamois d’or. Hans Canosa divise l’écran en deux et grâce à deux caméras qui filmaient en même temps, nous avons la femme d’un côté et l’homme de l’autre. Suffit juste que chacun soit tourné du bon côté et le jeu des cubes qui s’emboîtent peu débuter. Dès le début, le tigre dans le moteur rugit plutôt pas mal. Le parti pris est épatant. Cet isolement de deux personnes qui entretiennent une conversation se marie très bien avec le split screen. Mais passé son intérêt premier, il se contente de rester systématique. En accord avec son sujet, certes, mais sans aucun souffle lyrique. Besoin de vues d’ensemble, de focales différentes, de perspectives plus torturées que celles proposées, de mouvements etc. CONVERSATIONS WITH OTHER WOMEN n’est juste qu’un petit film très paresseux, qui part d’une envie prégnante de faire du cinéma, puis s’y love, s’en repaît et finit par s’atrophier par manque d’aération. Et pourtant les atouts sont nombreux. A commencer par les dialogues qui sont d’une fine justesse, mis en valeur par un rythme de mise en scène très à propos. Mais s’engluer dans un split screen qui ne se renouvelle pas, c’est lutter contre le champ/contrechamp (ce qui peut être une belle réussite) en voulant avoir le beurre, l’argent du beurre, le lait, la vache, la crémière et son œil de verre. C’est refuser un montage qui donne du souffle et de l’espace. Tout montrer pour ne rien laisser échapper. Le spectateur n’aura qu’à regarder où sa propre vision du film le portera. C’est assez juste si l’on prend la peine de varier ce qui rentre dans le cadre. D’ailleurs, les seules fois où le procédé redevient pertinent c’est lors des flash-backs instantanés. Beaux et incisifs. Gourmandises un peu trop éparses pour égayer un film intelligent à l’allure fort sympathique. Et par l’étang qui BENOIT FORGEARDcourt c’est déjà beaucoup.

            Benoit Forgeard, lui, est étranger. Les signes ne trompent pas, ce sont toujours les maris. En France, un comique rit à ses blagues pour montrer au public où il doit s’esclaffer. Eh oui ! Sinon comment voulez-vous qu’il le sache ? Il ne peut pas savoir. Le public français ne sait pas ! Il ne sait déjà pas où il doit s’asseoir quand il va voir le comique sur scène… C’est pour cela qu’ils ont mis des ouvreuses à l’entrée des théâtres. Elles s’occupent de lui dire où il doit s’asseoir tandis que le comique lui dit où il doit rire. Et comme le système marchait vraiment bien, ils l’ont étendu à la politique. Ils ont créé les impôts, pour qu’il sache quand il doit se faire boxer le ver solitaire. Il y a même une légende qui dit que c’est l’inverse. Que ce sont les impôts qui ont été créés en premier. C’est la fameuse théorie conspiratrice du « tu te fais baiser, et pour éviter que tu gueules, tu vas t’asseoir et tu te marres ».

En tout cas, c’est de cette manière que se définit un comique dans nos contrées. Et pour le faire rire ce public, il utilise une panoplie où se côtoient Stabilo, gyrophare et string à paillettes. Il ne recule devant rien. Mais Benoit Forgeard n’appuie jamais ses effets. Il n’est donc pas français. CQFD. Dans sa trousse à panoplie ne réside qu’une moustache qu’il arbore ostensiblement en plein milieu du visage, pour mieux nous provoquer de sa distinction. Il existe pourtant tellement d’autres moyens de rendre hommage à cette étoile jaune filante de Guy Môquet ! Mais il n’était pas moustachu Guy Môquet ! Et alors ? Benoit Forgeard, lui, n’est pas juif ! Mais s’il n’est ni français ni juif, qu’est-il exactement ? Benoit Forgeard est un jeune réalisateur très doué. Et comme il est aussi très singulier, ses films son tout à son image. Moustachus ? Son dernier en date est un moyen métrage qui a pour titre BELLE-ILE-EN-MER et qui nous était projeté mardi dernier, dans ce toujours très accueillant Cinéma des cinéastes.

Nouvel exemple de son humour si fin qui s’appuie sur tout ce qu’il y a d’étranger chez lui.

C’est la théorie de l’anti-gyrophare. Au lieu de diriger ses comédiens avec l’intonation adéquate (vous savez, celle qui fait dire au public que c’est ici qu’il doit rire pour oublier ses larmes), Benoit Forgeard préfère la qualité de l’écriture et de la mise en scène. Souvent, il marque ses effets par un léger temps. Un léger silence. Le temps de réalisation. Le gyrophare ne s’allume ni ne tourne. Le spectateur face à lui-même. De ces petits moments subtils, BELLE-ILE-EN-MER en est rempli.

Le film affiche aussi sa très grande qualité d’ingéniosité à travers le personnage d’Alain Souchon (rien à voir avec le cycliste Jan Ullrich). Très belle idée que de ne pas avoir proposé le rôle au chanteur homonyme très connu, ni à Jeanne Mas. Encore plus belle idée d’avoir choisi un comédien au physique antipodique. Moi, ça m’a toujours exaspéré ces metteurs en scène qui recherche la ressemblance physique plus que le personnage. Et je pense tout particulièrement à Robert Hossein et à son Charles de Gaulle qui faisait plus du Gérald Dahan que du théâtre. Tu le vois bien là, le gyrophare ?

Autre chose qui se voit un peu trop dans BELLE-ILE-EN-MER, c’est cette mauvaise qualité d’image puisque filmé en numérique. Et là je m’interroge, car s’il existe dans ce film une réelle qualité d’exigence et de cinéma iconoclaste, elle est en partie gâchée par ce choix que nous espérons plus financier qu’artistique. Je préfère me souvenir du prestigieux déroulé de cadres en totale symbiose avec le rythme de la mise en scène. La petite cerise sur le gâteau étant que, si BELLE-ILE-EN-MER est franchement porté sur la comédie dans sa première partie, il ose une belle pirouette vers ses deux tiers en métamorphosant la machine narrative. Un flash-back vient compléter l’histoire principale pour prendre sa place petit à petit. Permutation qui évite l’excès. D’une comédie au profil poétique, BELLE-ILE-EN-MER évite de partir dans une surenchère de délire comique (qui aurait pu s’exiler jusque dans l’absurde tout en restant aussi drôle) pour exploiter les petites touches que le film esquisse de-ci de-là. Ce flash-back permet de varier les plaisirs et d’inverser les rôles en portant la poésie au premier plan, nourrie en fond sonore par les facéties que la plume de Benoit Forgeard dicte à son papier granuleux. Inversion des personnages à la fois belle et tragique, Sylvain Dieuaide qui devient au fur et à mesure le personnage qu’il admire. Le vampire vampirisé. Mais tout cela, ce n’est que l’influence de Belle-île-en-mer…

Comme nous, à « La lumière vient du fond », nous l’aimons bien Benoît Forgeard, tout ce que nous lui souhaitons c’est de pouvoir vite passer au long, pour ne pas être étiqueté « réalisateur de courts ». Mais à ce qu’il se murmure dans les couloirs du Cinéma des cinéastes…

Nous en reparlerons avec des mots.

            Dans la série « mes neurones sont de sortie », aujourd’hui Casterman (label KSTR) fait des siennes. Suite à la sortie de leur album « Vilebrequin », le dessinateur Obion et son scénariste Arnaud Le Gouëfflec se retrouvent dans une situation d’impuissance face à un ouvrage qu’ils ne reconnaissent pas comme le leur et qu’ils refusent de dédicacer. La cause de tout cela provient d’une erreur d’impression qui a occasionné une perte de qualité impardonnable. Alors que l’emploi du noir et blanc servait à créer de la profondeur, il a été remplacé par des niveaux de gris qui ne témoignent pas de la véritable grâce visuelle recherchée. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, une erreur a décalé d’une page toutes les planches. Ce qui aurait pu ne pas être très gênant pour de nombreuses autres bandes dessinées, rompt ici tout le charme d’une recherche graphique qui s’attarde sur la symétrie des vis-à-vis. Ce qui aurait dû donner cela : 

VILEBREQUIN  

VILEBREQUIN

Dans un communiqué officiel, Didier Borg (directeur du label, et qui n’a rien à voir avec le jouer de badminton) promet qu’une nouvelle impression vient d’être lancée et que les albums seront remplacés au plus tard à la fin du mois de juillet. Oui, mais « on ne corrige pas une bêtise en en faisant une autre » comme disait François Mitterand à Vittel. Car, si l’album va sûrement être respecté dans sa version d’origine (mais niveau qualité d’impression le doute demeure), la première version défectueuse va jusque-là rester disponible à la vente. C’est pourtant son retrait que réclamaient ses auteurs, sachant en connaissance de cause que la vie d’un album se joue dès ses premières semaines d’existence. Or, pire que tout, Didier Borg affiche sa non-compréhensite aiguë, ne souhaite pas cette sortie des rayons, trouve que l’album « présente dans cette première édition une pagination qui, sans empêcher la lecture de celui-ci, n’est pas pour autant optimale » (!!!), essaie de faire signer un papier aux auteurs pour ne pas qu'ils ébruitent l'affaire et exhorte à s’en procurer un exemplaire avant de se faire son opinion.

Du bon travail de gougnafier bien installé dans son fauteuil en rotin, et qui ne se préoccupe que de tresser des gypsophiles. Jean Goret Productions. Car le cœur du problème se trouve bien ici. Le manquement de symétrie de l’album est inversement proportionnel à celle qui rapprochent les éditeurs de bande dessinée des producteurs de cinéma (et je ne dis pas qu’ils sont tous comme cela, heureusement !). Et qui qui l’a signé le bon de tirage de « Vilebrequin » ?

D’autant plus dommage que « Vilebrequin » allie un dessin particulièrement agréable à un scénario plutôt réussi. Cette histoire d’un as du cambriolage de haut vol (et un gyrophare qui souligne le jeu de mots, un !) bénéficie pourtant de cadrages chiadés et d’un souci du détail très réjouissant. En temps normal, ça vaut largement son prix. En temps normal, chacun fait bien son boulot. En temps normal, on ne dit plus « en temps normal ».

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Lundi 18 juin 2007

            « Moi, quand je serai grand, je serai Jean-Pierre Dionnet » qu’il m’avait lancé le gamin. Moi, ça m’avait propulsé le mélangeur en serpentin parce qu’à 6 ans, normalement, tous les moujingues veulent être soit policier, soit pompier, soit astronaute, soit concepteur de sprays nasaux. Mais pas Jean-Pierre Dionnet !!! « T’es bien sûr de ta petite affaire ? » que je lui ai rétorqué en pensant qu’il vaut mieux être sourd que de rien entendre.

- Tu sais, Jean-Pierre Dionnet c’est un métier complètement bouché. Y’a qu’une place pour des milliers de postulants. En plus elle est occupée depuis de nombreuses années et elle n’est pas prête de se libérer. Et puis tu te rends compte du travail que c’est ? Tu te sens capable de nous faire croire qu’un film fait en carton pâte et avec des figurants qui se cassent la gueule est passé à deux doigts d’être le nouveau CITIZEN KANE ? Tu penses que tu arriverais à mentionner Barbara Steele toutes les deux phrases trois quarts ? Et d’abord qu’est-ce qu’il en pense ton père de toute cette gasconnade ?... Comment ?... Mais non c’est pas moi !... Mais je te dis que c’est pas moi, ça peut pas être moi, ton père !... Comment pourquoi ? Mais parce que… Parce que je n’ai pas pu faire un morveux comme toi, c’est pas possible !... Eh bien regarde ta tronche tu comprendras… Ta mère à la limite, d’accord. Mais moi si je faisais un gosse il ressemblerait certainement pas à ça !... Ouais, c’est ça, chiale. T’auras peut-être un oscar… Quoi, « y’a des preuves » ? Fais voir ces papiers… Alors… Alors ça expliquerait pourquoi t’es toujours dans nos basques depuis 6 ans…

            Si je parle aujourd’hui de Jean-Pierre Dionnet, c’est parce qu’une grande partie du cinéma contemporain semble être faite dans l’unique but de lui faire plaisir. Jean-Pierre Dionnet comme le parangon médiatique d’une population émergée de la culture télévision, magnétoscope puis peer to peer. Car le cinéma contemporain est un terrain balisé par des références illustratives transcendantales. C’est un cinéma qui est fabriqué par des personnes abreuvées de culture cinéphilique et la plupart du temps cinéphages.

DEATH PROOFC’est à cela que nous renvoie le DEATH PROOF de Quentin Tarantino. Film ultra-colligé qui replace le cinéma dans un contexte métaphysique lourd de structures et de champs lexicaux. Il est vrai que, depuis RESERVOIR DOGS, Tarantino nous abreuve du cinéma qu’il a connu en tant que spectateur et qui lui a donné tant d’émotions. Chacun de ses films est une expression d’un pan du cinéma dans sa plus large définition. Avec DEATH PROOF, il nous flatte une nouvelle fois par la voie du contre-pied. Regarder à gauche du gardien pour tirer en pleine lucarne, à droite. Avec toute notre bénédiction, il entreprend de prouver que le cinéma n’a nullement besoin d’un scénario machiavéliquement ficelé pour tenir en haleine le spectateur (comme le pensent les producteurs) ou, plus simplement, pour émerveiller les principaux concernés par les réactions qu’il arrive à créer en eux. Acceptons d’articuler une nouvelle fois notre réflexion. Jamais (même si l’on nous obligeait à lire du Guy des Cars) nous ne ferons l’apologie du cinéma sans scénario, mais nous continuerons à brandir un pavé levé bien haut à l’encontre du scénario à qui l’on inocule couronne, sceptre, fleur de lys, Légion d’Honneur et haut débit (haut débit de conneries). Continuer à croire que le scénario fait le film et que l’on va au cinéma pour voir une bonne histoire, c’est s’enfermer dans la cage dorée du vieux jeu, de celui-ci qui ne voit que ce qu’on lui montre et qui n’apprend à réfléchir qu’à partir de ce qu’il connaît.

Bon, jusqu’ici pour placer ne serait-ce qu’un seul Barbara Steele faut déjà avoir loupé son bac avec mention très bien…

Au moins, Quentin Tarantino à cette qualité d’honnête artisan qui peut parler des sources de son métier. Culture assimilée et refondée selon sa propre vision. C’est parce qu’il déstructure tout son rapport au cinéma que Tarantino est passionnant. C’est ici qu’il convient de préciser un air repris en chœur par la plupart des critiques à l’occasion de la sortie de DEATH PROOF, et qui s’avère une erreur d’incompréhension totale de son cinéma. Idée reçue. Il est faux de dire que Quentin Tarantino nous a donné un film comme on les faisait dans les années 70. Dès le début, lorsque Sydney Tamiia Poitier s’allonge sur son divan, elle reproduit à peu de choses près la posture de Brigitte Bardot (dans LES BIJOUTIERS AU CLAIR DE LUNE) qui se trouve sur le poster la surplombant. Il ne s’agit absolument pas de mimétisme. La position est clairement inspirée mais nullement copiée et nous passons du noir et blanc à la couleur, du passif à l’actif. Et la suite du métrage prouve exactement ce que l’intention dicte. Tarantino ne se contente pas de refaire exactement comme dans les années 70 mais, comme il connaît ce cinéma sur le bout des doigts, il en a extrait sa substance pour nous la resservir dans ce qu’elle a de plus jubilatoire. Il n’est jamais question de duplicata. Indice essentiel : le second degré que le réalisateur place tout au long de son film. Tout ce qui faisait le charme de ces projections d’antan est ici récupéré et fondu au sein d’une connivence complice et tendre. Mauvaise qualité de la pellicule, image qui saute, faux raccords, anachronismes, montage désastreusement risible etc. Personnellement, j’ai un petit faible (tiens ! Moi c’est le contraire, j’ai une grosse dure) pour les images qui défilent par les fenêtres de la voiture lors de la première virée automobile. C’est pour cela que je parle de déstructuration puisque nous assistons à une refonte des codes, qui ne sont plus vécus comme inhérent à la construction matérialiste du film mais comme la recherche d’un impact non prévu. Ce n'est donc pas un film comme, mais un film à la manière de. Tarantino, cinéaste du décalage.

Ce décalage se retrouve dans son obsession à toujours vouloir surprendre scénaristiquement (et c’est là où le scénario est habile puisqu’il s’articule autour d’un seul postulat : un homme qui veut faire la peau à des jeunes femmes. Rappelons que FULL METAL JACKET c’est un jeune homme qui part à la guerre et puis basta). C’est très net avec la formidable mise en scène de l’accident et avec le retournement de situation de la deuxième partie. Lorsque le carton (maladroit) elliptique apparaît, le film mute. Débarrassé d’une image sale et cahoteuse, le film va bénéficier de toute la première histoire pour préparer le terrain d’un revirement aussi violent et frénétique qu’inattendu. Cette conversion témoigne d’un vrai changement dans la manière d’appréhender le rapport homme/femme. A l’image de la plupart des films de Tarantino, la première partie est assez intemporelle. Même si elle est très contemporaine, elle fait clairement référence aux années 70 de par sa forme, nous l’avons vu ; alors que cette deuxième partie est ouvertement inscrite de nos jours. Excitant mélange des temps ! Et ce changement (qui est avant tout sociétal, mais ce n’est pas développé car Tarantino n’est ni un cinéaste réaliste ni un cinéaste préoccupé par le monde qui l’entoure) se reflète d'a