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Vendredi 30 septembre 2005

COP LAND

            Depuis sa reconversion, Sylvester Stallone s’est surtout illustré dans le pire (DRIVEN, CLIFFHANGER…) et plus rarement dans le meilleur (COP LAND). Dans SHADE, il tape dans le juste milieu en continuant à nous gratifier d’une prestation sobre et efficace. L’aura du comédien servant parfaitement le personnage, sa composition vient confirmer son talent, qui n’a jamais été et ne sera jamais exceptionnel, mais qui est surtout très éloigné des mauvaises critiques qui le poursuivent. Mauvais, il l’a sûrement été dans quelques films, car mal dirigé. L’indigence de ces films et de mauvais choix de carrière ont bâti cette réputation qu’il ne mérite pas. Nous parlons tout de même de RAMBO ! Un film qui a marqué toute une époque par le débat sur la violence qu’il a lancé. Il est un peu à part puisqu’il est le seul qu’il faut sauver de toute la filmographie de Ted Kotcheff. Même si sa mise en scène n’a rien de particulièrement brillant, elle serre le propos par sa concentration minimaliste sur l’histoire, par son exploitation de la violence sous un angle très brutal et surtout par sa direction d’acteurs irréprochable. Brian Dennehy y est à son summum ! Ce film fonctionne encore aujourd’hui car il est axé non pas sur ces effets stylistiques, mais sur la véritable déchirure qui fait de John Rambo un personnage qui cherche à se reconstruire intérieurement. Il n’a jamais été aussi bien exploité que dans ce premier volet et c’est en grande partie pour cela que les deux suivants sont aussi médiocres. Le symbolisme médiatique a eu raison du concept artistique. Pourquoi Georges Moustaki n’a-t-il donc jamais été un symbole ?

Pour en revenir à Sylvester Stallone, c’est une assez grande joie de le retrouver dans le petit film qu’est SHADE. Mélanie Griffith espère aussi y faire un come-back qui relancerait sa carrière, mais elle ne s’en donne pas vraiment les moyens. Ce n’est de toute façon pas une actrice pour grands rôles. Elle ne nous a convaincus qu’une seule fois et c’était dans SOMETHING WILD. Elle y était éblouissante mais je doute qu’elle retrouve jamais pareil rôle.

SHADE est un film qui joue à cache-cache tout seul. Il est malhonnête et méprise son public secrètement. Tout pourrait très bien tenir debout si ce qu’il nous montre s’avérait être ce qui se joue entre les protagonistes de l’histoire. Mais ça ne l’est pas. La vraie fin, écrite uniquement pour prendre le spectateur à contre-pied, ne le surprend que par la superposition de niveaux de lecture, qui l’exclut donc sans véritable raison. Quand il y a un véritable mystère, comme dans THE USUAL SUSPECTS, le procédé est efficace. Dans SHADE il est d’autant plus inutile qu’il ne tient pas la route dès la seconde vision du film. Les réactions de certains personnages ne sont plus cohérentes et ne sont convenues que pour se lire dans un seul sens, celui destiné à tromper le spectateur.

C’est dans le même esprit que l’on peut s’affliger que SHADE soit un peu trop bavard. Car il signale constamment des faits que la réalisation ou certains silences seraient plus à même de renforcer. Manque de talent par manque de confiance au public. Le public a 4 ans ! Certes. Mais ne comprend-on pas déjà beaucoup de choses à cet âge-là ? Georges Moustaki était un mauvais exemple à cet âge-là.ENTRE SES MAINS

            Dans les sorties de la semaine dernière, il me fallait choisir entre le Kerrigan, le Miike ou le Fontaine. Parti pour voir la dernière petite perversion japonaise, le classicisme français a eu raison de moi. Un film français ? Au cinéma ? Je sais, il me prend parfois des accès de démence passagère où je commets les actes les plus fous, allant même jusqu’à traverser en dehors des passages piétons en cas de crise aiguë. Ce jour-là, je me jetai entre les mains d’ENTRE SES MAINS. Surtout pour le charme d’Isabelle Carré, vue à Avignon cet été et relatée dans un précédent article. Fidèle à elle-même, elle se fait délicate et sensible avec des accents maternels qui résonnent par la justesse des approximations et des doutes qui composent son personnage. Dès les premières images, c’est donc un plaisir énorme que nous avons à la retrouver en compagnie de Benoît Poelvoorde. Acteur exceptionnel lui aussi, je ne serai pas aussi dithyrambique à son égard que la presse a bien voulu l’écrire. Effectivement, si on le compare aux différentes prestations dont il a l’habitude de nous délecter, il cesse les délires extravagants au profit d’une sincérité plus ascétique. Même s’il faut saluer sa justesse, il est exagéré de le porter au pinacle. On voit d’ailleurs toutes ses limites lorsqu’il doit assumer les troubles mentaux de son personnage et notamment les jours de crise. Il reste ancré dans une seule couleur qui affaiblit ses tourments intérieurs. Isabelle Carré nuance beaucoup plus les différents niveaux sur lesquels jouent son trouble et ses tâtonnements constants. Ce contraste entre eux deux vient principalement d’une disproportion flagrante entre les deux personnages. Celui d’Isabelle Carré est plus développé.

ANNE FONTAINEAnne Fontaine ne s’entend qu’à filmer le parcours d’Isabelle Carré. Celui de son partenaire masculin l’intéresse beaucoup moins, et ce pour une mauvaise raison. Elle cherche en effet à poser un point d’interrogation sur Benoît Poelvoorde. Serait-il ou non ce fameux serial killer qui sévit dans la ville de Lille ? Les différents indices qui jalonnent le film nous apportent très vite une réponse positive qu’elle ne viendra confirmer que bien trop tard. Inutile. Pourtant, à partir du moment où cette faille est révélée, on se met à penser que nous allons pouvoir suivre le serial killer et en apprendre un peu plus sur ce personnage bien étrange. Mais là encore, elle préfère se concentrer sur Isabelle Carré et ne nous donne qu’une vague explication sur les origines violentes de Poelvoorde, qui viennent (bien évidemment) de son enfance et plus particulièrement de son père. Tout ce qu’il ne faut pas faire ! Je hais tous ces films qui se permettent d’expliquer les causes des actes d’un quelconque tueur, en 30 secondes et 3 phrases et demie. Nous sommes dans des sphères plus complexes et un petit coup de baguette freudienne ne permet pas de dénouer tout cela de manière aussi claire.

Pour moi, nous sommes ici dans une différence fondamentale qui oppose le cinéma féminin du cinéma masculin. Ou plutôt du cinéma fait par des femmes au cinéma fait par des hommes. Anne Fontaine ne sait pas parler des hommes, c’est pour cela que Benoît Poelvoorde (pourtant plus riche) l’intéresse moins qu’Isabelle Carré. Toutes les subtilités de la psychologie masculine (si, si, il y en a ! Georges Moustaki est un mauvais exemple) n’ont jamais été révélées, étudiées ou alimentées par une quelconque réalisatrice. Au contraire, Ingmar Bergman est l’un des rares cinéastes masculins à parler des femmes comme personne ne sait le faire. On pense souvent qu’il a tout compris aux femmes. Georges Moustaki est encore un mauvais exemple. 

Dès le début du film, l’histoire part sur des pistes qui laissent envisager une histoire d’amour d’une facture peut-être académique, mais qui en fait la meilleure partie du film. La rencontre entre les deux comédiens est le moment le plus émouvant du film. C’est bien écrit, très fin, la découverte des personnages est délicieuse par leur singularité et l’on se laisse prendre par ce qui se trame sous nos yeux. Il vaut parfois mieux raconter des histoires qui ont déjà été traitées. La banalité est notre quotidien. L’originalité compense l’exceptionnel.

A DIRTY SHAME            Let’s talk about sex. 

            L’adolescent lubrique que j’ai été se serait sûrement repus du dernier film de John Waters : A DIRTY SHAME. On y parle sexe, on y pense sexe, on y rêve sexe, et tout le monde fait du sexe une sorte de demi-dieu en vertu duquel il est nécessaire d’accomplir nombre de glorifications.

Cinéaste de l’excès, John Waters réalise des films pornographiques depuis un long moment. Dans ses films les gens n’ont qu’une seule et même idée en tête. Ils en sont comme obsédés. Et tout se déroule selon leur logique dans une absurdité qui rend le quotidien plus insolite et plus agréable. Il nous parle enfin de la libre expression de nos désirs profonds, qui sont habituellement refoulés du fait de nos liens sociaux.

Je crois fermement qu’il existe deux personnes en nous (c’est notamment pour cela que je parle souvent de moi à la première personne du pluriel sur ce blog). Celle que l’on pourrait associer au concept du moi freudien est aussi celle qui se révèle lorsqu’un coup violent vient frapper (le vilain cliché !) chaque personne à la tête dans A DIRTY SHAME. Le changement est radical et la personne n’est plus conditionnée que par une seule idée : du sexe, du sexe, du sexe !!! Encore une racine commune avec le bon Sigmund : tout est sexe. Nous sommes bien évidemment ravis de ces déchaînements libidineux et irrévérencieux envers toute une majorité de la population américaine que le cinéaste ne cesse de provoquer à travers ses films. C’est pour cela que le cinéma de John Waters est aussi plaisant. Mais son extrémisme s’est pourtant fait plus discret depuis les années 90. Même si A DIRTY SHAME nous promet des moments de grande liberté existentielle, il manque la véritable audace qui n’en ferait pas un film engoncé dans un puritanisme qu’il dénonce. Pour parler autant de sexe, il n’en montre que très peu. A ce titre il faut saluer l’extraordinaire poitrine de la non moins érotique Selma Blair, l’actrice au potentiel sexuel le plus gargantuesque (Todd Solondz l’avait déjà compris dans le fascinant STORYTELLING). Voici un rôle parfait pour elle.

Suite à CECIL B. DEMENTED nous nous demandions si John Waters était encore aussi virulent qu’il avait pu l’être il y a quelques années. Le film était formidablement pauvre. Avec A DIRTY SHAME, il réalise un de ses films les plus perspicaces sur la société actuelle. Il grossit le trait pour en faire une farce dont le comique populaire est le plus a même de toucher le public visé. C’est un style que quasiment plus personne n’utilise et c’est aussi pour cela qu’il convient de continuer à saluer son travail.SELMA BLAIR

Dans la seconde partie du film, la pudibonderie qu’arbore Selma Blair avec son tour de poitrine et sa robe de jeune fille prude est une expression de l’incorrection civile contemporaine, plongée dans un abîme de perdition. Il n’y a plus de juste milieu. C’est « baise-moi » ou « attache-moi ». C’est aussi dans ce sens que j’ai employé plus haut l’adjectif de « demi-dieu » pour parler du sexe. C’est la double lecture que l’on peut faire d'A DIRTY SHAME : film pornographique ou film religieux. Comme on peut le voir, c’est par la foi que les parents de Selma Blair essaient de faire en sorte que leur fille retrouve le normalisme de la société. Les excès de la religion passent alors comme une pornographie psychologique qui utilise les mêmes procédés que le demi-dieu du sexe. A-t-on vraiment envie d’entendre sa fille prononcer ces quelques mots : « Je suis une femme et mon bas-ventre est une cathédrale où l’on n’entre qu’à genoux » ? Heureusement, la pornographie n'est pas le sexe.

GREETINGS            Côté irrévérence, Brian de Palma se posait là au début de sa carrière. En 1968, il tournait GREETINGS. Aujourd’hui il est mondialement connu pour des chefs-d’œuvre tels que PHANTOM OF THE PARADISE ou CARLITO’S WAY, mais ce que l’on sait moins c’est que ses premiers films sont composés de comédies qui ne sont jamais sorties en France ! C’est une aberration. GREETINGS est insolent comme seuls l’ont été les films de cette époque. C’est impertinent, limite subversif et surtout très très drôle. Il était difficile de soupçonner cela chez de Palma au vu de la totalité de ses films sortis en France. Comme il est capable du meilleur comme du pire (MISSION TO MARS) on se demande vraiment pourquoi il n’est pas revenu à la comédie. Il est étonnant de voir que jusqu’à BODY DOUBLE, son parcours est parfait alors qu’il va commencer à se déliter avec WISE GUYS puis évoluer constamment sous forme de montagnes russes. Cela fait 12 ans qu’il n’a pas réalisé un bon film et nous attendons beaucoup du BLACK DAHLIA qui sortira l’année prochaine.

GREETINGS, lui, tient toutes ses promesses. De Palma y développe déjà certains thèmes qui vont devenir récurrents dans sa filmographie à venir. Et notamment le voyeurisme, qu’il a largement traité. Les références à Antonioni sont très explicites et le mystère autour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy l’obsède déjà. Ces deux éléments seront associés et développés dans BLOW OUT. Mais le principal point de satisfaction est toutes les expérimentations stylistiques qu’il ose. Omniprésence de la musique, plans exagérément longs, liberté de ton, improvisation, restriction du champ de l’image, nudité etc. C’est ici qu’il exploite tout son talent à travers notamment une très forte influence de la Nouvelle Vague française. GREETINGS est particulièrement osé et ingénieux. Il semble qu’il y ait un élément que de Palma a perdu au cours des années et particulièrement au milieu des années 80 : le plaisir. Dans GREETINGS, la joie de faire du cinéma est palpable. C’est un émerveillement qui témoigne d’une sympathie exponentielle auprès du public.

Tout n’est que plaisir. Georges Moustaki est toujours un mauvais exemple.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Jeudi 22 septembre 2005

            Je vous avais promis de ne pas vous parler du film de Ron Howard. J’ai donc tenu mon engagement puisque je ne me suis pas rué en salle dans le but de pouvoir vous régaler de quelques commentaires visant à le réduire en poussières, ou plutôt en cendres, puisque poussières il l’est déjà et qu’il n’aurait pas besoin d’y retourner. C’est dans un grand questionnement métaphysique que je me torturais l’esprit, me demandant quelle part réactionnaire en moi prenait l’ascendant et me poussait à juger un film sans l’avoir vu. Non, je ne juge pas CINDERELLA MAN, mais Ron Howard. Il fait de mauvais films. Il en a fait beaucoup et il continuera à en faire tant qu’il aura du succès. Je ne devrais pas employer ce mot, d’ailleurs. Le succès ne se mesure pas à l’applaudimètre.

Pour mettre fin à cette dualité masochiste qui me déchirait, c’est en écoutant je ne sais plus quelle station de radio que j’entendis un auditeur râler contre ce film abominable qu’il déconseillait car il manquait dix minutes à la fin du film. Ron Howard avait donc oublié de recharger sa caméra. Il n’a pas pu filmer la fin de son film mais a décidé de le sortir quand même. Ou peut-être que sa dernière bobine s’est égarée d’elle-même. Un objet pourrait-il avoir si bonne conscience envers tout un peuple ?NICOTINA

Toujours est-il qu’il ne faut pas aller voir CINDERELLA MAN car « il n’y a pas de K.O. à la fin et le combat ne se termine même pas » (informations non vérifiées). Peut-être aurons-nous droit à une suite : SNOW WHITE MAN ou ROX & ROUKY MAN.

Oui j’ai révélé la fin du film. Et alors ? L’intérêt d’un film ne repose pas sur sa fin. Je déteste cette sacralisation par morceaux. Nous regardons tous des films que nous avons déjà vus et même plusieurs fois. Ne jamais annoncer une fin cela sous-entendrait qu’on ne peut voir un film qu’une seule fois. Aberration. Ou attitude réactionnaire. Pour les insultes, c’est la colonne de droite. Bon, je vous l’accorde il est quelques exceptions. Comme pour toute règle. Par exemple, pour CITIZEN KANE il est important qu’on ne sache pas que Rosebud c’est le nom de la luge. Quoi ? Mais non, je ne l’ai pas dit. Ah si ! Tant pis, moi je m’en fous, je l’ai vu.

            Entendu aussi à la radio qu’ils étaient en train de tourner une série sur le meurtre du petit Grégory. L’innovation vient du fait que cette reconstitution historique sera traitée de manière totalement objective. Objective ? Alors que la série sera adaptée d’un livre écrit par l’ancienne petite amie d’un des juges de l’affaire ? Objective, alors que depuis plus de vingt ans les médias ne cessent de ressortir cette affaire au point de diviser l’opinion publique et de créer une telle hystérie collective ? On peut toujours invoquer de bonnes raisons et se mentir à soi-même, mais on ne peut pas vendre des cachous pour du caviar. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, L’AFFAIRE DUTROUX en prime-time arrive… Ils avaient aussi décidé de s’atteler à une série sur la vie de Georges Moustaki, mais finalement ils vont en faire un court métrage. Heureusement que personne ne les regarde. 

            Hugo Rodriguez n’avait réalisé qu’un seul film avant NICOTINA. Il s’appelle EN MEDIO DE LA NADA et date de 1994. Ce titre qui résonne comme une réplique perdue semble plus évocateur que le simple NICOTINA. Comment peut-il dire ça ? Il n’a même pas vu le film ! Attitude réactionnaire. Très attirant, le titre NICOTINA ne reste cependant qu’un mauvais titre au vu de l’importance de cette nicotine au sein du film. C’en est même d’une bêtise crasse. Fumer tue. Le tabac oui, mais la nicotine ? Même combat. Et les goudrons ? On fera une suite ! Bon, d’accord, il y a des personnages qui fument et en meurent et puis d’autres non, mais quelle importance peut-on accorder à ce message simplet qui insiste sur les conséquences néfastes de la nicotine ? Et pas du tabac, on vous l’a dit et redit ! Ce n’est d’ailleurs pas le vrai message du film puisqu’il n’y en a pas de toute façon. Mais je dois avouer qu’un film qui finit par faire mourir ses personnages principaux ne peut pas être si mauvais que cela. D’ailleurs tous ceux qui fument ne meurent pas, c’est toute l’ambivalence de la dialectique.

Pourquoi est-ce si plaisant alors, monsieur Je-Sais-Tout ?

Tout d’abord parce que le montage fait le film. Moi qui aime les mises en scène chorégraphiées, me voilà servi ! Il faut s’attacher à la manière dont toutes ces scènes sont montées en accord avec les différentes partitions musicales. Cela ne souligne en rien le sujet du film et ne fait que donner corps à une ambiance et une énormité très divertissante. Enorme, c’est bien le mot. A tel point que nous sommes souvent à deux doigts de frôler la farce. XAVIER DURRINGERAu début du film, le montage se fait excessif et nous abreuve de quantités de précisions qui trament le fil de l’histoire. C’est beaucoup et parfois il prend l’envie au monteur de s’attacher sur des détails qui se posent en points d’interrogations, mais qui trouvent tout leur sens quelques minutes plus tard. C’est très riche. Beaucoup d’idées, beaucoup de plans, beaucoup de personnages. Et ça va à 100 à l’heure. Ca se calme un peu par la suite même si le délire s’épaissit. Mais la plus grande réjouissance c’est que le scénariste qui s’attachait à développer les vies de ses personnages, s’en défait à la fin comme si tout cela n’avait plus d’importance. C’est absurde. C’est très drôle. C’est aussi très drôle car c’est absurde.

Ce n’est pas toujours très bien filmé et c’est assez mal photographié. Ces accords de jaune et de vert semblent être une marque de fabrique du cinéma mexicain. Mais tout cela passe au second plan et le réalisateur semble s’en accommoder comme en une sorte d’auto-parodie qui jouerait sur les genres. Ainsi, les transparences qu’il utilise pour certaines scènes en voiture sont beaucoup trop voyantes pour être honnêtes. Le trait est grossi.

Peu de crédibilité donc pour cette histoire complètement folle qui s’acharne sur des personnages pris dans la tourmente de la survie. Plutôt que la nicotine, c’est cela le thème central du film. Chacun semble lutter pour sa survie. Survie au premier sens du terme mais aussi survie des constituants moraux, survie par et pour l’argent, survivre face à ses objectifs non réalisés etc. Evidemment certains meurent, d’autres non, et tout cela en dehors de toute logique. Il n’y en a pas. Pas plus que de coïncidence d’ailleurs. Bref, fumer ou ne pas fumer, le choix n’est plus si évident à la fin. Le tabac tue. Pas toujours. C’est un peu réactionnaire, quand même. Non ? En tout cas, il y a une chose dont on est sûr : vivre tue. Georges Moustaki a 71 ans.

J’IRAI AU PARADIS CAR L’ENFER EST ICI            J’ai une tendresse particulière pour Xavier Durringer. D’abord parce que je trouve que c’est un auteur formidable et ensuite parce que je tiens J’IRAI AU PARADIS CAR L’ENFER EST ICI pour l’un des plus beaux films français (le dernier plan sous la douche est purement et simplement magique). J’attendais donc beaucoup de son dernier film : CHOK-DEE. Les paumés qu’il décrit, ces déclassés de la vie, sont toujours des morceaux d’humanité très justes et très émouvants. Leur errance n’en devient que plus touchante par leur quête et leurs espoirs qui s’évanouissent. Généralement, ce sont eux les responsables de ces illusions perdues. Ici, la quête change dès le moment où Dida Diafat prendre conscience de son propre pouvoir. De l’influence sur sa vie. Cette compréhension marque l’évolution du cinéma de Durringer.

Le film s’attache plus au personnage qu’aux combats et à leurs côtés spectaculaires. Mais il manque un vrai point d’ancrage à cette histoire. Comme c’est agréable à regarder on suit en faisant confiance au guide, mais sans réelle conviction et sans véritable passion non plus. Au final, on n’apprend pas grand-chose si ce n’est que CHOK-DEE signifie « bonne chance ». Ca, j’ai le droit de le dire, ça n’arrive pas à la fin.

Côté comédiens, on comprend assez le choix de Durringer envers Dida Diafat. Sa présence exerce un certain magnétisme qui joue pour beaucoup dans l’attention demandée. Très vite, on sent les limites techniques qu’impose le métier de comédien, mais la mise en forme de son énergie parvient à en faire un personnage convaincant. Face à lui, Bernard Giraudeau paraît bien pauvre en technique de jeu et en composition de personnage. C’est désarmant de voir avec quel manque de naturel il essaie de nous donner une vague copie d’un sous-Pacino alors qu’il n’arrive à donner corps qu’à un Delon de téléfilm. Sa composition n’arrive pas à imposer la force intérieure de son personnage, qui est plus en démonstration que ne le suggère la véritable richesse de cet homme. Il devrait être considéré comme une sorte de sage alors qu’on ne voit qu’une petite frappe hautaine et prétentieuse. La simplicité nécessite plus de travail que cela.

FREDDY VS GHOSTBUSTERS            La dernière apparition de Freddy ne date pas de 2003 et ce n’était pas lorsqu’il se battait contre Jason. En 2004, il a aussi affronté les Ghostbusters dans un court métrage intitulé FREDDY VS GHOSTBUSTERS. On se demande bien pourquoi.

Lorsque vous voyez Alan Smithee au générique d’un film, vous pouvez logiquement vous attendre à voir un gros navet puisque c’est le nom qu’un réalisateur peut choisir de substituer au sien s’il ne considère pas que le résultat final le satisfait. Le voir au générique d’un court métrage paraît encore plus effrayant car si un réalisateur n’a pas toute liberté sur ce genre d’exercice, où l’aura-t-il ? Hank Braxtan a donc cosigné ce court avec celui-qui-ne-désire-pas-s’appeler. On se demande bien pourquoi.

C’est évidemment un court métrage bien effrayant qu’ils nous offrent là. Il devrait être montré dans toutes les écoles de cinéma pour comprendre tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma. L’idée (assez drôle, mais bon, après Jason faut pas déconner non plus ! C’est quoi le prochain ? FREDDY VS LA VACHE QUI RIT ?) est le seul argument de ce court un peu trop long. La caméra semble peser trois tonnes et demie tant elle ne bouge pas. Les maquillages sont hideux. Les plans de coupe sans énergie. Les effets spéciaux datent de 1982. J’en passe et je ne devrais pas. Pourquoi se donner tant de mal pour obtenir cette bouillie informe et particulièrement indigeste ?

J’aime bien les mauvais films, les films naïfs voire les films simplets mais uniquement s’ils me font rire. Alors ils ne sont plus si mauvais. C’est ce qui sauve les films de Ed Wood. On peut prendre aussi beaucoup de plaisir à voir U SAMOGO SINYEGO MORYA de Boris Barnet, le principe reste le même. Je crois que les films ont une religion. Ce ne sont pas les mauvais films que je déteste, mais les films qui ne croient en rien. Je suis peut-être plus raciste que réactionnaire, finalement.

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Dimanche 18 septembre 2005

THE PIANO TUNER OF EARTHQUAKES 

            Les grands sentimentaux que nous sommes devront attendre une année pour se satisfaire d’une nouvelle programmation de « l’Etrange Festival ». La dernière session vient de fermer ses portes. Nous allons pouvoir fêter notre retour à la vie, reprendre nos activités lucratives, recommencer à attendre avec impatience le prochain Renny Harlin, jouer à cache-cache tous nus dans un champ de maïs, prendre des cours de wolof avec un Sénégalais, tenter une recette de cuisine à base de petits pois farcis, pérorer sur le résultat d’un éventuel combat entre un ninja contre 37 pygmées, et plein d’autres activités aussi passionnantes les unes que les autres mais qui n’égaleront jamais l’attrait qu’exerce « l’Etrange Festival » sur nous. Quoique les cours de wolof…

Nous resterons donc sur le dernier film des frères Quay et les dernières notes de YOKAI HYAKU MONOGATARI de Yasuda Kimiyoshi. Etrange film japonais datant de 1968 qui s’adresse à un public adulte mais qui se regarde avec des yeux d’enfant. Il y a là-dedans plein de monstres qui sont censés faire peur mais qui provoquent plus de rires que d’effroi, tant ils sont archaïques et naïfs. L’Eastmancolor de cette époque est toujours sublime à regarder mais les monstres manquent d’imagination de la part de leurs créateurs et l’on se croirait plus dans une chambre d’enfants remplie de peluches plutôt que dans une salle de cinéma. Il faut prendre cela comme un conte, une légende assez terrifiante au demeurant, mais qui a du mal à s’affranchir d’un humour pas vraiment indispensable et pas toujours de bon aloi, ainsi que d’un onirisme singulier. Un univers féerique peuplé d’étranges créatures, qui n’est pas sans rappeler MONSTERS, INC. D’ailleurs, être un grand sentimental n’est-ce pas rester un grand enfant ?

Nous attendions beaucoup de THE PIANO TUNER OF EARTHQUAKES de Stephen et Timothy Quay. Autant le dire tout de suite, ce n’est pas cette attente qui a créé un gouffre de déception par la distanciation de ces opposés. Le film est d’autant plus douloureux que l’on pouvait sortir de l’auditorium du Forum des Images en pensant que nous étions passés à trois fois rien d’un chef-d’œuvre. Il avait tout pour nous plaire, romantiques que nous sommes, puisque les frères ont réalisé un pur film sur la passion. La passion n’étant pas l’amour, c’est un sujet par conséquent plus intéressant à exploiter cinématographiquement. Bien que le film soit raté, presque tout y est réussi.STEPHEN ET TIMOTHY QUAY

La lumière !!! Ils l’ont ici exploitée d’une manière divine. Elle est éblouissante, léchée, simple et semblant pénétrer tous les lieux de telle sorte qu’elle devient le décor. Les frères Quay ont repoussé certaines limites à ce niveau-là. C’est innovant et d’une beauté ! Attendrissante beauté du romantisme. D’ailleurs, on peut s’apercevoir de tout cela si l’on s’attache particulièrement à Amira Casar. Elle y est photographiée comme elle ne l’a jamais été et comme elle ne le sera probablement plus jamais. Oubliée l’image terne que son faciès véhiculait au fil de ses films ! Peu de personnes savent encore comment éclairer les acteurs. Pas d’une manière générale, mais en sachant percevoir les différentes mises en valeur d’un visage spécifique.

Le cœur du problème c’est la lente contemplation que cette beauté exerce sur elle-même. L’histoire n’est pas difficilement racontable, au contraire, et à quelques nuances près c’est assez facilement compréhensible. Mais le scénario est ténu. Et les rares moments de relance narrative n’ont pas assez de force pour donner autant de relief que le film aurait nécessité. Nous sombrons donc petit à petit dans une espèce de léthargie devant l’hypnotisme de ces images extraordinaires. Succomber à une image hypnotique comme racine commune au vocabulaire amoureux.

Disons que les frères Quay ont voulu trop bien faire. Tout cela est très appliqué. Devant tant de créativité, ils s’abandonnent à l’admiration de leur propre travail. Tout cela est très condescendant. Beaucoup de plans superflus ne signifient pas pour autant que le film gagnerait à être moins long. Ce n’est pas d’ennui dont il s’agit mais d’imperméabilité. Nous aurions pu voir un film mais nous n’avons vu que du travail.

Leur démarche reste cependant tout ce qu’il y a de plus fascinante. C’est un film difficile avec des moments de beauté intense et de chocs visuels. Ce genre de film raté ne saurait en rien être marqué du sceau de notre mépris. Bien au contraire. Voilà un style et des vues qu’il faut défendre car le cinéma c’est avant tout cela : fabriquer des moments uniques (c'est-à-dire non standardisés) et qui nous ouvrent sur des mondes insoupçonnés. Le distributeur français l’a bien compris, à l’image de ce que je l’entendais dire à la sortie de la projection : « Cela fait trois fois que je vois le film et je n’ai toujours rien compris ». Je vous aime, monsieur. Notons que Georges Moustaki réécoute sans cesse ses chansons et n’y comprend toujours rien non plus.

            Nous reparlerons très vite de « l’Etrange Festival », c’est promis. Les films pouvant faire partie de la programmation ayant toute notre attention. De ce fait, parlons un peu du phénomène SUBCONSCIOUS CRUELTY. Réalisé en 1999 par le primitif Karim Hussain, ce film ne vaut pas tout le tapage médiatique qui l’a entouré. Nous y avons échappé en France car le film n’est jamais sorti chez nous.

Quelle vacuité intellectuelle ! Tout n’est qu’une suite d’images et de scènes provocatrices, même pas de bon goût, mais surtout sans aucune originalité. Enucléation, castration, accouchement face caméra, inceste, cannibalisme et plein d’autres choses déjà vues et revues qui ne sont pas choquantes pour 4 euros 50 car filmées platement avec une pseudo musique new-age. Même les couleurs se la jouent artistiques : RED EYEla saturation des tons alliée à un noir alentour est d’un abject parti pris. Chez Gregg Araki, la même saturation fait au moins référence à des sentiments ou des situations alentours, prévenant ou soulignant quelque référence. Pourquoi tout cela ? Rien n’est dit. L’idée serait sans doute de flatter votre intelligence si vous y trouviez la moindre signification.

Monsieur Karim Hussain, vous êtes un mystificateur. Vous polluez nos esprits d’inepties immondes et à peine regardables. On voit ou on fait un film pour en tirer une certaine satisfaction. Je me pose des questions sur votre équilibre mental. Je vous en prie, dites-moi que tout cela vous apaise.

            Cet été nous avons beaucoup parlé des morts-vivants et de leurs cortèges funéraires. Wes Craven en rajoute une couche. Nous vous avions déjà annoncé sa mort au mois de juin. Chapitre suivant : il sort de sa tombe les pieds devant et nous livre un RED EYE encore pire que le précédent CURSED. Il confirme donc bien qu’il n’était pas le réalisateur d’un film mais d’un scénario : SCREAM.

Rien de nouveau dans cette histoire qui peine lourdement dans toute sa première partie. Craven a beaucoup de mal à ne pas nous faire ressentir le statisme de toute l’action au sein de l’avion. Une fois dehors, sa caméra s’en trouve délivrée mais il est déjà trop tard. Un air de déjà vu. Même pas une mélodie. Le Luc Besson de la production horrifique n’en finit plus de nous décevoir !

            Autre grande revenante : Mena Suvari. Ah ! Parlons automobile ! Non, il ne s’agit pas d’une voiture mais de la splendide, la divine, la paradisiaque, l’enchanteresse découverte d’AMERICAN BEAUTY. Je dis « revenante » mais elle n’a pourtant pas cessé de tourner. En fait, le dernier rêve qu’elle nous a fait l’honneur de sublimer se nomme LOSER et date déjà de 2000 (je n’ai pas encore vu SPUN, il est vrai). Eh bien, elle a énormément changé la belle Mena. Alors qu’elle trimballait outrageusement son doux visage angélique et enfantin, la voilà devenue une vraie femme. Ses traits se sont affinés et elle expose moins son côté lolita que sa nouvelle féminité. Malheureusement. Son insolente beauté inaccessible en faisait tout son charme et sa particularité. Dès lors qu’elle perd ce délice atypique elle se fond dans une certaine fadeur que son jeu ne permet pas de relever. Elle n’en reste pas moins d’un ravissement tout ce qu’il y a de piquant, mais encore faut-il savoir l’employer la suave Mena... Ce n’est pas le cas de Marc Evans qui ne s’est jamais illustré par la qualité de ses réalisations et qui poursuit son œuvre nonchalante avec TRAUMA. Petit thriller torturé. L’ennui nous envahit souvent par l’entrée de service dans ce film qui s’en tient à une psychologie qu’il n’approfondit jamais. Peine-à-jouir, va ! Etonnant avec Mena Suvari au générique, n'est-il pas ? 

MENA SUVARICHLOE SEVIGNY

Le cas contraire s’est produit avec Chloë Sevigny. L’égérie underground nous avait tellement touchés depuis sa première apparition dans KIDS du grand Larry Clark, que nous n’arrêtions pas de nous demander quand elle se débarrasserait de cette image de teenager pour mettre enfin ses atouts féminins en avant. Quand ressemblera-t-elle à une vraie femme ? La transformation de l’adolescente en femme a tardée, mais quel bonheur de pouvoir s’en délecter au sein du dernier Jarmusch ! La fleur était indéhiscente et n’attendait qu’un rayon de soleil pour s’épanouir. Outre sa beauté plastique qui se perfectionne au fil des ans, son jeu devient lui-aussi plus subtil et fait moins montre de ses états d’âme de la vie réelle. Dans BROKEN FLOWERS elle cache derrière une apparence stricte, un caractère sexuel détonnant. Le potentiel érotique de cette fille est ahurissant ! Elle arrive parfaitement à diriger ses charmes et faire en sorte de ne jamais manquer sa cible. Toutes ses répliques sont d’une précision redoutable et quoique son personnage ne soit que peu présent, il est plus développé qu’il n’y paraît. Il est bâti à partir d’un animal : l’araignée. Et le romantique se fait toujours prendre au piège de la toile...

            C’est avant tout un film romantique que vient de réaliser Jim Jarmusch. Très attachant. Très sincère. Très cruel aussi.

Débarrassons-nous d’abord de Bill Murray. Acteur génial assez complet, je le trouve ici moins subtil que dans ED WOOD ou RUSHMORE pour ne citer qu’eux. Normal, il n’a pas beaucoup de couleurs à jouer. Il reste bien évidemment assez formidable et généreux, d’autant plus que dans la construction de son personnage nous n’apprendrons quasiment rien sur lui tout au long du film. Ne disons pas qu’il prouve une fois de plus qu’il sait faire autre chose que nous faire rire. Cela ne date pas de LOST IN TRANSLATION. Bill Murray n’est pas né à GROUNDHOG DAY.

Lorsque l’on s’appelle Jim Jarmusch et que l’on a réalisé l’un des plus grands films au monde (DEAD MAN) on est forcément attendu et l’on doit forcément s’apprêter à décevoir. C’est une erreur. Un film ne devrait pas être envisagé d’après la carrière de son réalisateur, mais plutôt considéré comme une œuvre indépendante qui se regarde sans comparaison. Si un film doit sa place en analogie des autres films de son réalisateur, alors vous devez en accepter l’établissement d’un modèle par rapport à tous les films que vous avez vus. L’établissement d’un film référence implique de facto une désillusion constante. Peut-être serait-il à souhaiter que Jim Jarmusch soit mort. Je m’explique. Lorsque nous regardons des chefs-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz tels que ALL ABOUT EVE ou SUDDENLY, LAST SUMMER nous nous émerveillons constamment des plus grandes œuvres de ce cinéaste. Lorsqu’il nous arrive d’en découvrir de moins connues dans un quelconque ciné-club, comme PEOPLE WILL TALK ou 5 FINGERS, nous envisageons cela sous l’adjectif de « curiosités » moins importantes que les grands films de sa filmographie (la déception dont je parlais à l'instant), mais pourtant formidablement intéressantes. C’est pour cela que BROKEN FLOWERS n’est pas une déception.

Je juge la déception critique de BROKEN FLOWERS comme passagère. Le temps parviendra à faire surgir la véritable identité de cette œuvre. De la même manière que fut accueilli EYES WIDE SHUT.

Puisque nous devons comparer les films de Jarmusch, pour moi c’est de STRANGER THAN PARADISE dont se rapproche le plus JIM JARMUSCHBROKEN FLOWERS. Vrai film romantique, il s’attache surtout à nous dépeindre des portraits de femmes, qui ne trouvent leur pleine cohésion que par cet homme-lien. Ce n’est pas Bill Murray le sujet du film. Ce n’est pas vrai. D’ailleurs, je le redis encore, à la fin du film nous n’avons pas appris grand-chose sur lui.

Les fleurs, le rose, Don Juan, l’altération de Don Johnston en Don Johnson qui le suit toute sa vie, les lettres etc. tout cela sont des symboles évidents du romantisme que Bill Murray cherche à atteindre toute sa vie en se heurtant constamment à l’échec. Le problème semblerait venir de lui. Les deux seules références dont nous disposons confirment la fuite de deux de ses femmes. Je pense qu’il faut croire Bill Murray au début du film, quand il dit à Julie Delpy qu’il n’a rien d’un Don Juan. Son comportement avec les femmes est très révélateur, tout comme les conseils que lui donne son ami Winston. Pour moi, Bill Murray est un personnage en quête de romantisme comme aboutissement de la sentimentalité. Or, le romantisme n’est qu’un fantasme qui ne trouve de conclusion que dans une forme de sentimentalisme. Il se retrouve donc incapable d’affronter la réalité du quotidien. Le quotidien n’est pas romantique. Et Julie Delpy s’en va.

Pour comprendre le cinéma de Jim Jarmusch il faut saisir le sens de ses silences, des moments d’action sans paroles et l’effet du temps qui passe. Ses personnages sont souvent victimes du temps et le plus souvent semblent enfermés dans un espace où le temps ne se décompte pas à coup de secondes. C’est aussi le cas pour Bill Murray. Son odyssée n’est pas conditionnée par le temps. Elle s’inscrit dans un morceau de vie où il semble s’être arrêté. S’arrêter pour souffler. Prendre du recul. Faire le point. Qui suis-je ? Qu’ai-je fait ? D’où l’importance de Jarmusch à nous décrire l’environnement de ses personnages. « Voilà ce qu’ils ont accumulé. Voilà les conséquences de leurs actes. Voyez la disproportion entre ce qu’ils auraient voulu et ce qu’ils ont finalement obtenu. » C’est beau et triste. Donc diablement romantique.

Je ne m’arrêterai pas là, ce serait minimiser l’humour du film. Véritable constante chez Jarmusch, il est encore une fois savamment distillé et d’une percussion dont seul Jarmusch a le secret. Le passage sur le cannabis est l’un des plus excitants et efficaces. Quant au segment où Bill Murray rencontre Lolita, la fille de Sharon Stone, Jarmusch pousse son génie très loin. Lorsqu’il filme depuis l’extérieur Bill Murray félicitant Lolita pour la tenue qu’elle ne portait pas à un moment X, vous avez là tout simplement le plan le plus intelligent du film. Il n’y avait qu’une manière pour filmer ça.

Voilà pour aujourd’hui. On en reparlera dans dix ans.

            A l’opposé, MUST LOVE DOGS de Gary David Goldberg est un film qui envisage le romantisme sous ses airs les plus mièvres et les plus exaspérants. Si vous aimez les minauderies cinématographiques… Pomme d’amour non fournie.

C’était surtout l’occasion de revoir la belle Diane Lane dans un style de film taillé sur mesure pour elle. C’est dommage, elle n’est pas très convaincante, alors qu’en face d’elle John Cusack déroule. 16 ans après FAT MAN AND LITTLE BOY de Roland Joffé, son jeu d’acteur, déjà d’un haut niveau, a atteint une maturité et une simplicité qu’il est toujours agréable de retrouver. Il était aussi le plus convaincant dans ce film qui s’attache trop aux faits historiques. Tout cela manque d’originalité comme l’ensemble de l’œuvre de Joffé d’ailleurs. THE KILLING FIELDS est un mystère là-dedans.

Paul Newman jouait déjà à Paul Newman et aurait pu se reconvertir comme docker tellement il en fait des caisses. Les rôles de femmes sont passés au second plan et n’intéressent le réalisateur que par les résultantes exercées sur les protagonistes masculins. A peine Laura Dern a-t-elle des choses à extérioriser. Mais elle y est exécrable. Bel exemple de carrière ratée.

Le sujet était difficile à traiter et le style lourd de Joffé empêche tout dynamisme.

            Pas trop difficile à filmer, LOOKING FOR RICHARD était plus difficile à monter. Plus que pour tout autre film, celui de Pacino s’est joué au montage. Car l’alternance de la vie réelle avec les scènes jouées aurait pu faire un patchwork copié-collé, alors que le film reste passionnant de bout en bout. Les passages de l’un à l’autre se font avec une extrême douceur et l’amalgame prend dès lors qu’on ne se rend pas compte que l’on filme deux histoires différentes. BLOODY SUNDAYElles se fondent ensemble de manière parfaitement complémentaire, de sorte qu’elles ne sont plus qu’un seul et même tout où chaque partie est indissociable de l’autre. Ils s’y sont mis à quatre quand même : William A. Anderson, Ned Bastille, Pasquale Buba et Andre Ross Betz ! En France, ils auraient préféré faire une belote.

Pacino rend facile l’accès à Shakespeare par le rejet de toute forme de sacralisation. L’adaptation privilégiant le ressenti plus que la compréhension. C’est brillant. Et exécuté par des comédiens inspirés. C’est un document exceptionnel sur la place de Shakespeare dans notre société et la manière dont il est communément perçu. Indispensable donc. Tout comme l’est le film de Paul Greengrass : BLOODY SUNDAY. Les options d’un grain visible, d’une caméra à l’épaule et de ne pas utiliser de lumières (si ce n’est la lumière naturelle) se révèlent particulièrement périlleuses et un peu déstabilisantes au début. Mais le caractère de ce faux documentaire trouve sa justesse à travers ces éléments. Les différents fondus au noir (qui rappellent parfois l’influence Haneke) et la mise en place de la manifestation préparent le terrain d’une vie de quartier qui va se retrouver bouleversée le lendemain. Le procédé est issu de THE DEER HUNTER.

Bien qu’on ait du mal avec le jeu de James Nesbitt (fait de grosses ficelles et de démonstrations appuyées), le film va vite se révéler envoûtant et prenant par les sentiments d’impuissance et d’injustice qui s’emparent de nous. Le « Bloody Sunday » méritait bien un film, certes unilatéral, mais suffisamment documenté pour appeler ces prises de position. C’est un film qui fait naître la rage, qui impose une rancœur indélébile envers les salauds de l’armée britannique qui ont ordonné ce massacre et qui s’en sont félicités. Un film pour ne pas oublier ne sert à rien selon moi. L’argumentation a plus de sens. La manière dont nous l’utiliserons est un choix personnel.

Un film qui ne légitime pas l’I.R.A. mais qui l’explique. Cela s’est passé à Londonderry le 30 janvier 1972. Ce sont les britanniques qui y ont monté un stand de tir comme dans une fête foraine, et ils ont fait coulé du sang. Ils en ont été décorés. Début de la guerre civile en Irlande du Nord. Honte sur l’Angleterre !

Figure authentique de la rébellion, une certaine idée du romantisme…

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Samedi 10 septembre 2005

            Ce titre pourrait illustrer les mémoires de Georges Moustaki au regard de la vacuité dont sa carrière fit preuve, s’il ne les avait déjà publiées sous le titre de « Fils du brouillard ». Et pourquoi pas « Le biquet de la main courante » ? On le savait dans le coltar depuis un moment, maintenant nous en connaissons l’origine.

Non, il s’agit en fait d’une référence au troisième film de Vincenzo Natali, réalisateur ingénieux qui s’était imposé en 1997 avec son premier film : CUBE. Entre temps, il a réalisé CYPHER. Puis, NOTHING est sorti au Canada en 2003. En France, personne n’a osé le distribuer. C’est donc avec justice que « L’étrange festival » en organisa une projection, le 5 septembre dernier.

Ce film est absolument dingue. Inutile de chercher une référence quelconque, il n’y en a pas. C’est un délire perpétuel. L’histoire repose sur deux personnages capables d’occulter tout ce qu’ils souhaitent. On n’est pas très loin de la farce, mais c’est surtout un monde d’irrationnel et d’absurde dans lequel nous naviguons. VINCENZO NATALIDe la folie qui s’articule autour d’un rythme effréné. Car, le premier effet de choc passé, le système peut sembler limité, mais le véritable tour de force de Vincenzo Natali est de rester inventif et insensé tout le long du film. Attention, c’est très très drôle. A ce titre, il faut décrypter le montage qui joue sur des ruptures de rythme qui précédent l’imagination, qui varie les rythmes par leur opposition et qui se révèle très fin par l’insertion d’éléments alentours (la tortue Stan) qui apportent d’autres notes que celles du script original. L’agencement de différentes techniques d’assemblage apporte un caractère qui n’a rien de systématique et qui donne une impression de joyeuse anarchie (dans le seul sens de la camaraderie, puisque le film ne parle que de ça). Et puis il y a des plans assez géniaux puisque le réalisateur profite pleinement des trois dimensions. Il n’y a effectivement plus aucun sens dans le milieu où gravitent les deux hommes : de longues étendues de blanc. Héritage direct des étendues de même couleur dans THX 1138, elles-mêmes provenant de la conception de l’espace dans 2001 : A SPACE ODYSSEY. Il y avait déjà dans le film de Kubrick une perception du mouvement et de la gravité qui n’était pas celle que nous connaissons. A travers l’établissement d’un point au milieu d’un espace qui ne s’ancre dans rien de fixe nous retrouvons cette absence de repères. Mais c’est assez révélateur des films de Natali que de créer des univers qui n’ont rien de commun avec notre quotidien. D’ailleurs, ici, les seuls moments où il décrit notre société contemporaine c’est pour en faire un monde complètement immoral et désordonné où les câbles courent et pendent de partout. Représentation figurative du cerveau de Georges Moustaki où les fils se touchent ?

Bon, alors s’il faut vraiment établir un référent, nous pourrions concevoir cette histoire comme un BEING JOHN MALKOVICH dans le royaume de BRAZIL.

Pour moi, l’erreur de Vincenzo Natali réside dans le caractère débile dont il a affublé ses personnages. Cela empêche un peu plus le processus d’identification et accélère une distanciation qui rend son sujet plus futile. Ce qui n’était pas le cas dans les deux films cités précédemment, puisqu’ils s’ancraient dans une réalité plus crédible. Même si je pense que le cinéma n’a jamais rien eu à voir avec la crédibilité. Trois fois rien.
Cette sélectivité de l'esprit est diablement intéressante puisque c'est un des questionnements de nos sociétés contemporaines. Sûrement une résultante des innovations qui ont pour but de placer la personne dans une recherche constante de la perfection. Glissements progressifs vers la machine. C'est aussi le sujet du formidable ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND.

Conceptuel par de nombreux points, NOTHING parle du rien comme élément constituant de toute une vie. Cette histoire d’une amitié qui n’a besoin de rien pour s’accomplir, se termine sur deux hommes perdus qui font étrangement écho aux personnages de CUBE, perdus dans la complexité de la forme géométrique.

NOTHING ne formerait pas une suite à ce film mais plutôt la deuxième partie d’un binôme. On peut voir cela comme une partie d’échec. CUBE serait le vainqueur, NOTHING l’adversaire. Nous avons dans ce film plusieurs personnes enfermées qui sont en quête de s’exclure de leur milieu. Elles sont face à une force puissante dont elles ne pourront venir à bout que par leur propre intelligence ou leurs connaissances. Les éléments qui leur sont laissés (bottes, boutons, lunettes) sont des ouvertures. Des ouvertures sur la compréhension fonctionnelle du cube autant que des ouvertures (dans le jeu d’échecs) permettant l’exploitation des failles. Le but recherché n’est que la victoire, qui se nomme ici « sortie ». Dans CUBE, chacun est prisonnier d’un lieu clos et chaque avancée dans une case du cube peut symboliser une avancée sur l’échiquier. Dans NOTHING, les deux amis sont aussi prisonniers du monde réel. Ce sont eux qui créent le monde secondaire dans lequel ils seront obligés de passer le restant de leur vie. A l’inverse de CUBE, il n’y a aucune issue. Ils sont prisonniers d’eux-mêmes avant d’être prisonniers de ce paradis fictif. Il n’y a aucun gagnant.

NOTHING se retrouve en troisième position dans la filmographie de Natali alors qu’il aurait dû être réalisé juste après CUBE, comme un pendant à celui-ci. D’ailleurs, la lumière vive à la sortie du cube n’est pas sans nous rappeler celle que l’on retrouve dans NOTHING.

CYPHER n’en cache pas moins les thèmes et les obsessions de Natali. Mais il fait figure de film réaliste en comparaison des deux autres opus. Moins abstrait, moins expérimental mais tout aussi torturé, il représente encore un monde immoral où les véritables identités ne se révèlent qu’à la fin. L’identité est aussi une question qui trame CUBE et NOTHING, dans la mesure où c’est le milieu qui permet la révélation de l’identité au sujet. Alors que dans CYPHER, c’est le milieu qui le lui révèle. La perversion de l’identité par le milieu, voilà la constante des trois films de Natali.

Lors de sa sortie en salle, CUBE m’avait laissé une grosse impression de malaise et de froideur inhumaine. Un présent déshumanisé. En le revoyant, la première scène est toujours aussi choquante et effroyable, mais le reste du film paraît moins attrayant. CUBE ne repose que sur une idée. Géniale, il est vrai, mais pas assez insubmersible pour tenir tout le film. Filmer un huis clos est un défi assez énorme et Vincenzo Natali ne diversifie pas assez à mon goût les figures de style. C’est visuellement attrayant, mais manquant de relief dans la réalisation. La mise en scène est complètement stéréotypée et n’est pas à la hauteur de l’ingéniosité du propos. Maurice Dean Wint n’y va pas avec le dos de la cuillère mais plutôt avec la louche et la pelle à tarte du service complet qu’il a dû recevoir pour Noël. C’est assez énorme. Comme disait la jeune mariée.

Je trouve les films de Vincenzo Natali froids et lisses comme du marbre. Des machines si bien huilées qu’elles sont un genre de perfection ultime. Il n’y a que des actes ultimes qui font suite à des procédés ultimes. Tout y est ultime et implacable. Il serait vraiment intéressant de voir comment il traiterait les vrais problèmes de société. Mais après tout, peut-être que ce qui est plus excitant c’est l’imagination…

            « L’étrange festival » n’est pas fini et l’on ne peut décemment pas édulcorer cet adjectif qui lui colle à la peau depuis maintenant treize années et qui définit si bien l’état dans lequel il arrive à nous mettre. Preuve en est encore hier soir, où je me décidais à aller voir IKENIE FUJIN dont la traduction française (UNE FEMME A SACRIFIER) laissait présager beaucoup de choses agréables à voir. O délice des yeux et assouvissement du voyeurisme ! M'étant mis dans la file qui nous conduirait à l’épanchement de ces pulsions débridées, j’entendis deux énergumènes discuter du dernier Jarmusch sorti mercredi dernier et que vous devriez déjà avoir vu, parce que bon ou mauvais on va toujours voir un Jarmusch. Donc, j’eus droit à la petite critique efficace de ce film qui ressemblait à quelque chose près à cela (je vous fais la version longue) :

- Non, je n’ai pas aimé.

- Pourquoi ?

- C’est mou.

- Ah oui ! (acquiescement léthargique, comme s’il revoulait des lasagnes)

- Bah oui ! Y’a pas de dynamisme, y’a rien. Non, vraiment c’est pas bien.

Depuis quand un film mou est-il obligatoirement un mauvais film ? Qu’est-il passé par la tête de cet ostrogoth pour penser que la mollesse ne peut insuffler aucun dynamisme à une histoire ? Je lui ai donc évidemment offert gracieusement une place pour aller voir THE ISLAND.

La faune de « L’étrange festival » est en complète harmonie avec sa programmation. Une sorte de culture alternative ratissant large, très large, s’installe au Forum des Images et crée plus de chaleur humaine que vous ne verrez jamais dans n’importe quel complexe de cinéma.MASARU KONUMA

Pour IKENIE FUJIN de Masaru Konuma, Hideo Nakata nous faisait l’honneur de sa présence afin de poursuivre sa carte blanche. Un mec qui fait RINGU mérite une standing ovation, mais si elle est requise ce n’en est plus une.

Le film de Konuma est un petit bijou d’érotisme sado-masochiste qui allie une photographie absolument divine à une histoire… Non, il n’y a pas d’histoire. Le sujet du film est essentiellement le rapport qu’entretiennent un homme et une femme à travers ce genre de relations. L’érotisme naît de la manière dont sont filmés les corps. Toute caresse, toute torture, toute humiliation est envisagée sous l’angle unique de la jouissance. Cet apprentissage à travers la douleur est l’ambiguïté que crée ce film. L’affaire serait toute entendue si les victimes n’y trouvaient un assouvissement de leur sexualité. Une sexualité imposée. Une perversion délicieuse à regarder dans son absolu refus des limites. J’avais déjà vu ce thème abordé de manière plus cruelle dans BAMBOLA de Bigas Luna, mais il n’était qu’effleuré.

Même si on est loin du sado-maso hard que l’on avait pu voir dans la nuit Annie Sprinkle (je pense à THE PAIN GAME de Cléo DuBois), le film n’en reste pas moins intéressant par l’abord d’une sexualité différente. Personne ne voudrait produire cela en France. Où le pourrait-on d’ailleurs ? Ecoutons la façon dont parlent ceux que nous avons déjà condamnés.

            Voilà bien ce que nous offre MASSAKER de Monika Borgmann, Nina Menkes, Lokman Slim et Hermann Theisenn. Documentaire qui s’attache à donner la parole aux bourreaux du massacre de Sabra et Chatila dont nous ne verrons pas les visages. C’est d’ailleurs le principal problème de ce film que d’être constamment monotone dans sa réalisation et sa non-existence des rythmes. Le caméraman ne cesse de balader son instrument sur les corps ou les autres éléments des pièces puisqu’on lui a interdit de filmer le plus intéressant. Un documentaire fait de poils, de sueurs, de saleté, de crasse et d’émotion. Car si l’on accepte le procédé, nous participons à une expérience qui repousse certaines limites. Comment apprendre sur un massacre qui date de plus de vingt ans et dont aucune procédure n’a jamais été entamée à l’encontre des responsables de ces actes terribles ? La meilleure réponse à cette question est cette démarche qui n’apporte aucun jugement, mais qui laisse s’exprimer ceux qui ont été les auteurs de ces meurtres. On apprend ainsi le quotidien de ces jeunes qui ne vivaient que par la mort. On apprend que la guerre ne s’envisageait pour eux que par son côté festif. On apprend que la drogue leur permettait de ne pas se rendre compte des actes qu’ils perpétraient. On apprend que le massacre fut prémédité. On apprend qu’ils étaient d’abord au service d’une idéologie. On apprend comment naît la violence. On apprend plein de choses, mais on apprend surtout qu’on n’aurait rien appris par une démarche documentaire autre. C’est un film assez dur, pas vraiment passionnant mais qui laisse entrevoir la justesse d’un propos qui ne se fixe aucune limite et qui raconte l’insoutenable sans pour autant faire montre d’une once de remords (à part l’un d’entre eux) ALEJANDRO AMENABARou de culpabilité. Froid dans le dos.

Il est évident que ce film a plus que sa place à « L’étrange festival » puisque cette expérience limite en fait une œuvre difficile qui ne saurait être acceptée partout. C’est la politique du festival que de nous montrer des images qui nous font réagir. Insensibles que vous êtes de ne pas être touchés par MASSAKER.

            Revu deux films. D’abord : THE OTHERS, le chef-d’œuvre d’Alejandro Amenabar. Nicole Kidman au top, il me fallait bien ça pour oublier l’immonde pizza qu’est BEWITCHED ! Le film est efficace parce qu’Amenabar a compris que son sujet fonctionne comme une tragédie et doit être traiter comme tel. C’est sur le même principe que fonctionnait THE EXORCIST. Le piège avec ce film de genre est d’avoir recours à des procédés qui cherchent à créer la peur par la surprise : un fantôme qui surgit soudainement, un chat qui bondit devant vos yeux, une vieille femme filmée en zoom accéléré etc. Voici quelques effets malhonnêtes qui ne sont pas des idées de metteur en scène mais des éléments qui font sursauter n’importe qui de normalement constitué. On ne crée pas la peur par ce biais, tout au plus une réaction de surprise qui cause une décharge d’adrénaline. Rien à voir avec la peur. Trois fois rien.

THE OTHERS crée une atmosphère singulière qui ne montre jamais rien d’horrible. Peu de lumières (même quand les enfants ne sont pas là, le jour extérieur est continuellement baigné d’un épais brouillard), des entrées de champ prévisibles et pourtant inattendues (la main de Victor sur le visage de Nicholas), des couleurs fânées qui empêchent de jouer sur la profondeur de champ etc.

Un film ne crée jamais la peur. C’est toujours le spectateur et son imagination qui sont à l’origine de cela. Amenabar ne fait que susciter des situations qui permettent ce malaise. C’est parfois même suffocant tant la tension est perceptible. La peur de l’inconnu, la peur des autres.

HIGUCHINSKYUZUMAKI, lui, ne m’avait pas laissé une grande impression. Cette histoire de spirales aurait pu avoir une portée plus symbolique, voire philosophique, mais ne reste qu’une succession de données qui ne trouvent aucune cohésion et qui deviennent parfois grotesques (les hommes escargots, n’importe quoi !). De plus, je m’aperçois que j'étais passé complètement à côté du style de Higuchinsky. Que d’étrangeté dans la mise en scène de ce film qui n’est pas à la hauteur de l’inventivité des plans, des cadrages, de la diversité des formes, de l’exploitation des spirales etc. Tout cela rend cette histoire intéressante jusqu’à la fin où l’on se rend bien compte qu’elle en est dépourvue (d’intérêt), mais le talent de ce réalisateur participe à la tenue de son film de A à Z. Si quelqu’un a vu son dernier film TOKYO 10+01, je suis preneur.

            Bon, voilà, je m’aperçois que j’ai beaucoup écrit et que j’ai déjà hâte d’être au prochain article car je vous parlerai de BROKEN FLOWERS, de la fin de « L’étrange festival », de BLOODY SUNDAY, du dernier film des frères Quay et de plein d’autres choses sauf du film de Ron Howard. Surtout pas !

Trois fois rien, quoi !

par MAYDRICK publié dans : LUMIERES
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Dimanche 4 septembre 2005

HTTP://WWW.BMWFILMS.COM

            Si l’on évoque BMW, le lien avec le cinéma peut paraître ténu. Elle est pourtant à l’origine d’un coup de pub des plus innovants et audacieux, qui a permis à huit réalisateurs de tourner un court métrage mettant en scène un modèle de la marque. Ce sont John Frankenheimer, Tony Scott, Wong Kar-Waï, Guy Ritchie, Ang Lee, John Woo, Alejandro Gonzalez Iñarritu et Joe Carnahan qui s’y collent. Clive Owen est de la partie à chaque coup de volant et on peut apercevoir Gary Oldman, Madonna, James Brown, Marilyn Manson, Don Cheadle et plein d’autres. Evidemment, les univers sont assez inégaux et le format à mi-chemin entre le long métrage et la publicité ne fait pas mouche à chaque fois. Les styles sont aisément reconnaissables et ce qui joue malheureusement en leur défaveur c’est la concentration de leurs éléments en moins de dix minutes. Pour le John Woo, toutes ces accumulations d’extravagances, de pseudos rebondissements et de postures plus iconographiques les unes que les autres en font un véritable pastiche. Comme si John Woo se moquait de John Woo. Tout y est très vite grotesque. Cela fonctionne mieux avec le style très découpé, noyé de plans, qu’adopte Tony Scott. C’est beaucoup plus proche de la publicité, donc plus percutant. C’est d’ailleurs vers cela que semble tendre ce dernier au fur et à mesure de ses films. Ce n’est pas un réalisateur que j’admire énormément mais j’ai l’impression qu’il se trouve enfin par le style. TRUE ROMANCE fonctionne quand même drôlement bien. C’est d’ailleurs le seul film intéressant qu’il ait réalisé. THE FAN ou ENEMY OF THE STATE n’ont pas concrétisé ces jalons, car ils n’ont pas été exploités dans cette veine. En en prenant conscience, en s’accaparant ce style plus tape-à-l’œil et en l’adaptant à son mode d’expression, il avait réussi avec MAN ON FIRE un film regardable, à défaut d’être passionnant. C’est pour cela que nous attendons avec impatience son prochain DOMINO, dont son casting nous plonge déjà dans un bain bouillonnant d’excitations épileptiques. Keira Knightley et Mena Suvari au générique du même film ! Y’a des bouchons de champagne qui sautent tout seuls !!!

Iñarritu, lui, ne fait rien de vraiment nouveau. C’est sale, filmé au vibromasseur, bavard et totalement vain. C’est empreint d’un univers très fort, mais totalement hors sujet. C’est bien le même réalisateur qui ne s’appuie que sur une idéologie de bas étage, sans profondeur et profondément malhonnête puisqu’il cherche à mettre du sens là où il n’y en a pas. C’est abject. Mais rappelez-vous, 21 GRAMS n’évoquait rien non plus.

Je préfère garder en tête les délicieuses images de Wong Kar Wai, qui rend le quotidien extraordinairement beau et luxueux. La vie est une recherche de fantasmes pour lui. C’est agréable de voir quelqu’un qui court après quelque chose.

Pour en revenir à BMW (qui ne sont absolument pas les initiales d’une position sexuelle abracadabrante inventée par une ancienne tribu indienne qui pratiquait le satanisme modéré, mais qui signifient plutôt Bayerische Motoren Werke, tout comme FIAT veut dire Fabbrica Italiana Automobili Torino et que l’on appelle plus communément dans la vie quotidienne de cette façon : « Mais tu vas la pousser ta poubelle à roulettes ou j’en fais un caddie pour cul de jatte ? », ce qui la différencie de BMW, citée précédemment, que l’on aime à surnommer affectueusement : « Excusez-moi, monsieur, vous êtes dans votre bon droit : la priorité était bien à gauche » ; la raison du plus fort étant toujours la meilleure puisqu’il ne faut jamais dire fontaine), donc pour en revenir à BMW et ne plus faire de parenthèses aussi longues et difficiles à comprendre (pour ceux qui n’auraient que deux neurones, Georges Moustaki a écrit des textes, ce me semble), eh bien BMW fait preuve d’une témérité qu’il convient d’applaudir de belle manière. La liberté de ton donnée à chaque réalisateur, la confiance accordée à coup de millions révèle une stratégie marketing osée, coûteuse et par là risquée. Et même si le résultat artistique est à modérer, c’est une vraie réussite que la célébration de ces modèles automobiles par cette firme qui bâtit ici son identité à travers sa culture.

Vous allez voir, il va nous dire qu’ils sont introuvables…

Il existe un DVD qui les regroupe tous, sinon vous pouvez aller faire un tour sur le site http://www.bmwfilms.com où vous pourrez en voir quelques-uns et même acheter ce DVD. Elle est pas belle la vie ? Mais si, y’a un point d’interrogation. 

            Puisque nous parlons DVD, IZNOGOUD vient de sortir. Je ne saurais bien évidemment que trop vous conseiller de l’acheter. Voici un film qu’il faut posséder à double titre. D’abord pour vous apercevoir que vous avez gaspillé bêtement votre pécule si durement gagné (mais ce n’est pas la première fois ! Quand allez-vous vous rendre compte que ce n’est pas raisonnable ?), et puis aussi parce que cela vous évitera d’acheter CONSTANTINE (et c’est déjà un premier pas vers le raisonnable). Et troisièmement, quand je dis quelque chose j’aimerais bien qu’on m’écoute dire des conneries !

            CHI TO HONE de Yoichi Sai vaut avant tout par la nature de son personnage principal, violent et exclusif. La folie de Takeshi Kitano le rend dangereux et fascinant. L’aura de cet homme crée une sorte de plaisir confondant à se retrouver à ses côtés tant sa personnalité est attirante. Alliée à une répulsion physique, c’est ce mélange qui le rend tour à tour charismatique et haïssable. Grâce à cela nous pouvons suivre le cours de sa vie et nous intéresser à ces éléments dérangeants qui ont tissé l’histoire de cet homme ne pouvant s’assouvir que dans la destruction. La fascination des monstres n’est qu’un apprivoisement de notre propre tumulte.

            Dès le 14 septembre prochain attendez-vous à une bonne surprise signée Paul Haggis : CRASH. Petit bijou de mécanique humaine, le film est une réflexion assez lente sur les jugements que nous portons sur autrui et qui conditionnent nos actes. Sujet très difficile à traiter.

Nous portons sans cesse des jugements sur les personnes qui nous entourent et la contradiction se trouve dans leur négation et l’interdiction d’en porter sur nous-mêmes. A travers nos préjugés et certains archétypes que la vie en société a établis, nous agissons non pas dans le rapport d’homme à homme mais plus dans celui imposé par les différents niveaux sociaux ou raciaux. Le film montre que toute personne n’est ni tout à fait bonne ni tout à fait mauvaise. Il existe une complexité graduelle dans la conception humaine, et c’est ce qui fonde ce propre jugement face à nos vérités personnelles. Mais au fond, il est faux de penser que nous ne désirons pas tous les mêmes choses. Pour moi ce sera un Quick n’ toast et une grande frite.

Là où le propos est convaincant réside dans la tension identifiée comme vecteur principal du film. Quant il y a un revolver au début d’un film, vous pouvez être sûr que le coup va partir avant la fin. C’est l’une des choses à laquelle on s’attend en permanence et où l’on se trouve constamment surpris du dénouement que peuvent prendre certaines conjonctures. La complexité précitée. A sa décharge, les deux seuls coups de revolver à partir sont d’un ridicule et d’un cliché téléphonés. On regrette un peu ces facilités.

Il n’en reste pas moins une mise en scène qui joue de la sobriété du quotidien et d’excellents comédiens pas forcément à contre-emploi, mais d’une justesse particulièrement émouvante. Cela provient essentiellement de la liberté de ton apportée par le scénario, qui permet d’aborder des sujets de société souvent tabous et enfin libérateurs. Dans l’élaboration de ces personnages, le procédé conceptuel s’écrit dans un rejet du manichéisme américain. C’est ce qui fait de CRASH un film avant tout technique, dont l’impact sur les futures générations cinématographiques semble indéniable, même s’il nous échappe un peu.

            C’est en 1982 que Wim Wenders réalise DER STAND DER DINGE, un film ambitieux, difficile et parfois très intéressant dans la réflexion du processus de création. Parfois très drôle, Wim Wenders ne peut pourtant s’empêcher de retomber dans des problèmes d’outrecuidance qui sont un frein à beaucoup de ses films, à savoir une redondance cyclique qui empêche toute emphase. Le ton reste le même du début à la fin. C’est souvent très long. Comme disait la jeune mariée.

            Et au cinéma n’y aurait-il pas un film à nous conseiller ?

THE DUKES OF HAZZARD est une comédie médiocre mais assez joliment ratée car elle s’inscrit dans une tradition potache bassement réjouissante. Il y a dans ce film un second degré constant qui fait assez vite oublier le caractère débile, machiste et violent de ce que l’on peut y trouver. Toujours rien de bien réjouissant dans l’adaptation de séries télévisées.EL MAQUINISTA

            Bien plus extraordinaire : la composition de Christian Bale dans EL MAQUINISTA de Brad Anderson. Composition physique évidente où l’acteur se retrouve quasiment cadavérique face à de vieux démons qui cherchent à prendre le dessus sur le peu de conscient qu’il lui reste. Il est impressionnant de vivre cette expérience où Christian Bale parvient à nous faire ressentir sa souffrance physique et psychologique. Il irradie l’écran de sa puissante présence, là où une atmosphère et une photographie sans couleurs vives auraient pu définitivement éteindre toute velléité d’attention. Ajouté à Jennifer Jason Leigh, actrice sous-employée plus que fabuleuse, ils forment un duo parfait d’intensité, de justesse et de frénésie.

Le scénario alambiqué permet au film de se voir à plusieurs échelles. Brillamment maîtrisé, il nous tient en haleine sans temps mort.

Exceptionnel, le film aborde le refoulement de la même manière que MEMENTO : sous l’angle du personnage principal et uniquement à travers son histoire du moment présent. En lutte pour retrouver les